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Trois Réunionnais sur quatre "inquiets" pour leur avenir : ce que révèle la dernière enquête exclusive SAGIS pour Zinfos974

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le vendredi 13 février 2026 à 05H54
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Vie chère, insécurité, éducation, chômage... Une enquête exclusive de l’institut SAGIS, réalisée pour Zinfos 974 et Territoires, dresse le portrait d’une île durablement sous tension. Si les Réunionnais continuent de faire face, les difficultés économiques s’ancrent et les préoccupations évoluent, dessinant un paysage social plus fragmenté et plus inquiet.

Les chiffres sont là. Bruts. Brutaux aussi. À La Réunion, les fins de mois sont devenues un indicateur social à part entière. Elles disent plus que les discours sur la croissance ou les moyennes statistiques, elles racontent la contrainte, l’arbitrage permanent, parfois dès les premiers jours du mois. Le dernier baromètre de l’institut SAGIS, réalisé pour Zinfos 974 et Territoires confirme ce que beaucoup vivent sans toujours le nommer, à savoir que la fragilité économique n’est plus marginale, elle structure désormais le quotidien d’une large partie de la population...

Un quart des Réunionnais seulement déclarent disposer "toujours" de suffisamment d’argent pour finir le mois. À l’autre extrémité, 44 % disent manquer d’argent souvent ou systématiquement. "On est plus proche d’une réalité matérielle que d’un simple ressenti", souligne Philippe Fabing, directeur de SAGIS. Cette réalité de la fin du mois est celle qui produit un stress économique récurrent pour les familles concernées."

Les chiffres rejoignent d’ailleurs ceux de l’Insee sur la pauvreté monétaire et les privations matérielles. "Le total de 44 % à déclarer des difficultés financières habituelles est raccord avec les ordres de grandeur documentés au niveau local", insiste le sondeur.

Un point de rupture de plus en plus précoce ?

Pour ceux qui basculent régulièrement dans le rouge, la difficulté arrive tôt. Chez 8 %, elle se manifeste dès la première semaine du mois. Pour 27 %, c’est la deuxième semaine qui marque le point de rupture. Un tiers tient jusqu’à la troisième semaine, tandis que 29 % craquent dans les derniers jours. Autrement dit, pour près de la moitié de la population, le mois est trop long et le salaire trop court.

Cette fragilité économique irrigue l’ensemble du climat social. Lorsqu’on interroge les Réunionnais sur l’évolution de leur qualité de vie personnelle au cours de l’année écoulée, le verdict est plutôt sévère. Plus de 60 % estiment que leur situation est aujourd’hui "moins bonne" qu’il y a un an, dont près de 28 % "beaucoup moins bonne". La situation économique et sociale de l’île est jugée encore plus durement. En détails, 83 % parlent d’une dégradation, dont près d’un sur deux la qualifie de "beaucoup moins bonne", toujours selon le sondage de Sagis, réalisé en novembre 2025.

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"L’idée était de nuancer la notion de “fin de mois difficile” pour apprécier le niveau de tension économique réelle, explique Philippe Fabing. Ramené à l’ensemble de la population, cela signifie que 15 % des Réunionnais manquent déjà d’argent avant le 15 du mois, et 30 % avant la dernière semaine." Un phénomène bien connu, notamment dans la fréquentation infra-mensuelle des grandes surfaces alimentaires.

Cette pression financière continue pèse lourdement sur le moral. Plus de six Réunionnais sur dix estiment que leur qualité de vie personnelle s’est dégradée en un an. Et le regard porté sur la situation économique et sociale de l’île est encore plus sévère car plus de huit sur dix jugent qu’elle s’est détériorée, dont près de la moitié "beaucoup".

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Un écart persiste entre la perception de sa situation personnelle et celle du territoire. "C’est un mécanisme très documenté à l’échelle nationale, une forme de “particularité française, observe Philippe Fabing. On le retrouve à La Réunion, même si, ici, les deux indicateurs sont clairement mal orientés."

Vie chère et insécurité en tête

Le regard vers l’avenir n’apaise guère ces inquiétudes. Trois Réunionnais sur quatre se disent inquiets pour leur avenir personnel et familial. Et ils sont près de 87 % à redouter l’évolution future de la situation économique et sociale de La Réunion. Une inquiétude massive, profonde, qui s’installe dans la durée et traverse l'ensemble des catégories sociales.

Dans ce contexte, les préoccupations prioritaires apparaissent sans surprise. La vie chère et le pouvoir d’achat écrasent tout le reste et les chiffres sont sans appel. Près de 63 % des personnes interrogées les citent parmi leurs trois premières inquiétudes. Une position acquise depuis le choc inflationniste de 2022 et qui ne faiblit pas.

"Il faut remettre cette préoccupation dans le contexte de trois années consécutives d’inflation, pour un cumul proche de 10 %, rappelle Philippe Fabing. Les ménages, en particulier les plus modestes, sont extrêmement sensibles à deux postes : l’alimentation et les carburants, financés avec le “reste à vivre”, une fois les charges fixes payées. Or les prix alimentaires n’ont pas baissé - et ne baisseront probablement pas."

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Mais l’évolution la plus marquante concerne l’insécurité et la délinquance (49%). Stable pendant plusieurs années, elle progresse nettement entre 2024 et 2025. Près d’un Réunionnais sur deux la cite désormais parmi ses préoccupations majeures. "Au cumul des trois choix, l’insécurité démarre sa progression dès 2024, confirmée par la mesure de 2025", note le directeur de SAGIS.

Derrière ce duo de tête, l’éducation (27,6%) gagne du terrain et s’installe durablement comme une inquiétude structurante, traduisant les doutes sur l’avenir des jeunes et la capacité du système scolaire à réduire les inégalités. Le chômage (25,6%) recule légèrement mais reste très présent, tout comme la santé et le système de soins (24,9%). Le logement, souvent au cœur des débats locaux, concerne un Réunionnais sur cinq. Le changement climatique, pourtant enjeu majeur pour l’île, reste plus en retrait dans les préoccupations immédiates, cité par environ 15 % des répondants au sondage SAGIS.

Ce qui brûle, ce qui pèse

L’analyse du premier choix apporte une lecture plus nuancée. "Il faut se garder des interprétations simplificatrices, prévient Philippe Fabing. En première préoccupation, aucune thématique ne dépasse le quart des répondants. Cela traduit une réelle hétérogénéité des priorités."

La vie chère arrive en tête, mais l’insécurité, l’éducation, le chômage ou la santé apparaissent comme des urgences pour des segments différents de la population. Le cumul des trois préoccupations, lui, révèle ce qui pèse dans la durée. "Le premier choix dit davantage la priorité immédiate, là où le cumul intègre aussi les phénomènes plus sous-jacents", résume le sondeur.

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À La Réunion, le niveau de difficultés économiques reste nettement supérieur à celui de l’Hexagone pour une part beaucoup plus large de la population. "Les 60 % les plus pauvres ici sont significativement plus pauvres que les 60 % les plus pauvres au national", souligne-t-il. Et dans un contexte de création d’emplois historiquement faible, la perspective d’une amélioration rapide reste incertaine.

Pour autant, réduire ces résultats à une simple photographie sombre serait incomplet. Ils disent aussi une société attentive à ses fragilités, lucide sur ses difficultés et exigeante envers ceux qui la gouvernent. La préoccupation pour l’éducation, la santé ou le logement montre que les Réunionnais ne se résignent pas, mais ils hiérarchisent, arbitrent, espèrent encore.

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Une inquiétude durable, ancrée dans le réel

Derrière les chiffres, le baromètre SAGIS raconte aussi moins une crise ponctuelle qu’un état durable. Une inquiétude installée, nourrie par des réalités matérielles, et portée par une population qui continue de tenir, mais dont la résilience est de plus en plus sollicitée.

Reste une question centrale, en filigrane de toutes les réponses. Combien de temps cette inquiétude pourra-t-elle être contenue sans perspectives tangibles d’amélioration ? À La Réunion, le moral est bas, la confiance érodée, mais l’attente d’un changement réel demeure intacte. C’est peut-être là, paradoxalement, le dernier ressort collectif.

Institut : SAGIS. Media : Territoires et Zinfos974. Sondage effectué pour : Territoires et Zinfos974. Dates du terrain : du 28 octobre au 27 novembre 2025. Echantillon : 800 personnes constituant un échantillon représentatif de la population de La Réunion âgée de 18 ans et plus. Méthode : Etude réalisée par téléphone, fixe et mobile. Quotas : sexe, âge, profession de la personne interrogée, stratification par communes. Comme pour toute enquête quantitative, cette étude présente des résultats soumis aux marges d'erreur inhérentes aux lois statistiques. La marge d'erreur maximum est estimée à +/- 4,1%, à 95% de probabilités. Contrôle : sondage transmis à la Commission des sondages et consultable auprès d’elle.

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