Violences conjugales au Tampon : "Elle a dû faire la morte pour s'en sortir"

En 2023, Christophe T a probablement eu plus de rendez-vous avec les juges qu'avec ses conseillers Pôle emploi. Pour la troisième fois de l'année, le Tamponnais de 32 ans est jugé pour des faits de violences, la deuxième fois sur sa compagne. Sa dernière condamnation pour violences conjugales remonte au 7 septembre dernier.
Sans-emploi et SDF, Christopher s'est plus ou moins imposé dans l'appartement de Carla* qu'il fréquente depuis 3 ans. Vendredi dernier, accompagné de deux amis, ils ouvrent la première bouteille de Bourbognac à 10 h du matin. Au total, ils en boiront 3,5 bouteilles dans la journée. Mais à un moment, Christopher sort de l'appartement pour aller boire d'autres coups avec des amis.
En partant, il demande que le poulet soit sorti du congélateur pour préparer le carry. Lorsqu'il rentre, il constate que "ses consignes n'ont pas été respectées" et que Carla dort, tout comme l'ami qu'ils hébergent. Christopher va alors se déchaîner contre sa compagne à coups de poing avant de lui fracasser la tête sur le sol.
Sauvée par l'obstination des gendarmes
Elle se rend dans les toilettes pour appeler les gendarmes, mais Christopher se saisit du téléphone et le détruit. Les militaires parviennent tout de même à localiser l'appel et à envoyer une patrouille. Entre-temps, l'enragé poursuit son lynchage sur sa victime qui a le réflexe de faire la morte pour qu'il s'arrête. Il tourne alors sa violence sur un ami.
Lorsque les gendarmes arrivent sur les lieux, ils sont choqués par l'état de la victime qui doit tenir un récipient pour contenir l'hémorragie qui coule de sa bouche. Néanmoins, elle refuse que les gendarmes appellent les secours. Ni elle, ni l'ami du couple ne veulent déposer plainte. Christopher est tout de même interpellé.
N'abandonnant pas, les gendarmes vont tenter de retrouver la victime le lendemain pour qu'elle voie un médecin. Finalement transférée au CHU, elle finira par accepter les soins et de déposer plainte. Elle se voit prescrire 10 jours d'ITT et doit passer un scanner afin de s'assurer qu'elle n'a pas de fractures au visage.
"Il faut y mettre un terme'
"Les faits sont d'une violence inouïe. Elle a dû faire la morte pour s'en sortir. Elle veut que ça s'arrête et ne plus avoir de contact avec lui. Elle se cherche un autre logement pour se sentir en sécurité", indique Me Marina Beaumont qui représente la victime.
"Imaginez celle-ci, en plein sommeil, être réveillée en se faisant littéralement tabasser pour un motif totalement futile : elle a oublié de décongeler les cuisses de poulet. Ses séjours en détention n'ont servi à rien, il n'en a tiré aucune conclusion. Il faut y mettre un terme. Cela n'a que trop duré", assure le procureur qui requiert une peine de 7 ans de prison, dont 2 avec sursis, ainsi que 280 h de travail d'intérêt général et l'interdiction de se rendre au Tampon pendant 5 ans.
"Les peines privatives ne lui ont pas permis de réfléchir. Que faire ? La solution la plus facile est de le priver de liberté, mais je ne suis pas sûre que ça suffise. Il doit avoir une peine, mais il lui faut un accompagnement dans le cadre d'un sursis probatoire. Il lui faudrait peut-être des cours d'empathie, comme cela a été proposé pour l'école", souligne Me Brigitte Hoarau qui défend le prévenu.
Finalement, le tribunal va le condamner à 30 mois de prison ferme et maintient sur sa tête les sursis en cours pour sa sortie de détention. Il a une interdiction de contact et de paraître au domicile de la victime. Les dédommagements pour le préjudice seront décidés lors du renvoi sur intérêts civils et après un bilan médical définitif.
*Prénom d'emprunt


