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TAAF : Pêche Avenir relaxée après la mort d’un des marins du Saint-André en 2018

Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 14 mars 2025 à 08H54
Phote page FB Pêche Avenir


Le 16 juillet 2018, un marin indonésien du palangrier le Saint-André a perdu la vie dans le nord des îles Crozet après avoir été emporté par un paquet de mer. Son vêtement gonflable de sécurité (VFI) ne s’était pas enclenché. Le tribunal judiciaire a relaxé aujourd'hui la société Pêche Avenir des faits d'homicide involontaire.

La société Pêche Avenir est-elle responsable de la mort d’un de ses marins, emporté par une vague alors qu’il participait à la réparation d’une avarie sérieuse, « une infiltration d’eau de mer par le panneau de la cale principale », le 16 juillet 2018 ?

L’accident mortel s’est déroulé dans les eaux des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), au nord des îles Crozet, un archipel volcanique de 352 km² situé entre Madagascar et l’Antarctique.

L’entreprise dirigée par Laurent Virapoullé a comparu seule le 14 février dernier devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour le chef d‘accusation « d’homicide involontaire par personne morale par la violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence dans le cadre du travail ».

Ni le capitaine du Saint-André, ni son second en charge de la sécurité, n’étaient poursuivis. A l’issue d’une audience de près de trois heures, le parquet avait requis une somme de 100.000 euros à l’encontre de Pêche Avenir dont 50.000 euros avec sursis.

Une infiltration d'eau sur le Saint-André

Selon le rapport d‘accident du BEA Mer publié en janvier 2019, trois facteurs principaux ont contribué à la mort du marin indonésien âgé de 30 ans. Ce 16 juillet 2018, l'imprévu survient avec la mise en œuvre en urgence de travaux sur le navire, dans une zone non protégée des vagues par un brise-lames.

La découverte d’une infiltration d’eau de mer dans l’entrepont de la cale principale impose de rétablir l’étanchéité, malgré les conditions météorologiques dantesques ce jour-là avec une grosse mer alliée à une mauvaise visibilité causée par la pluie.

Le lieutenant du Saint-André et quatre matelots interviennent sur le pont. Un marin est chargé d’avertir les autres en cas de grosses vagues, mais son cri, « Attention ! », ne suffira pas à empêcher un de ses collègues indonésiens d’être emporté par un paquet de mer.

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Le lieutenant, qui ne s‘est pas équipé d’une radio VHF portative « contrairement à ses habitudes », ne peut avertir le capitaine.

La victime sera récupérée en mer, mais l’arrêt cardiaque est immédiatement constaté. Les quatre autres marins sont blessés.
Autre « facteur contributif du décès » retenu par le BEA Mer : le fait qu’aucun marquage ne permettait aux marins du Saint-André de distinguer si les vêtements de travail à flottabilité intégrée (VFI) qu’ils enfilent pour aller sur le pont avaient déjà été déclenchés ou non. Après avoir été déclenché et replié pour son rangement, un VFI est inopérant et doit être rechargé avec du Co2.

« Il n’y a pas de mauvais entretien des VFI »

« Il n’y a pas de mauvais entretien des VFI. Ils ont fait l’objet d’un contrôle annuel et le capitaine voulait avancer ce contrôle, sauf qu’il n’y a qu’une société qui le fait et elle n’était pas disponible. Le contrôle annuel courait jusqu’en août, il était valide au moment de l’accident le 16 juillet », se défend Laurent Virapoullé, directeur général de Pêche Avenir.

« Les paquets de mer peuvent déclencher le VFI, on fournit des pastilles de sel et des cartouches de Co2 pour faire le réarmement des VFI qui se seraient déclenchés de manière intempestive. On ne sait pas pourquoi le marin a pris un VFI qui n’était pas chargé, parce que quand il éclate, c’est une bouée qui se gonfle, c’est visible. Ensuite, le second capitaine en charge de la sécurité qui vient récupérer les VFI : soit il les reconditionne lui-même, soit il les met de coté », avance encore Laurent Virapoullé.

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Les enquêteurs du BEA Mer soulèvent toutefois qu’une « une anomalie concernant la gestion des VFI a été signalée dans un rapport émis en 2017 par le prestataire chargé de leur révision. Le rapport précisait que certains VFI étaient arrivés à son atelier déjà percutés, mais repliés dans leur housse. »

Pêche Avenir avait un quota de légine à remplir

Depuis l’accident, la société Pêche Avenir s’est équipée de VFI dont l’état se visualise au premier coup d‘œil, sans qu’il soit nécessaire de déplier le vêtement pour constater s’il est chargé ou non.

Outre l’enchaînement des faits, le contexte de l’appareillage du Saint-André à Port-Louis, le 12 juillet 2018, constitue aussi un élément relevé par le BEA Mer. Le navire, qui dispose d’un quota de légine assigné par les TAAF, était contraint de pêcher encore 83 tonnes de poisson avant le 31 août pour remplir son contrat. Des pénalités financières sont exigées par les TAAF en cas d’écart de plus de 5 tonnes par rapport au quota attribué.

Selon Laurent Virapoullé, la famille du marin décédé a été indemnisée par Pêche Avenir, ainsi que les autres marins blessés. Ce vendredi 14 mars, le tribunal judiciaire a rendu son verdict : la société Pêche Avenir a été relaxée des faits d'homicide involontaire pour lesquels elle avait été jugée.

Etiquettes : Pêche | TAAF

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