À La Réunion, la fin du charbon fait exploser le coût de production de l'électricité

En remplaçant le charbon et le fioul par des biomasses importées, La Réunion a considérablement réduit les émissions de CO₂ liées à sa production d'électricité. Mais cette transition a un coût. Selon une étude de l'Observatoire Énergie Réunion, l'île demeure tout aussi dépendante des importations énergétiques, avec une facture qui a quasiment doublé en trois ans.
La transition énergétique réunionnaise met en lumière un paradoxe. D'un côté, le territoire affiche désormais un mix électrique composé à plus de 90 % d'énergies renouvelables, grâce notamment à la conversion des centrales de Bois-Rouge, du Gol et de Port-Est. De l'autre, cette évolution ne s'est pas traduite par une baisse de la dépendance énergétique de l'île, les nouvelles ressources utilisées – pellets de bois et biodiesel – étant elles aussi importées.
Dans son étude consacrée au coût de la dépendance énergétique entre 2021 et 2024, l'Observatoire Énergie Réunion résume d'ailleurs ce constat : la transition « réduit presque entièrement la part des énergies fossiles dans le mix électrique sans réduire la dépendance énergétique du territoire ». Selon ses auteurs, elle « modifie profondément la nature » de cette dépendance, désormais tournée vers des ressources renouvelables importées « dont le coût unitaire est nettement plus élevé ».
Une facture qui a doublé
Premier enseignement de l'étude : les volumes d'énergie importés sont restés quasiment stables entre 2021 et 2024 (+2,4 %), mais leur coût s'est envolé. La facture énergétique est ainsi passée de 599,4 millions d'euros à 1,19 milliard d'euros, soit une hausse de près de 99 % en seulement trois ans. L'Observatoire résume cette évolution en une formule : « des volumes stables, une facture qui double ».
Après le choc mondial des prix de l'énergie en 2022, la baisse des cours n'a d'ailleurs pas suffi à faire revenir la facture à son niveau antérieur. Pour les auteurs, à partir de 2023, c'est bien la transformation du mix électrique qui explique le maintien de coûts durablement élevés.
Le coût de production grimpe à 427 €/MWh
Cette évolution se retrouve dans le coût de l'électricité. L'étude rapproche les coûts des combustibles importés des données d'achat d'électricité publiées par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Même si elle invite à interpréter ces chiffres comme des ordres de grandeur, la tendance est claire.
Le coût moyen d'achat de l'électricité issue de filières reposant majoritairement sur des ressources importées est ainsi passé de 268,7 €/MWh en 2021 à 427 €/MWh en 2024, un niveau inédit. Et même un record national... Dans le même temps, le coût moyen des filières locales recule de 425,3 €/MWh à 366,1 €/MWh, même s'il s'agit d'une moyenne pondérée.
Autre évolution marquante : les combustibles importés représentent désormais plus de 80 % de la valeur d'achat de l'électricité de la catégorie « biomasse », contre environ 22 à 30 % auparavant pour les anciennes centrales bagasse-charbon.
Une dépendance économique qui s'alourdit
Cette mutation du mix énergétique se traduit aussi dans les comptes de l'île. En 2024, les importations énergétiques représentent désormais 5,5 % du PIB réunionnais, contre 2,9 % en 2021. Rapportée à la population, la facture atteint près de 1.336 euros par habitant. Pour la première fois, la production d'électricité devient le premier poste de dépense énergétique devant les carburants destinés aux transports.
Pour l'Observatoire Énergie Réunion, cette évolution montre que « la dépendance change de nature sans diminuer ». Si les émissions de CO₂ reculent avec la disparition du charbon, la dépendance économique reste forte en raison du recours à des combustibles renouvelables importés, beaucoup plus coûteux.
Les ressources locales comme prochaine étape
L'étude ne remet pas en cause la sortie du charbon, qui a permis de décarboner une grande partie de la production électrique. En revanche, elle estime que les biomasses importées doivent être considérées comme une solution transitoire ou d'appoint.
Pour réduire durablement la dépendance énergétique, l'Observatoire Énergie Réunion estime que la priorité doit désormais être donnée aux ressources produites localement. Il souligne que « la réduction de la dépendance économique passe désormais autant par la maîtrise de la demande que par la substitution progressive des combustibles importés par des ressources produites localement » et considère que « le développement des ressources locales constitue un levier potentiel de réduction de l'exposition aux combustibles importés », à condition d'être accompagné de capacités de stockage et de flexibilité du réseau.


