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« J'ai tout inventé » : la plaignante se rétracte à la barre, le prévenu condamné malgré tout

Ecrit par Mehdi Bednarek – le jeudi 23 juillet 2026 à 16H27

Brandon R. comparaissait devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour un ensemble de violences sur son ex-compagne, la séquestration de la fille de celle-ci et une détention de stupéfiants, entre décembre 2025 et mai 2026. À la barre, la plaignante est revenue sur ses déclarations, affirmant avoir tout inventé. Le tribunal l'a tout de même condamné, sur la foi de témoins et de constatations médicales.

Le dossier est épais. On reproche à Brandon R. des violences commises en décembre, puis le 22 mai à Sainte-Marie ; d'avoir, ce matin-là, emmené la fille de son ex-compagne et de l'avoir laissée seule dans une voiture ; d'avoir enfin détenu plusieurs dizaines de grammes de cannabis et quelques grammes de cocaïne. Invité à s'expliquer, il lâche du bout des lèvres qu'il ne reconnaît pas tout. La suite de l'audience dira à quel point.

Le président déroule les faits. Un soir de décembre, un passant assiste à des violences derrière des voitures, avant de voir l'homme entraîner la jeune femme dans un sous-sol de parking ; elle lui aurait expliqué qu'elle venait d'être frappée au visage. Les médecins constateront une tache de sang dans l'œil droit, passants et policiers des rougeurs et un début de gonflement. Sur la drogue, le prévenu concède la détention tout en jurant qu'elle n'était pas à lui, seulement gardée. « Ça s'appelle de la détention, ça, monsieur », lui oppose le président. Sur le reste, il dément en bloc : elle mentirait, par jalousie.

« J'ai tout inventé pour l'enfoncer »

Puis la plaignante s'avance, et le moment se suspend. Un demi-sourire, presque gênée, elle glisse qu'elle voulait « l'enfoncer ». Le président lui demande de préciser. « J'ai inventé toute une histoire. Il ne m'a rien fait. » Dans la salle, la stupeur passe comme un souffle.

Le président ne cache pas son désarroi. Plusieurs fois, il repose la même question, cherche à comprendre d'où viennent alors les marques sur les bras, la tuméfaction à l'œil relevée par le médecin. La jeune femme se rétracte, se contredit, laisse des silences s'installer. Un assesseur la met en garde : dénoncer des faits mensongers est grave, en mesure-t-elle la portée ? Son avocate, elle, annonce que sa cliente reviendra sur ses positions et retirera ses plaintes. La confusion est totale, et c'est précisément là que le tribunal va devoir trancher.

Condamné sur la foi des témoins

La procureure, elle, ne vacille pas. La rétractation éclaire peut-être les dénégations du prévenu, mais elle « n'ouvre aucun droit aux violences ». Elle décrit une femme présentant des fragilités, un homme pathologique dans ses choix de relations, et revient à l'essentiel : ce sont des tiers qui ont signalé et se sont interposés, pas le fruit d'une simple dispute. Les passants ont eux-mêmes rapporté les coups au visage ; les séquelles sont constatées.

Reste la voiture. Ce matin du 22 mai, l'enfant est demeurée seule dans l'habitacle, stationné en plein soleil, et les secours ont mis dix minutes à l'ouvrir. On est passé, dira l'accusation, à côté de l'irréparable. Le prévenu plaide la panique, dit avoir vu la police et pris peur. Sur la drogue, il accuse tour à tour une intimidation policière puis « un jeune » qui la lui aurait donnée. Quand la magistrate requiert trente mois d'emprisonnement, le maintien en détention et deux ans d'interdiction de contact, il lui décoche un regard noir depuis le box.

La défense plaide le trouble semé par des déclarations mouvantes. Le seul moment de vérité, avance l'avocat, c'est celui de la barre ; il conteste les certificats manquants et réclame la relaxe sur la séquestration, l'enfant n'ayant selon lui jamais été vraiment abandonnée, une vitre laissée entrouverte.

Le tribunal a suivi une voie médiane, allant même au-delà des réquisitions. Relaxe pour les seuls faits de fin décembre ; pour le reste, Brandon R. est condamné à trois ans d'emprisonnement, avec maintien en détention et interdiction d'entrer en contact pendant deux ans. Il devra verser 800 euros à son ex-compagne et 1.000 euros à l'enfant.

Etiquettes : PU1 | Tribunal

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