Un sexagénaire met le feu à la case de l'amant infidèle de sa maîtresse

Jean-Claude V., 64 ans, petit monsieur à la corpulence frêle et à la retraite, comparaissait ce mardi aux côtés de Marie-Roselyne F., 45 ans, agricultrice. Il lui est reproché d'avoir mis le feu à la case d'un agriculteur à Bras Panon le 27 mai 2022. Elle est poursuivie pour complicité en ayant fourni les allumettes à son complice. Ce duo explosif s'en est pris à la victime en raison de l'infidélité du propriétaire des lieux qui entretient une relation avec Marie-Roselyne F. Lassée de ses infidélités, elle a décidé de le punir sur le lieu de la commission des faits. Pour ce faire, elle entraine Jean-Claude V. dans cette spirale et le charme afin de parvenir à ses fins.
L'affaire débute le 27 mai 2022 au matin lorsque les pompiers découvrent un incendie criminel dans une case isolée, ayant causé d'importants dégâts. Trois départs de feu distincts confirment l'origine criminelle de l'incendie. Heureusement, la maison n'est pas habitée, et le propriétaire, qui n'a pas assuré sa propriété, dit ignorer le motif de cet acte. Quelques jours plus tard, un homme, Jean-Claude V., se présente à la gendarmerie pour avouer avoir commis cet acte. Il dit être pris avec des remords et révèle avoir agi sous l'influence d'une femme. Il s'agit de Marie-Roselyne F., qui l'aurait guidé dans la zone à incendier. Ils se sont rencontrés lors de cérémonies tamoules plusieurs mois avant les faits.
La raison de cet aveu soudain vient de la pression que subi le sexagénaire à la retraite. Selon lui, sa complice, qui le harcelait avant les faits pour qu'il passe à l'acte, l'aurait menacé de tout dire de leur relation à sa compagne. N'en pouvant plus, il a tout avoué à sa fille qui l'a conduit à la gendarmerie pour avouer et faire stopper ce chantage. L'enquête prendra du temps pour faire le lien entre les deux comparses en raison d'un numéro de téléphone erroné, donné lors de l'audition. Au final, Roselyne F. sera confondue par le bornage de son téléphone à proximité du lieu de l'incendie le jour des faits. Les voilà ce mardi devant le tribunal correctionnel pour répondre de leurs actes.
"Elle n'arrêtait pas de m'appeler. J'ai fini par céder"
À la barre, ils reconnaissent les faits a minima et se renvoient la responsabilité. Jean-Claude V. se dit harcelé par sa complice depuis leur rencontre lors d'une cérémonie tamoule. Elle veut qu'il l'aide à se venger. Elle lui raconte qu'elle a investi de l'argent dans la case et qu'elle veut le récupérer. Au final, elle voulait bien se venger, mais des infidélités de son compagnon volage. "J'ai été harcelé par elle au téléphone. Elle n'arrêtait pas de m'appeler. J'ai fini par céder", reconnaît le prévenu. "Je ne suis pas d'accord avec ses déclarations. Je n'avais pas l'intention de faire ça. Je lui ai dit que j'avais envie de mettre le feu au kiosque et c'est lui qui m'a dit 't'inquiètes, je peux le faire'", répond la prévenue qui concède avoir été sur les lieux avec lui.
Entre harcèlement et manipulation, les deux versions s'affrontent devant le tribunal. La clé vient d'une question de Me Françoise Nogues, avocate de Jean-Claude V. : "Elle vous a menacé de tout dire à votre épouse et vos enfants ? Vous aviez une relation intime, oui ou non ?", demande la robe noire. "Oui", avoue le sexagénaire, d'une petite voix, et d'ajouter, "elle a fait pression sur moi". Appelée ensuite à la barre, la victime de l'incendie reconnaît sa relation avec la prévenue et dit "avoir fait une connerie" au sujet de ses infidélités. Il indique qu'elle lui avait dit que c'était elle qui était à l'origine de l'incendie, mais qu'il ne l'avait pas cru. Sans rancune aucune, il ne demande pas de dommages et intérêts malgré l'absence d'assurance des biens détruits par les flammes.
"C'est elle qui a intérêt à commettre ce délit, il va là-bas sur ses indications"
Pour le ministère public, "ils ont chacun un rôle qui se dessine clairement", et de poursuivre, "il n'y a eu aucune réflexion ni aucun mot sur les conséquences de leurs actes et jusqu'à aujourd'hui à l'audience. C'est elle qui a intérêt à commettre ce délit, il va là-bas sur ses indications. Ils n'ont pas de casier judiciaire, mais c'est un acte particulièrement dangereux", conclut la magistrate qui requiert 9 mois de prison avec sursis pour les deux complices.
"Que s'est-il passé pour que cet homme de 64 ans se retrouve devant vous ?", questionne Me Françoise Nogues, avocate de Jean-Claude V. "Il est tombé amoureux d'elle. Tellement amoureux qu'il en a perdu la raison ! Deux de relation, elle a su s'y prendre. Il était vulnérable et sous emprise. Il a fait tout et n'importe quoi, mais il n'a pas de casier. Il regrette amèrement", plaide la robe noire.
"Un incendiaire de circonstances et aujourd'hui un metteur en scène"
"Que de rebondissements", s'exclame le Bâtonnier Georges-André Hoarau pour le compte de Marie-Roselyne. "Je tiens à rendre hommage à la victime qui ne se constitue pas partie civile. Un homme amoureux ? Comme c'est mignon ! Un incendiaire de circonstances, oui, et aujourd'hui metteur en scène", ajoute le Bâtonnier Georges-André Hoarau, pour qui le rôle principal est clairement établi. "C'est Jean-Claude V. qui lui a dit, 'il faut mettre le feu'. Cette invention de grands sentiments, c'est du cinéma", plaide le Bâtonnier.
Après délibération, le tribunal estime que les faits sont particulièrement graves. Malgré l'absence d'antécédents judiciaires, les deux prévenus sont plus sévèrement condamnés que les réquisitions demandées. Ils écopent de 18 mois de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de porter une arme.


