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28,5 millions de m³ d’eau par an pour l’Est et le Nord : MEREN Nord entre en concertation

Ecrit par P.M. – le jeudi 8 octobre 2026 à 07H27
MEREN Nord doit sécuriser l’irrigation de 2 060 hectares agricoles et l’approvisionnement en eau de 120 000 habitants de Saint-Denis à Saint-André. Le programme sera ensuite prolongé vers Bras-Panon et Saint-Benoît avec MEREN Est (photo Département).

Évoqué depuis de nombreuses années, le programme MEREN (Mobilisation des ressources en eau des micro-régions Est et Nord) entre dans une nouvelle étape. Alors que sa première phase, consacrée à la réutilisation des eaux usées traitées du Grand Prado, prévoit des travaux dès 2027, le Département vient d’ouvrir la concertation publique sur MEREN Nord, le cœur de ce vaste aménagement hydraulique destiné à sécuriser l'approvisionnement en eau du Nord et de l’Est.

MEREN : un nom que les Réunionnais entendent depuis de longues années sans vraiment savoir à quoi il correspond. Alors que le projet avance et prend forme, c'est justement pour associer davantage la population à ce projet stratégique pour La Réunion que le Département lance une grande concertation jusqu'au 7 décembre. 

Derrière ces initiales se dessine un programme colossal au long cours destiné à sécuriser l’irrigation, l’alimentation en eau potable et les activités économiques des territoires Nord et Est. 

Trois volets pour sécuriser l’eau dans le Nord et l’Est

Le programme se divise en trois volets répartis dans le temps : MEREN REUT, MEREN Nord (de Saint-Denis à Saint-André), puis MEREN Est, destiné à étendre les aménagements vers Bras-Panon et Saint-Benoît en mobilisant des ressources complémentaires (forages), mais aussi la Plaine-des-Palmistes (pour l'eau potable).

Plus proche dans le temps, sa première phase, MEREN REUT, prévoit de réutiliser les eaux usées traitées de la station d’épuration du Grand Prado pour irriguer des terres agricoles à Sainte-Marie. Les travaux doivent débuter en 2027, pour une mise en service prévue en 2029.

Lire aussi : MEREN-REUT : le Département et l’AFD investissent ensemble dans la future usine d’affinage

Dans le même temps, le coeur du projet, MEREN Nord, avance et entre en concertation. Une première réunion publique s’est tenue ce mardi 6 octobre au Palais de la Source. Cinq autres rendez-vous sont prévus pour permettre aux habitants, agriculteurs, associations et acteurs économiques de discuter de l’opportunité du projet, de ses caractéristiques, de ses impacts et des solutions alternatives.

"Nous ne pouvons pas attendre que ces difficultés deviennent des crises pour agir", a déclaré Gilles Hubert, vice-président du Département chargé de l’eau. Pour l’élu, l’évolution des besoins et l’irrégularité croissante des précipitations imposent de préparer dès maintenant les infrastructures des prochaines décennies.

Dans la continuité du basculement des eaux

L'élu a replacé le programme dans l’histoire du développement hydraulique réunionnais : les premiers grands périmètres d’irrigation du Sud, puis le basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest, "qui a permis de mieux répartir la ressource à l’échelle de l’île et d’accompagner le développement de nouveaux territoires", a-t-il rappelé.

Pour MEREN Nord, les chiffres sont pharaoniques mais aussi à l'échelle des besoins. Le projet vise à sécuriser l’alimentation en eau pour 120.000 habitants et la desserte de 2.060 hectares agricoles, concernant 145 exploitations. Saint-Denis, Sainte-Marie, Sainte-Suzanne et Saint-André sont directement concernés.

"En grande partie, il va apporter de la sécurisation sur l’alimentation en eau pour les agriculteurs, pour les industriels, mais aussi pour la population", résume Gilles Hubert.

Une galerie à mille mètres de profondeur

L’ouvrage principal sera la galerie souterraine GANOR. Longue d’environ 6,2 kilomètres et creusée à mille mètres de profondeur, elle reliera la galerie existante de Salazie Amont (celle du basculement des eaux) aux hauts de Sainte-Marie. Son creusement au tunnelier prévoit un diamètre intérieur de six mètres, permettant le transfert de l’eau et l’accès pour la maintenance.

À son débouché, deux réservoirs offriront une capacité totale de 35 000 m³. Une conduite maîtresse d’environ vingt kilomètres, d’un mètre de diamètre, acheminera ensuite l’eau vers les secteurs desservis, de Saint-Denis à Saint-André. Le projet prévoit également la construction de pas moins de 90 km de réseaux d’irrigation et quatre cents bornes de livraison aux agriculteurs.

Le dénivelé permettra une distribution gravitaire. Des dispositifs de turbinage sont aussi prévus pour produire de l’électricité lors du transfert de l’eau.

Au-delà de l’irrigation, MEREN Nord fournira de l’eau brute aux intercommunalités, qui devront la potabiliser avant sa distribution aux habitants. Le projet doit également sécuriser les besoins industriels, notamment ceux du site de Bois-Rouge, évalués à environ quatre millions de mètres cubes par an.

En un graphique, le principe de MEREN Nord et Est : mobiliser les ressources, transférer l’eau par la galerie GANOR, la stocker dans les hauts de Sainte-Marie puis la distribuer aux secteurs agricoles, aux industries et aux réseaux destinés à la production d’eau potable (document Département).

Des prises d'eau déjà existantes

Pas de nouvelles prises d’eau, mais une augmentation des prélèvements dans le cadre des autorisations existantes. Selon la responsable, le basculement des eaux peut prélever jusqu’à 97 millions de m³ par an à Salazie et Mafate. Aujourd’hui, environ 30 % de ce volume est mobilisé, soit quelque 28 à 29 millions de m³, via quatre prises d’eau alimentant l’Ouest.

Les besoins présentés pour MEREN représentent environ 30 millions de m³ par an : 4 millions issus des eaux usées retraitées du Grand Prado, 14 millions provenant des eaux d’infiltration et 12 millions de prélèvements supplémentaires à Salazie. Le cirque fournit actuellement environ 8 % des 100 millions de m³ prélevés chaque année pour l’irrigation à l’échelle de l’île.

Pour préserver les milieux aquatiques, le Département indique avoir engagé des études afin de réactualiser les débits nécessaires à la rivière. Le seuil à maintenir sera ensuite majoré de 20 %, comme marge de sécurité supplémentaire. Les prélèvements seront également concentrés en saison humide et stockés dans les réservoirs de Sainte-Marie, dans les limites autorisées et sous réserve du maintien des débits nécessaires à la rivière, assure la collectivité.

Olivier Fontaine, président de la Chambre d’agriculture, a rappelé les besoins des agriculteurs de Salazie, d’où provient une partie de l’eau transférée, mais qui ne seront pas desservis par la conduite principale de MEREN Nord.

Des réservoirs d'une capacité de 35 000 m3

Pour l’eau brute destinée à être potabilisée, MEREN Nord mobilisera notamment les eaux souterraines qui s’écoulent dans les galeries du basculement depuis les aquifères de la Plaine des Fougères, rencontrés lors de leur creusement. Le débit atteint 165 litres par seconde, "sans toucher la nappe située au-dessus", précisent les services départementaux. Cette eau sera "capturée avec une qualité d’eau potable et isolée jusqu’au réservoir".

Un premier réservoir de 5 000 m³ recueillera séparément ces eaux d’infiltration, destinées à être potabilisées pour alimenter Saint-Denis. Un second, de 30 000 m³, recevra les eaux superficielles et le surplus du premier, pour l’irrigation, les activités industrielles et la production d’eau potable après traitement.

Lire aussi : Projet MEREN : le basculement des eaux du Nord à l'Est a pris du retard

Les prises d’eau du basculement se situent après les captages d’eau potable installés en amont, leur fonctionnement ne pénalise pas l’approvisionnement des communes, rappelle le Département. "Il n'y a aucun impact sur les prélèvements pour l'eau potable. On est les derniers à prélever", souligne Sarah Bataille, directrice de l’agriculture et de l’eau au Département.

Au total, jusqu’à 28,5 millions de m³ d’eau pourront être mobilisés chaque année par MEREN Nord. Ce volume n’intègre pas les ressources supplémentaires étudiées dans le cadre de MEREN Est.

MEREN Nord prévoit une galerie souterraine de 6,2 kilomètres, reliée aux ouvrages du basculement des eaux, et une conduite maîtresse d’environ vingt kilomètres pour desservir les secteurs agricoles, les réseaux d’eau potable et les industries (document Département).

MEREN Est : des ressources complémentaires

Pour MEREN Est justement, le Département prévoit de mobiliser des ressources supplémentaires, notamment par des forages. Sarah Bataille évoque deux forages sur le secteur de Chemin Ceinture, à Saint-Benoît, deux à La Plaine-des-Palmistes, ainsi que la création d’un forage et la réhabilitation d’un autre à Bras-Panon.

Les secteurs favorables ont été identifiés avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Un marché de maîtrise d’œuvre vient d’être notifié pour préciser les travaux et préparer leur consultation. "On le fait en parallèle", souligne Sarah Bataille : cette recherche de ressources avance sans attendre l’achèvement des autres volets de MEREN.

Salazie réclame aussi des réponses

Président de la Chambre d’agriculture, Olivier Fontaine a salué l’avancement du projet tout en rappelant les difficultés des agriculteurs de Salazie. Une partie de l’eau transférée provient du cirque, mais les exploitations locales ne seront pas desservies par la conduite principale de MEREN Nord. Il a également attiré l’attention sur les besoins des agriculteurs des Hauts.

Gilles Hubert a répondu en présentant MEREN comme un ensemble d’aménagements complété par les projets PRODEO. Ces dispositifs doivent apporter des réponses locales, notamment à Salazie, à La Bretagne et à La Montagne.

Pour Salazie, les services travaillent avec la commune à un réseau d’irrigation en eau brute distinct du réseau potable. "Ce qui permettra aux agriculteurs de Salazie d'être alimentés exclusivement en eau brute non traitée, à un prix d’eau brute non traitée, et qu’ils laissent le réseau d’eau potable aux particuliers", explique Sarah Bataille.

Les solutions étudiées comprennent des captages dans les ravines et la mobilisation d’un forage existant. "Les premiers travaux sont prévus pour 2028", indique la directrice.

La première réunion de la concertation a eu lieu mardi au Palais de la source.

Un financement XXL encore à boucler

Reste à boucler le financement de cet aménagement XXL. MEREN Nord et MEREN REUT représentent un coût prévisionnel total de 305,4 millions d’euros. Avec MEREN Est, l’estimation globale du programme atteint 450 millions d’euros.

Les financements recherchés associent notamment les fonds européens FEDER et FEADER, l’État et le Département. L’Agence française de développement, l’Office français de la biodiversité et l’Office de l’eau sont également évoqués parmi les partenaires sollicités.

Si une partie des études bénéficie déjà de financements, aucune garantie couvrant l’ensemble des travaux n’a été annoncée mardi. Gilles Hubert se dit néanmoins confiant dans les perspectives nationales et européennes : "C’est un projet qui est aujourd’hui mature" et donc prêt à solliciter les prochaines programmations financières européennes. Le Département met également en avant l’intérêt stratégique de cet aménagement pour La Réunion. Une dimension d'ores et déjà reconnue lors d'échanges avec les services de l’État, confortant les perspectives de soutien national et européen, selon la collectivité.

Interrogé sur une éventuelle concurrence avec le projet d’"autoroute de l’eau" de la CIREST, l'élu défend une articulation entre les initiatives : "Je ne pense pas qu’il y aura un télescopage. Je pense que si nous faisons les choses de façon intelligente, il y aura surtout de la complémentarité."

Les travaux de MEREN Nord sont envisagés à partir de 2029 - avec environ deux ans de retard sur le calendrier initial - pour une mise en service en 2038 (2040 pour MEREN Est). "Ces travaux sur les infrastructures hydrauliques à cette échelle nécessitent beaucoup de temps", souligne Gilles Hubert.

Les rendez-vous de la concertation

La concertation se déroule du 6 octobre au 7 décembre 2026. Après la réunion d’ouverture du 6 octobre au Palais de la Source, cinq rencontres sont annoncées :

  • Lundi 19 octobre, à 15 h 30, salle polyvalente de Duparc, à Sainte-Marie : les besoins en eau aujourd’hui et les enjeux de demain.
  • Mercredi 28 octobre, à 16 h 30, salle Lo Rwa Kaf, à Sainte-Suzanne : adapter la gestion de l’eau au changement climatique.
  • Mardi 3 novembre, à 16 h 30, petite salle du Palais de la Source, à Saint-Denis : les ouvrages et la construction de MEREN Nord.
  • Jeudi 19 novembre, à 16 h 30, espace événementiel du Colosse, à Saint-André : l’eau pour l’agriculture réunionnaise.
  • Lundi 7 décembre, à 16 h 30, hémicycle du Palais de la Source, à Saint-Denis : réunion de clôture.

La participation est gratuite, sur inscription. Le dossier et un espace de contribution sont accessibles sur le site meren.re.

Des retombées attendues pour l’emploi et l’agriculture

Au-delà de la sécurisation de l’eau, le Département attend de MEREN des retombées économiques pendant les travaux et dans la durée. La présentation du projet estime à 2.135 les emplois mobilisés dans le BTP pour sa réalisation.

L’irrigation doit aussi améliorer les rendements et sécuriser l’activité agricole. Les données présentées, issues de la DAAF et d’Agreste, font état d’un rendement moyen de 71 tonnes de canne par hectare sans irrigation, contre 83 tonnes avec irrigation, soit un gain de près de 17 %. Ces chiffres constituent des références, et non une garantie de rendement pour chaque exploitation.

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