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Tribune du PS : Abolition de l’esclavage et statue de Mahé de Labourdonnais

La Fédération du Parti Socialiste, présidée par Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, fait connaître sa position sur le sujet polémique du déplacement de la statut de Mahé de Labourdonnais dans une tribune diffusée le 10 mai, jour de la commémoration de l'abolition de l'esclavage. Voici la tribune du PS :

Ecrit par NP – le mercredi 10 mai 2023 à 22H16

Au terme d’un débat parlementaire largement favorable à la loi Taubira, le 10 mai fut retenu pour la « journée nationale de commémoration des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition » depuis 2006. Ce jour de mémoire fait de la France le premier pays à avoir déclaré la traite négrière et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et demeure le seul à en avoir proposé une commémoration nationale.

Le 10 mai 2023 est un anniversaire marquant du patrimoine historique réunionnais, amorcé il y a 42 ans par François Mitterrand, le premier chef d’État socialiste sous la Ve République. Sa politique, particulièrement axée sur la culture, a insufflé un élan d’évolution des mentalités. L’instauration d’un jour férié réunionnais le 20 décembre, votée en 1983 pour commémorer l’abolition de l’esclavage sur notre île, en est une démonstration.

En ce jour symbolique, nous rendons hommage à nos ancêtres. Réduits en esclavage pendant près de deux siècles, ils venaient d’Afrique, d’Inde et de Madagascar. Dès lors, la pluralité des cultures sur l’île volcanique a forgé cette diversité puissante qui nous réunit aujourd’hui. C’est pourquoi le réveil des mémoires est un acte essentiel pour valoriser collectivement les combats de nos prédécesseurs ayant œuvré pour nos droits et libertés. L’émancipation des esprits est alors permise par l’apprentissage et la compréhension des enjeux de notre histoire.

À La Réunion, c’est sur la Place du Gouvernement, le 20 Décembre 1848, que fut proclamée l’abolition de l’esclavage. Cet emplacement capital fut le lieu de rencontre de milliers de femmes et d’hommes qui célébrèrent la fin d’un système de servitude insupportable.

Cependant, le 15 août 1856 à Saint-Denis, la place du Gouvernement accueille l’installation de la statue de Mahé de Labourdonnais, commandée quelques années avant l’abolition de l’esclavage. Gouverneur général des Mascareignes pour le compte de la Compagnie française des Indes Orientales, il étendit une politique commerciale et militaire ambitieuse, un véritable levier de développement pour la puissance coloniale française. L’exploitation économique et la domination accablent par conséquent, les esclaves des cultures de café et de cannes à sucre.

Le financement et l’installation du monument de Mahé de Labourdonnais sur la place centrale de SaintDenis, comme il était prévu avant 1848 par les familles réunionnaises fortunées, symbolisent l’intention de censurer dans les esprits l’affranchissement officiel de milliers d’esclaves. Nos ancêtres furent ainsi longtemps assujettis par le refus colonial de toute espérance d’émancipation, malgré l’année 1848.

Pourtant, la sculpture monumentale de Mahé de Labourdonnais trône toujours au milieu de cet espace devenu depuis l’épicentre des festivités du 20 Désanm, de la Fèt Kaf. Aussi, son emplacement et sa représentation sont incompatibles avec le programme de réaménagement du site qui sera consacré à une commémoration permanente de l’abolition de l’esclavage sur notre île.

Le square Labourdonnais ne correspond plus à l’ambition d’attractivité culturelle de la ville de Saint-Denis. La maire socialiste de Saint Denis, Ericka BAREIGTS, suggère un plan d’avenir qui transformera le visage de ce lieu propice au développement durable et économique de la cité dionysienne. Soutenu par les autorités compétentes, le projet de réaménagement visera à l’installation de mobiliers urbains et culturels au centre d’un parc reverdi favorable à une fréquentation régulière des Réunionnaises et des Réunionnais ainsi que de nos visiteurs. Pourquoi s’y opposer ? Nous ne pouvons laisser perdurer les réflexes issus des mentalités coloniales du XIXème siècle faisant écho à la négation du revers de la médaille de l’histoire réunionnaise.

Ailleurs, les statues de figures historiques sont démantelées et disparaissent du domaine public. En 2020, deux scultpures monumentales de Victor Schoelcher ont été retirées du paysage martiniquais, malgré sa participation activite pour l’abolition de l’esclavage en 1848. De même, en 2021, la ville de New York a retiré les statues de Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, et l’un des pères de la Déclaration d’indépendance des USA, pour son passé d’esclavagiste.

Le Parti Socialiste à La Réunion choisit, et à raison, une voie plus responsable. Le déplacement de la statue de Mahé de Labourdonnais ne condamnera pas le savoir historique. En effet, le passé est un bloc avec ses parts d’ombre et de lumière. Il est essentiel de connaître ces périodes difficiles, de les apprendre, et d’en faire la pédagogie. Les monuments présents dans l’espace public construisent un système de valeurs commun à transmettre et à défendre, à incarner et à développer. C’est un pas vers l’égalité mémorielle, dans la construction d’une conscience de notre Histoire. 

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