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Secours en mer :  6 millions de km² sous la surveillance du Cross océan Indien

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 26 avril 2026 à 07H03

Unique recours en cas d’avarie en mer, de naufrage ou de noyade, le Cross océan Indien a interrogé l’an dernier 11.780 navires de commerce en transit dans la zone des 50 milles nautiques de La Réunion. Outil de souveraineté française, le Cross est un acteur majeur de la surveillance, qu'il s'agisse des frontières à Mayotte ou de l'activité maritime dans le canal du Mozambique.

Sur la passerelle du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross) de l’océan Indien, deux agents de la Direction de la mer sud océan Indien (DMSOI) scrutent et interrogent la dizaine d’écrans de différentes tailles qui les entourent.

24 heures sur 24, 365 jours par an, ils sont les yeux et les oreilles du Cross. Trente agents qui surveillent et écoutent en permanence 6 millions de km² d’océan, depuis le canal du Mozambique et les îles Éparses en remontant jusqu’aux eaux volcaniques de Mayotte, pour redescendre jusqu’aux routes maritimes internationales qui enserrent La Réunion. La surveillance s’étend aussi sur tout le sud de l’océan Indien et ses riches eaux poissonneuses, depuis l’Antarctique jusqu’aux archipels Kerguelen et Crozet.

En 2025, le Cross a dirigé 709 opérations de recherche et de sauvetage, contre 504 l’année précédente. Une montée en puissance qui s’inscrit selon le rapport d‘activité 2025 du Cross « dans un contexte régional toujours marqué par une pression migratoire persistante à Mayotte, mobilisant fortement les moyens de recherche et de sauvetage ; un trafic maritime international soutenu, notamment sur les routes stratégiques du canal du Mozambique ; des conditions météorologiques parfois extrêmes, nécessitant une vigilance accrue. »

34 personnes décédées en 2025

Le bilan des pertes humaines est élevé, rappelant que l’océan demeure une source de multiples dangers : 34 personnes décédées en 2025 dans la zone de surveillance du Cross (contre 27 en 2024), dont 2 chutes à la mer et 2 accidents mortels de plongée. Mais c’est l’archipel des Comores qui paie encore le plus lourd tribu, avec 7 morts et 30 disparus l’an dernier dans les eaux françaises de Mayotte.

Si à La Réunion, le Cross peut disposer, selon la gravité des situations, de moyens aériens conséquents grâce aux deux hélicoptères Écureuil  EC/45 de la gendarmerie, au Dauphin de la Marine nationale et aux deux avions CASA CN 235-300 de l’armée de l’Air, aucun de ces soutiens n’est exclusivement dédié au sauvetage en mer.

Documents rapport d'activité 2025 du Cross.

Mais la principale missions des agents postés sur la passerelle d’observation numérique du Cross, située au Port, c’est le contrôle des va-et-vient des milliers de navires qui s’écartent de la route maritime reliant l’Europe à l’Asie par le Cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud), dans cette zone trouble où la voie commerciale se sépare en deux pour contourner notre île par le Nord ou par l’Est.

Un système de détection automatisée des comportements dangereux

En 2025, le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de l’océan Indien a interrogé pas moins de « 11.780 navires de commerce en transit dans la zone des 50 milles (90 km) autour de la Réunion, soit environ 32 navires par jour (en baisse de 3.3% par rapport à 2024) ».

Cette surveillance en temps réel permet d’établir un contact par radio VHF avec le commandant de l’équipage, pour prendre des nouvelles de la situation à bord grâce à une série de questions standardisées sur le plan international. Mais aussi de surveiller si la situation du navire semble conforme avec les informations fournies par sa balise satellite AIS (Automatic Identification System).

Pour affiner sa veille, le Cross s’appuie sur les images et informations fournies par les services de surveillance maritime intégrée de l’Agence européenne pour la sécurité maritime (EMSA). Ce dispositif propose depuis 2019 un « système de détection automatisée des comportements dangereux ou suspects (ABM – Automated Behaviour Monitoring) issu des données AIS des navires », qui détecte les comportements anormaux pouvant relever de l’avarie ou du changement de cap.

Un enjeu de souveraineté de la France dans l’océan Indien

L’objectif est notamment de limiter les risques d’échouage ou de catastrophe environnementale, deux événements qui vont souvent de paire même si le pire a été évité lors du naufrage du Tresta Star au Tremblet (Saint-Philippe) en février 2022.

La surveillance maritime se déploie aussi – surtout ? – comme un enjeu de souveraineté de la France dans l’océan Indien, à l’image du projet en cours d’installation d’un réseau radiophonique sur les îles Éparses, en collaboration avec les TAAF.

« Ce projet vise à renforcer les capacités du Cross en matière de surveillance de la navigation dans les zones économiques exclusives [ZEE] du sud océan Indien, en le dotant d’outils pilotables à distance, permettant d’entrer en contact avec les navires transitant à proximité des Éparses », précise le rapport d’activité 2025 du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de l’océan Indien.

De récents incidents impliquant des navires étrangers dérivant vers les possessions françaises (dont certaines contestées par les pays avoisinants) du canal du Mozambique ont conduit à augmenter les mesures de sécurité.

Un navire mongole à la dérive près de Juan de Nova

Le Cross révèle un cas concret dans son rapport d‘activité : le 19 mars 2025, un cargo de 89 mètres dénommé Win168 et battant pavillon mongole est repéré dérivant à 60 milles nautiques de l’île de Juan de Nova, se déclarant victime d’une panne de propulsion. Le navire demande une autorisation de mouillage et de remorquage. Disant craindre une catastrophe environnementale sur Juan de Nova, le Cross diffuse une alerte « PAN PAN » en direction des navires commerciaux les plus proches.

Lire aussi : Naufragés de l’île Europa : des centaines de ballots remplis de produits stupéfiants échoués

Le 22 mars, l’armateur du Win 168 indique qu’un remorqueur a été missionné depuis Madagascar pour remorquer le navire à la dérive, mais aucune donnée satellite AIS ne vient confirmer l’information au Cross. Deux jours plus tard, les équipes de quart sur la passerelle numérique du Cross constatent avec soulagement que le cargo mongole s’éloigne à très faible vitesse de Juan de Nova, pour s’extirper de la ZEE française.

Cross, océan Indien
Le commandant du Cross océan Indien Fabrice Richou.

Parmi les autres projets au programme du Cross en 2026, plus proches de nos côtes cette fois : la création d’une zone maritime et fluviale de régulation au droit du Grand port maritime de La Réunion, ou encore « la réflexion autour des mesures de sécurité maritime à adopter » concernant les futurs travaux du second viaduc de la Nouvelle route du littoral (NRL).

Etiquettes : bateau | Océan Indien

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