“Sur les traces de Thérésien Cadet”, une mise en avant du patrimoine floristique de l’île

Au sein de la faculté des sciences de l’université du Moufia, Bala et d’autres étudiants consacrent leur temps libre à l'entretien et la promotion de l’arboretum. Un jardin riche en plantes endémiques légué par Thérésien Cadet.
Dans un petit coin reculé de l’université de Moufia évoluent de nombreuses espèces endémiques et indigènes des Mascareignes (Réunion, Maurice et Rodrigues).
Zévi marron, Hibiscus Mahot bâtard ou encore Bois de Judas, ces diverses plantes se côtoient dans un espace qui leur est entièrement dédié : l’arboretum Thérésien Cadet.
Né en 1937 au Tévelave, dans les hauts des Avirons, Thérésien Cadet est un véritable pionnier dans le domaine botanique de l’île. Il consacra toute sa vie aux recherches et aux études autour de la biodiversité et de la valorisation de la flore réunionnaise.
Engagé dans de nombreuses associations, le botaniste devient membre de l’Académie de La Réunion et participe à la fondation du SREPEN (Société réunionnaise pour l’étude et la protection de la nature) et des réserves naturelles de l’île.
Ses connaissances dans le domaine ont permis la consolidation de l’Office National des Forêts et du Parc National.
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Mais en dehors de ces grandes structures, c’est au sein du Campus du Moufia qu’il consacre une partie de sa vie.
Avec l’aide de sa femme, il commence à planter lui-même chaque plante endémique et indigène et créé ainsi l’arboretum de la faculté, qui aujourd’hui porte son nom.
Étudiants passionnés, jardin préservé
38 ans après la mort de Thérésien Cadet, l’arboretum continue de prospérer et d’évoluer grâce à l’initiative d’étudiants passionnés. Parmi eux, Balaviknesh, surnommé Bala, étudiant en Master 2 géographie, consacre son temps libre à l’association “Sur les traces de Thérésien Cadet” dont il est le vice-président et membre fondateur.
À 25 ans, l'étudiant se passionne pour les écosystèmes qui l’entourent.
L’ “amoureux des plantes”, comme il aime se qualifier, partage qu’en étant plus jeune, il avait déjà le goût du jardinage : “Je pense qu'inconsciemment, j’ai toujours eu un attrait pour l’environnement et le respect de la nature, même si je n’étais pas profondément actif dans ce domaine”.
Ce sont ses études en botanique, puis des rencontres avec des passionnés de plantes, qui l’ont poussé à s’intéresser sur ce milieu. “J’ai vu des gens à fond dans leur passion et qui voulaient changer les choses, ça m’a touché et je me suis dit pourquoi pas moi ?”, se souvient Bala.
“On avait des cours de travaux pratiques pas loin de l’arboretum. Un jour, avec plusieurs étudiants, on s’est dit que ça serait bien de donner un coup de neuf à cet endroit”. Bala et des amis à lui ont alors commencé à entretenir l'arboretum. Une fois par semaine, les étudiants venaient tailler les arbres et désherber l’espace. “Et puis, il y a eu comme un engouement, raconte Bala, et nos professeurs nous ont proposé de créer une association”.

L’association “Sur les traces de Thérésien Cadet”, créée en décembre 2022, a pour but de “valoriser le travail” du botaniste, mais aussi de “promouvoir la flore des Mascareignes”.
Elle propose de nombreuses activités ouvertes à tous : “On organise des journées arboretum, où on vient entretenir le lieu une fois par mois, précise l’étudiant. On organise aussi des sorties en forêt dans lesquelles on amène des étudiants, des passionnés ou de simples curieux, accompagnés de botanistes et d'écologues”.
Lors de ces actions, les membres de l’association prennent également le temps d’expliquer la faune et flore disparues de l’île, et l’importance de préserver les écosystèmes d’aujourd’hui.
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“On n’est pas des haut placés, on est simplement étudiants, on ne va pas changer le monde, mais si on arrive à changer le petit monde qui est autour de nous, alors c’est déjà une grande victoire”, se réjouit Bala.
Un refuge pour les espèces en danger d’extinction
De nombreuses espèces cohabitent au sein de l’arboretum.
On y retrouve des espèces communes telles que le bois d’olive gros peau et l'hibiscus Mahot bâtard.
“Cette espèce endémique d’hibiscus produit plusieurs types de feuilles tout au long de sa vie, on appelle ce phénomène l’hétérophyllie. Beaucoup de plantes endémiques de La Réunion y ont recours”, précise Bala.

Des plantes comme le Bois puant, le Cissus anulata et le Zévi marron, catégorisés comme en danger d’extinction par le Conservatoire botanique national de Mascarin, s’y trouvent également.
Comme tout site environnemental, les plantes de l’arboretum, aussi protégées soient-elles, font face à de nombreux dangers : cyclones, maladies, insectes, etc.
Un tamarin des bas, arbre exotique, planté par le botaniste Thérésien Cadet, haut de plusieurs mètres, a été endommagé par le cyclone Belal en janvier de l'année dernière.

Alors qu'il a été attaqué ensuite par des termites, les bénévoles n’ont pas eu d’autre choix que d’abattre l’arbre : “Ici, on travaille avec le vivant, donc forcément, on a des pertes, explique Bala, il ne faut pas oublier qu’on est dans un milieu anthropisé. On est obligés d’être très précautionneux et de regarder chaque plante régulièrement pour s’assurer de son état de santé”.
L’association est ouverte à tous, aussi bien aux étudiants qu’aux externes, et a les bras grands ouverts : “J’envoie un peu une bouteille à la mer, mais si j’ai un message à faire passer ce serait : passionnez-vous, montrez votre passion, peu importe ce que c’est, partage le vingtenaire, je pense que c’est important pour nous les jeunes de se passionner pour quelque chose, et de le montrer au monde. Il faut montrer qu’on est actifs et qu’on veut faire avancer les choses”.


