Silver Bank : des clients réunionnais et mauriciens veulent récupérer leur argent

Depuis sa mise sous tutelle en février 2024, la Silver Bank, née des cendres de la BanyanTree Bank, est au cœur d’un scandale financier mêlant la banque et l'ancien gouvernement. Des déposants, dont des Réunionnais, dénoncent de possibles malversations et tentent de récupérer des fonds bloqués depuis des mois. En vain.
La Silver Bank, institution financière mauricienne placée sous administration en février 2024, est aujourd’hui le théâtre d’un scandale qui dépasse les frontières de l’île. Issue de la reprise controversée de la BanyanTree Bank, mise en liquidation judiciaire, la banque est accusée par ses déposants de graves malversations financières. Parmi eux, des Réunionnais, mais aussi des Français et des Mauriciens, tentent de mobiliser l’opinion publique pour récupérer des fonds gelés. « Nous n’avons ni récupéré notre capital, ni les intérêts promis. Tout semble indiquer des délits, mais les autorités restent silencieuses », déplore le porte-parole du groupe des déposants avec qui nous avons pu échanger par téléphone.
"On parle d’une dette colossale de 8 milliards"
Impossible pour eux de pouvoir récupérer leur capital. En effet, au moment de la reprise par Silver Bank il leur avait été signifié la nécessité de maintenir leurs avoirs pendant une période minimale de 36 mois sous peine de se voir infliger de fortes pénalités de sortie : « On évoquait 50% de perte de capital », poursuit le porte-parole.
Depuis sa mise sous tutelle, la Silver Bank est dirigée par un administrateur dont les émoluments font l’objet de critiques virulentes. « Cela fait un an qu’il est en poste et nous n’avons aucun retour concret. Ni sur les malversations, ni sur l’état des dépôts. » La situation inquiète d’autant plus que les déposants estiment leurs pertes à plusieurs centaines de milliers d’euros par personne, certaines institutions publiques étant également concernées. « A titre d'exemple, nous sommes plusieurs à avoir entre 400 et 500.000 euros de capital bloqué, sans l'assurance de pouvoir le récupérer. »
Les accusations se concentrent sur le dirigeant de la banque, Prateek Gupta, un homme déjà impliqué dans un autre scandale au niveau international lié à des fraudes dans le négoce de métaux. En février 2023, la société de négoce de matières premières Trafigura l'a accusé lui et ses entreprises d'une fraude systématique concernant des cargaisons de nickel. Trafigura a allégué que les conteneurs censés contenir du nickel de haute qualité contenaient en réalité des matériaux de moindre valeur, entraînant une perte estimée à 577 millions de dollars, indique le Financial Times. A noter que les procédures judiciaires sont toujours en cours, avec une audience prévue en novembre 2025. En décembre dernier, Prateek Gupta a obtenu un délai jusqu'à fin février 2025 pour divulguer des documents dans le cadre de l'affaire, rapporte Reuters.
"Maurice, en tant que centre financier, joue sa réputation"
D’après Défi Média, ses avoirs ont été gelés par la justice londonienne, mais il aurait continué à puiser dans les ressources de la Silver Bank pour octroyer des prêts importants à des entreprises étrangères, souvent sans garanties financières. Récemment, Rama Sithanen, Gouverneur de la Banque de Maurice, a relancé l’affaire Silver Bank, marquée par des prêts douteux, des milliards de roupies émanant des fonds publics perdues et des soupçons de collusion sous l’ancien régime. « Une enquête est en cours pour établir les responsabilités et les pratiques controversées », indique Défi Média. « Des milliards de roupies ont quitté la banque. On parle d’une dette colossale de 8 milliards. Qui peut reprendre une institution dans cet état ? » interroge le collectif.
Face à cette situation, le groupe des déposants s’organise. Une réunion doit se tenir ce samedi à Maurice, réunissant des représentants de la Banque de Maurice, des syndicalistes et le collectif des déposants. Ces derniers prévoient de tenir une conférence de presse pour alerter sur la gravité de la situation et mettre en lumière les responsabilités partagées entre l’État mauricien et la Banque centrale. « Maurice, en tant que centre financier, joue sa réputation. Si rien n’est fait, nous n’aurons d’autre choix que de saisir la justice pour récupérer nos dépôts », avertit le porte-parole.
"On ne sait pas ce qu’il reste. Ni combien, ni où l’argent est parti »
Pour les déposants, le chemin s'annonce long. Ils dénoncent l’absence de garantie sur le capital, une faille systémique du système bancaire mauricien. Si d’autres banques en difficulté par le passé ont permis de récupérer jusqu’à 80 % des sommes engagées, le silence des autorités et l’opacité des rapports financiers autour de la Silver Bank laissent planer de lourds doutes. « Ce qui est désolant, c’est qu’on ne sait pas ce qu’il reste. Ni combien, ni où l’argent est parti », ajoute le porte-parole.
« Je pense que l'Etat mauricien fera tout pour rembourser le capital des clients. Mais j'attends de voir », lâche le porte-parole, mais pour l’heure, l’absence de réponse concrète alimente leurs doutes. La mobilisation du collectif – qui espère rassembler beaucoup plus de déposants dans les prochaines semaines - pourrait être le premier pas pour mettre encore plus en lumière sur une affaire qui ternit un peu plus la crédibilité du secteur financier mauricien.
Pour sa défense, la Silver Bank a fait apparaître un message sur son site internet concernant les différentes informations qui ont été relayées sur sa situation financière et les malversations dénoncées. "Ces articles de presse contiennent des informations fausses et malveillantes sur la Silver Bank et ses affaires internes. Ils contiennent également des informations privilégiées qui ne sont connues que du personnel de la banque et nous avons lancé une enquête en conséquence", peut-on lire en anglais. La banque, indique également, se réserver le droit de poursuivre les personnes qui nuiraient à ses intérêts, fait-elle savoir.


