Terracoop déboutée en référé : vers une exclusion imminente de l’Urcoopa ?

Le juge des référés a rejeté ce jeudi 19 mars la demande de Terracoop visant à suspendre en urgence une assemblée générale décisive pour son avenir au sein de l’Urcoopa. Mais il a aussi débouté l'Urcoopa de sa demande d'annulation d'une réunion organisée avant l'assemblée par Terracoop. À l’audience, les échanges ont été particulièrement vifs et tendus, révélant une guerre ouverte entre les deux camps.
Le couperet est tombé en fin d’après-midi. Saisi en urgence par Terracoop, le juge des référés a rejeté sa demande de suspension de l’assemblée générale convoquée par l’Urcoopa ce vendredi 20 mars à 10 heures. Un point à l'ordre du jour : la révocation de Terracoop comme administrateur de l'Urcoopa. Derrière ? La possibilité d’exclusion de Terracoop comme membre de l’Urcoopa, via une décision du conseil d'administration. Mais il a aussi débouté de sa demande l'Urcoopa qui réclamait l'annulation d'une réunion qui doit se tenir ce vendredi avant l'assemblée générale.
Une décision lourde de conséquences, alors que l'assemblée générale doit examiner la révocation de la coopérative de ses fonctions d’administrateur, première étape vers une exclusion. Retour sur une audience commencée un peu plus tôt dans la journée.
Une audience référée tendue
Dans une salle tendue, les plaidoiries ont rapidement donné le ton. D’un côté, Me Egloff pour Terracoop, offensive, déroulant un scénario qu’elle qualifie sans détour : « une volonté d’exclusion (…) dans le but de la tuer. De la tuer financièrement, économiquement, juridiquement ».
Face au juge des référés, l’avocate ne se contente pas de contester une convocation. Elle décrit une mécanique enclenchée depuis plusieurs semaines, visant à écarter sa cliente après le dépôt d’un plan alternatif pour Soficoop. « Dès le 16 février, l’Urcoopa a résilié le prêt d’actions (…) ce qui a supprimé la possibilité pour Terracoop de présenter le plan », insiste-t-elle, évoquant une « mesure de rétorsion ». Entre temps, Terracoop avait racheté des créances appartenant au groupe Duchemann et Grondin, lui permettant quand même de pouvoir déposer un plan de redressement concurrent à celui de l'Urcoopa.
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Dans la foulée, elle enchaîne sur une autre pression : « On nous demande d’abonder ce plan à hauteur de 2,2 millions (…) alors qu’il n’existe pas de solidarité financière à ce titre. » Mais c’est lorsqu’elle aborde les conséquences pour Terracoop en cas d'exclusion de l'Urcoopa que le ton se durcit encore. « 45 millions d’euros de chiffre d’affaires (…) disparaissent. (…) 300 personnes au chômage demain, c’est un redressement judiciaire immédiat. » Dans la salle, le mot est lâché : urgence.
Car c’est bien là tout l’enjeu du référé. Convaincre le juge qu’il existe un « péril imminent ». Me Egloff insiste sur la forme : « La convocation (…) n’a pas été faite dans les règles (…) elle ne respecte pas le délai de 15 jours (…) et surtout, elle n’a pas été décidée par le conseil d’administration. » Et sur le fond : une exclusion annoncée, déjà évoquée publiquement via des communiqués, qui ne serait plus qu’une formalité.
« Un écran de fumée »
En face, la réponse est immédiate et tranchante. Me Montpellier, pour l’Urcoopa, prend la parole et attaque frontalement : « On est bien loin de ce qui vous a été exposé. » Elle dénonce « un écran de fumée » et retourne l’accusation. Selon elle, la véritable menace ne vient pas de l’Urcoopa, mais de Terracoop elle-même : « La société Terracoop est en train d’essayer de s’approprier Soficoop (…) pour l'attribuer à des acteurs privés. » Elle insiste : « C’est un coup de force pour vider de sa substance même l’union des coopératives agricoles. »
Tout le monde a encore en mémoire la bataille juridique autour de l'abattoir Evollys, notamment le fameux protocole de 2017, signé à l'époque entre Jérôme Gonthier, ex-président de l'Urcoopa et désormais président de Terracoop, et Duchemann et Grondin.
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Les éleveurs seront toujours livrés en aliment
La charge se poursuit sur les chiffres et la situation financière : « On vous parle de 350 millions de passif (…) c’est complètement délirant. (…) On a un passif artificiellement gonflé. » L'avocate évoque des créances déposées en double, en triple... Du reste, cette question est en train d'être tranchée devant la cour d'appel de Saint-Denis.
Puis vient le terrain social, cette fois-ci au sein de l'Urcoopa, si jamais la stratégie de Terracoop est mise en place : « Ça passera nécessairement par un important plan social (…) de plus de 45 à 50 personnes. » Avant de balayer l’argument clé de la partie adverse en cas d'exclusion de l'Urcoopa : « Venir vous dire (…) qu’elle ne pourrait plus acheter de l’alimentation pour ses éleveurs (…) c’est complètement mensonger. » Par contre, il y aura sans doute un incident sur le prix.
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Délai de convocation régulier
L’échange se tend encore lorsque Me Rapady, également pour l’Urcoopa, s’attache à démonter point par point l’argumentaire juridique du référé. Plus technique, mais tout aussi ferme, il recentre le débat : « On ne peut pas demander au juge (…) de se substituer (…) en l’absence d’un trouble manifestement illicite. » Il s'appuie sur des décisions de la Cour de cassation.
Sur la convocation contestée, il est catégorique : « Les conditions dans lesquelles Urcoopa a convoqué ses membres sont strictement conformes à la réglementation et à ses statuts. » Et tranche sur le point clé : « Du 5 mars au 20 mars (…) le délai de 15 jours est respecté. »
À ce moment de l’audience, Me Rapady change de registre et capte l’attention de la salle. Plus pédagogique, presque didactique, il prend un instant pour s’éloigner du pur juridique : « Je pense que les avocats devraient avoir un rapport systématiquement avec leur client », glisse-t-il, avant de sortir une pièce et de la brandir. Sous les yeux du juge, il produit un extrait de publication officielle dans un journal d’annonces légales pour démontrer que la convocation du 5 mars a bien été publiée, cherchant à matérialiser la régularité de la procédure.
Il retourne également l’accusation de manœuvre : « Ça ressemble peu ou prou à une tentative de coup de force (…) »
Sur le plan du conflit, en revanche, rien n’est réglé
Derrière cette audience, c’est une guerre bien plus large qui se joue. Le différend trouve son origine dans la procédure collective de la Soficoop, holding du groupe Urcoopa, et dans le dépôt d’un plan alternatif par Terracoop, associé au groupe Duchemann-Grondin.
Ce projet concurrent, permis par le droit des entreprises en difficulté, vise à reprendre et restructurer la société, avec des apports financiers significatifs et une réorganisation de certaines activités, notamment autour de l’alimentation animale.
Mais du côté de la direction actuelle, ce plan est perçu comme une rupture majeure. Il fait craindre une recomposition de la filière agricole réunionnaise, avec un risque d’intégration verticale et de perte de contrôle des outils industriels historiques.
À l’inverse, Terracoop défend un projet de transformation, présenté comme plus ouvert, plus concurrentiel et capable de relancer la filière. Le rejet du référé marque une étape, mais certainement pas la fin du conflit. Une première réunion se tiendra à la demande de Terracoop à 8 heures et l'assemblée générale de demain 10 heures pourra se tenir et devrait sans surprise acter une exclusion de Terracoop, ce qui viendrait encore durcir les positions. L'ambiance risque d'être électrique.


