Tangues : One Voice chasse une nouvelle fois sur les terres du préfet

Seules les années changent, le fond du dossier demeure inchangé. L’association One Voice revient à la charge deux ans après avoir contesté l’arrêté préfectoral autorisant la chasse aux tangues...en 2022. L’association de protection animale avait obtenu gain de cause lors de cette dernière tentative comme nous l’écrivions début janvier.
Il y a deux ans, les mêmes protagonistes se faisaient face et la même procédure de référé avait été engagée contre l’acte administratif publié par la préfecture. A l’époque, le juge des référés n’avait pas retenu le caractère d'urgence invoquée par l’association métropolitaine pour suspendre la pratique de chasse en attendant la décision au fond. Du coup, le délai de traitement de la juridiction administrative étant ce qu’il est, l’affaire n’avait été délibérée que ce 29 décembre 2023, soit un an et demi après le recours en annulation de l'arrêté préfectoral. Entretemps donc, les chasseurs ont pu s’élancer, en 2022 et 2023, sur les sentiers des 13 sites autorisés qui représentent une surface de 25 367 hectares.
Cette année, One voice réengage un bras de fer pour les mêmes raisons, quelques jours après la publication du nouvel arrêté préfectoral fixant les dates d'ouverture et de clôture de la saison cynégétique.
Avocat de One voice, Me Younous Karjania estime que la préfecture récidive en ne joignant toujours pas à son arrêté une note d'information qui viendrait éclairer le public sur les données scientifiques du petit mustélidé tant apprécié de certains Réunionnais au fond des marmites. Un pré-requis vite balayé par l'avocate de la préfecture qui justifie l'absence de note scientifique dans l'arrêté préfectoral par le fait que le tangue ne fait partie d'aucune liste d'espèces menacées, qu'il est connu pour ses naissances prolifiques, ce qui le rend "potentiellement envahissant" sans une gestion, ou encore que la zone de chasse n'est permise que sur des zones très limitées.
Comme l'histoire se répète, le juge administratif considérait déjà dans son jugement du 29 décembre dernier que la préfecture de La Réunion, dans son arrêté de janvier 2022, n’apportait aucune information sur la population des tangues. Un reproche qui a donc de nouveau été mis sur la table par l'association ce mercredi après-midi en procédure de référé suspension.
La préfecture fait comme si le jugement n'existait pas
Lors de la présentation des arguments avancés en défense par l'avocate de la préfecture ce mercredi 7 février, le président de séance s'est montré pour le moins étonné pour ne pas dire agacé que le jugement au fond rendu il y a à peine six semaines n'ait pas amené la préfecture à changer de fusil d'épaule. Mais pourquoi donc la préfecture n'a ni modifié ni réduit la période d'ouverture et de clôture de la chasse aux tangues puisqu'elle vient d'être désavouée sur ce point. "Vive la France, on va boire un coup !" a ironisé le président de séance pour tenter de comprendre "pourquoi le préfet a pris le même choix de dates" malgré le jugement qui vient de lui être défavorable.
Il aura fallu l'explication scientifique de Jane Cozette, la directrice de la fédération départementale des chasseurs de La Réunion, elle-même biologiste de formation, pour que le juge des référés ait la réponse à ce mystère.
Si la préfecture n'a toujours pas dérogé à la période de chasse habituelle alors que c'est celle où les femelles sont gestantes et allaitantes, c'est parce que le mammifère entre dans sa période de circulation la plus active entre février et avril. C'est là qu'il sort, qu'il est "moins gras et donc plus musclé", ce qui rend sa chair plus savoureuse. Hors de cette période, il entre dans sa période de torpeur où il s'enterre également plus profondément dans son terrier, ce qui rend sa capture plus compliquée.
Pour ce qui est de l'éventualité d'une réduction de la fenêtre de tir de la chasse aux tangues non plus sur deux mois mais sur un seul mois, l'avocat de la fédération de chasse fait comprendre que le jeu n'en vaudrait plus la chandelle pour les chasseurs qui acceptent de se conformer aux règles de bonnes pratiques moyennant un droit d'entrée allant de 60 à 150 euros selon le forfait choisi. Aller dans ce sens d'une fenêtre plus réduite les amèneraient peut-être à basculer dans le braconnage, ce que redoutent encore plus les autorités.
L'hécatombe des tangues juvéniles telle qu'exposée par l'avocat de One voice est aussi battue en brèche par Jane Cozette qui explique que les chasseurs n'ont aucun intérêt, sur le plan culinaire, à prélever des tangues trop petits. De même qu'ils n'ont aucun intérêt à ce que leurs chiens viennent déchiqueter les mammifères finalement non retenus, ce qui rendrait l'animal non consommable, même si elle concède que "des accidents arrivent".
L'ordonnance que rendra le juge des référés la semaine prochaine est déterminante, à quelques heures de l’ouverture de la saison de la chasse aux tangues prévue le samedi 17 février.


