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Violences conjugales : "Ça peut arriver qu'elle prenne une claque ou deux"

Une fois n'est pas coutume, le tribunal judiciaire avait à juger des violences sur conjoint sur fond d'alcool. Le prévenu, présenté en comparution immédiate afin de protéger la victime d'une réitération immédiate des faits, devait répondre de violences sur sa conjointe pour une période s'étalant de septembre 2014 au 31 août 2020.
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 8 octobre 2020 à 16H30

Le 31 août dernier, dans la commune de Saint-Benoît, il est 22h45 quand les gendarmes interviennent au domicile d'une femme se plaignant d'avoir été frappée par son conjoint. Lorsqu'ils arrivent sur les lieux, ils voient l'homme quitter la propriété au volant de sa voiture. La victime leur explique qu'il va sans doute revenir vite, que c'est son mode de fonctionnement lorsqu'il a bu. 

En effet, quelques minutes plus tard, l'homme revient, descend de la voiture en titubant et se fait interpeller par les militaires qui constatent qu'il sent fortement l'alcool. Il est contrôlé au taux de 2,06 g/l à minuit. Il sera retenu un taux de 1,88 g/l (soit l'équivalent de 7 verres) afin de tenir compte de la marge d'erreur suite à une décision de la cour de Cassation. Ce jour-là, le couple était à l'enterrement de la cousine Jean-Wilfried G., 36 ans, auto-entrepreneur. Après la cérémonie, il part de son côté puis rentre chez lui vers 22h complètement défait. Une dispute éclate puis il porte des coups de pied à sa compagne.

Excédée, elle appelle les gendarmes. Le médecin établit un certificat médical faisant état d'une ITT de 8 jours. En consultation, elle fait état du harcèlement moral qu'elle subit depuis trop longtemps et avoue même avoir également des pensées suicidaires. À la barre, il s'excuse puis, s'exclame : "Je lui demande pardon mais, si je l'ai tapé pendant 6 ans, elle aurait pu me quitter plus tôt ! Ça peut arriver qu'elle prenne une claque ou deux, mais quand je lui dit d'arrêter, elle n'arrête pas et quand je lui dis de faire quelque chose, elle ne le fait pas !" Édifiant et tellement pathétique me direz-vous !

"Je veux que ça s'arrête, ça aurait pu mal finir !" tels sont les premiers mots qu'elle dira à son avocate qui allait la représenter. "Beaucoup de témoins confirment les violences régulières et non juste une claque comme il le dit ! Violence et insultes sont son quotidien. Ce qu'elle vous demande aujourd'hui, c'est d'être protégée, elle veut qu'il ne l'approche plus !" explique la partie civile. 

La procureure de la République enchaîne sur le même ton : "Il aura fallu ce coup pour qu'elle raconte son calvaire depuis toutes ces années. Il y a ce témoignage absolument terrible de son enfant 'papa frappe maman'. Il ne mesure pas la gravité des faits aujourd'hui devant vous. Je vous demande une peine de 3 ans de prison assortis d'un maintien en détention et la confiscation du véhicule puisqu'il conduit sans un titre valable du permis de conduire". 

La défense entame sa plaidoirie sur une note quelque peu surprenante : "Aucune preuve ne vient corroborer les dires de madame. 'Une claque de trop, ça arrive !'. Pour noyer ses soucis, il s'est mis dans l'alcool. C'était l'enterrement de sa cousine, il tenait à elle, il était triste. C'est quelqu'un qui est tombé dans la violence à cause des malheurs qu'il a subi - le couple a perdu un enfant à la naissance - il a déjà fait un mois de prison, c'est suffisant".

Au final, le tribunal estime "qu'une claque de trop" c'est inadmissible. Le prévenu est condamné à 18 mois de prison avec maintien en détention, annulation de son permis et interdiction de conduire un véhicule non muni d'un système de démarrage par éthylotest pour une durée de 3 ans. 

 

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