Sous Gérald Maillot, la CINOR avait aussi son cabinet McKinsey

Les cabinets de conseil sont au cœur de nombreuses rumeurs depuis plusieurs années, notamment le plus grand et le plus célèbre d'entre eux, le fameux cabinet McKinsey.
La "firme", comme l'appellent ses propres employés, vend à prix d'or des conseils aux multinationales et aux gouvernements. Le sujet est revenu à la une de l'actualité il y a deux jours, avec la diffusion sur France 2 du magazine Cash Investigation consacré au sujet, apportant son lot de révélations, dont des échanges de mails prouvant que des consultants de McKinsey se seraient mis gratuitement au service d'Emmanuel Macron pour l'aider lors de sa première campagne présidentielle en 2017.
Par la suite, comme par hasard, McKinsey a bénéficié de nombreux contrats payés par le gouvernement. Selon une enquête sénatoriale, il aurait reçu entre 28 et 50 millions d'euros pour environ 40 missions effectuées entre 2018 et 2021.
Les cabinets de conseil à La Réunion, des liens étroits avec les collectivités
Toutes proportions gardées, certaines collectivités de La Réunion entretiennent également des liens privilégiés avec certains cabinets d'études et de conseil. Cela a été le cas, par exemple, entre le cabinet Elan, basé à Montpellier, et la CINOR, sous la présidence de Gérald Maillot.
La semaine dernière, dans un précédent podcast, je vous disais avoir reçu d'une source à la CINOR une copie d'une consultation juridique réalisée à la demande de la société ELAN OI (une filiale du groupe ELAN basée à La Réunion) et de sa directrice Florence Beneteau auprès d'un cabinet d'avocats métropolitains quant à la légalité, ou non, d'une prise de participation de la CINOR dans la fameuse Cité des Dirigeants.
Le titre exact de cette note est : "Note juridique relative aux interventions de la CINOR en matière économique".
Première surprise : comment se fait-il que ce soit la société ELAN qui ait demandé cette consultation juridique, et non la CINOR ? L'administration de la CINOR n'a-t-elle pas un service juridique ? Et des cadres A capables d'écrire eux-mêmes à un avocat ?
Deuxième surprise : pourquoi ne pas avoir sollicité un cabinet d'avocats réunionnais ? Il y en a de très compétents localement, probablement pour un coût bien moindre !
Les manœuvres de la CINOR pour contourner les règles régionales
Entrons maintenant dans le vif du sujet. Cette consultation juridique est datée du 23 juillet 2017. L'avocat métropolitain commence son courrier en expliquant qu'il a été saisi par Florence Beneteau (ELAN OI) le 18 juin 2017 à propos de trois sujets bien précis :
- Quelle est la marge de manœuvre effective d'une Communauté d'agglomération telle que la CINOR dans le cadre de l'exercice de sa compétence en matière de développement économique ?
- Les subventions versées par la CINOR à des organismes associatifs tels que la TECHNOPOLE ou DIGITAL REUNION sont-elles soumises à l'obligation de conventionnement préalable avec la Région ?
- La participation de la CINOR au capital d'une société coopérative d'intérêt collectif constitue-t-elle une aide publique locale et est-elle soumise à l'obligation de conclure une convention préalable avec la Région ?
Après de longues explications procédurales afférentes à ces questionnements, l'avocat rappelle, sur le second point, que la raison d'être de la TECHNOPOLE et de DIGITAL REUNION est de favoriser la création d'entreprises, et que le seul moyen pour la CINOR de les subventionner sans entrer en conflit avec la Région est de bien préciser dans la délibération du conseil communautaire que l'aide financière est uniquement destinée à l'animation du territoire.
On comprend alors que les élus de la CINOR cherchaient des solutions pour contourner les prérogatives de la Région afin d'allouer des aides publiques en matière économique. J'imagine que la présidente Huguette Bello sera ravie de l'apprendre !
Sur la question de la participation de la CINOR au capital de la SCIC Cité des Dirigeants, l'avocat consulté affirme d'emblée que la CINOR ne peut pas y entrer, car la société a pour mission, entre autres, de former des dirigeants. Il précise que la formation est une prérogative de la Région et que la loi est stricte sur ce point.
Un choix contesté malgré les avertissements des avocats
Pourtant, Gérald Maillot, en tant que président du conseil communautaire de la CINOR, fera malgré tout le choix de demander à entrer dans la Cité des Dirigeants le 21 août 2017, soit un mois après avoir consulté l'avocat. Zinfos est en mesure de le prouver aujourd'hui en exclusivité avec la copie du fameux bulletin de souscription écrit et signé de la main de Gérald Maillot : « Bon pour candidature à l'entrée au capital de la SCIC Cité des Dirigeants et à la souscription de 363 actions sous réserve d'une réponse positive du Comité Exécutif de la société » (voir ci-dessous).
De mémoire, ce point n'avait pas été abordé lors du procès de la Cité des Dirigeants en première instance. Il sera intéressant de voir si le procureur général abordera le sujet, puisqu'il aura tous les protagonistes face à lui, y compris Gérald Maillot. Quelle contrepartie a-t-il obtenue, ou quel intérêt particulier l'a poussé à passer outre les conseils d'un avocat lui expliquant que ce qu'il s'apprêtait à faire était illégal ?


