Une adolescente de 16 ans voyage avec 7392 cachets d'ecstasy et passe les contrôles sans autorisation parentale

Deux hommes comparaissaient ce mercredi devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour des faits de complicité de trafic de stupéfiants. Ils ont été interpellés suite à l'interception d'une mule âgée de seulement 16 ans, le 2 janvier dernier à l'aéroport Roland Garros.
Cette affaire débute le 2 janvier dernier quand une jeune fille est contrôlée par les services des douanes en possession de stupéfiants. Outre la quantité astronomique d'ecstasy qu'elle transporte, 7.392 cachets pour un poids total de presque 3 kilos, c'est son âge qui interpelle puisqu'elle a seulement 16 ans. Après 96 heures de garde à vue, la jeune fille est récupérée par son père pour rentrer en métropole. Elle est placée sous contrôle judiciaire dans l'attente de son jugement par un juge des enfants. L'exploitation de son téléphone permet d'interpeller les deux prévenus du jour, et révèle qu'elle a demandé à faire ce deuxième voyage pour 2.500 euros.
Elle reconnait avoir déjà fait un voyage en octobre avec un premier transport de stupéfiants au cours duquel elle avait été récupérée par l'un des mis en cause, Kamel A., et hébergée par le second, Thibault B. Si les deux hommes reconnaissent ces faits, Thibault B. nie avoir eu connaissance d'un quelconque trafic. Kamel A., pour sa part, explique avoir bien récupéré la jeune femme en octobre "pour rendre service à quelqu'un" qu'il n'est, bien entendu, pas en mesure d'identifier. Les perquisitions menées chez Thibault B. n'ont cependant rien donné. Tous deux affirment ne pas avoir eu connaissance de la minorité de la jeune mule.
Lors de ce premier voyage, elle était restée plusieurs jours en leur compagnie. Le 2 janvier dernier, il apparait qu'elle a contacté Kamel A. par texto à son arrivée. Il ne lui avait pas répondu.
"Un sac rempli de paquets cadeaux"
À la barre, les deux hommes se défendent d'avoir un quelconque lien avec le dernier transport. Pour celui du mois d'octobre, Kamel A. dit avoir récupéré la jeune femme et, simplement, donné "un sac rempli de paquets cadeaux" à un "mec" venu le récupérer. Il ne le connait pas et ne peut l'identifier non plus. Seule ombre au tableau de ce joli conte de fée, Kamel A. a un casier avec de nombreuses mentions pour des faits en lien avec des stupéfiants. Thibault B. est connu lui aussi, mais uniquement pour des faits de délinquance routière. Ils expliquent s'être connus dans un hôtel en septembre et s'être liés d'amitié. Thibault B. propose alors à Kamel A. de venir dormir chez lui "au lieu de dépenser son argent dans les hôtels".
Pour autant, le parquet ironise sur un "dossier de bons samaritains qui rendent service à des inconnus sans contrepartie". La magistrate insiste sur des "versions qui ne sont pas raccords", note "une complicité établie pour les faits d'octobre 2024" concernant Thibault B. et "des explications absolument pas crédibles" pour Kamel A. Elle requiert une peine de 4 ans de prison assortie d'une interdiction de territoire pendant 5 ans à l'encontre de Kamel A. et 10 mois de prison avec sursis probatoire pour Thibault B. au regard d'une moindre implication. "Elle sait où elle va et qui doit la prendre en charge. Pourquoi mentirait-elle ?", conclut la procureure.
"Comment une adolescente de 16 ans a pu voyager seule deux fois sans autorisation parentale"
"S'ils savaient qu'elle venait, pourquoi seraient-ils restés chez eux après l'interpellation de la mule ?", répond la défense de Thibault B. La robe noire ajoute que "tout repose sur elle, sur ses déclarations, sauf que nous n'avons pas pu avoir la moindre confrontation lors des auditions, car elle était déjà repartie en métropole. Où sont les droits de la défense ? La vraie question est de savoir comment une adolescente de 16 ans a pu voyager seule deux fois sans autorisation parentale. Elle a menti à ses parents qui ne savaient pas qu'elle était à 9.000 km de chez elle". L'avocat fustige qu'il faudrait "prendre tout pour acquis", et plaide la relaxe de son client.
Selon la défense de Kamel A. "rien ne prouve une quelconque implication dans un trafic de stupéfiants". La robe noire note que le fait "d'héberger une personne ne démontre en rien la connaissance de l'existence d'un trafic", dénonce "un dossier vide qui aurait mérité une enquête plus poussée alors que la jeune fille a donné beaucoup de détails" et regrette que "la justice n'aille pas au bout des investigations pour se contenter de quelques comparses aux fins d'avoir de belles statistiques". Selon l'avocat, "cela participe à l'éclosion de la consommation de stupéfiants". Il plaide pour une peine moins sévère.
Après délibération, le tribunal relaxe Thibault B. en raison d'un manque d'éléments dans le dossier et de l'absence de confrontation. Kamel A. est reconnu coupable de complicité pour les faits d'octobre uniquement et écope de 2 ans de prison, d'une interdiction de territoire pour 3 ans et d'un maintien en détention.


