Sainte-Suzanne : “Une épée de Damoclès en moins, mais le danger persiste” affirme le collectif de La Marine

La nouvelle est tombée pendant les fêtes, comme un cadeau de Noël pour les habitants du quartier de La Marine. Par un arrêté daté du 23 décembre, le préfet de La Réunion s’oppose au projet de construction de 117 logements dans le quartier. Une décision accueillie comme une première victoire, mais pas comme la “fin du combat” contre le risque d’inondation et de “pollution” du quartier, affirme le collectif.
Dans son arrêté, le préfet estime que le projet ne peut être autorisé en l’état. L’État relève notamment l’absence de maîtrise foncière clairement établie, la présence de zones humides sur et à proximité du site, ainsi que des insuffisances majeures dans les études environnementales.
La décision, révélée par Le Quotidien, pointe également la présence de remblais et de sols pollués, sans qu’un diagnostic sanitaire approfondi ni un plan de dépollution n’aient été présentés. À cela s’ajoutent des risques d’inondation jugés insuffisamment pris en compte, dans un secteur déjà identifié comme exposé à la submersion marine, aux débordements de cours d’eau et à la remontée de nappe. Autant d’éléments qui ont conduit l’État à s’opposer formellement à la réalisation du projet, donnant raison au collectif dont le mouvement avait débuté en août dernier.
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“Une épée de Damoclès en moins”
Lors d’une conférence de presse, le collectif d’habitants de La Marine est revenu sur cette décision, remerciant au passage l’action de la préfecture, de la DEAL et de son agent à l’origine d’un rapport sur la présence d’une zone humide et d’espèces protégées sur le secteur concerné, à l’origine notamment de la décision du préfet, à la suite de l’intervention du collectif.
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“C’est une épée de Damoclès en moins, mais le plus gros reste à faire”, résument ses membres, rappelant que le quartier demeure exposé à des inondations récurrentes et à des risques environnementaux connus, selon eux, de longue date.
Les habitants tiennent à préciser qu’ils n’ont jamais été opposés au principe de construction de logements, y compris sociaux, mais contestent fermement leur implantation sur ce site précis, qu’ils jugent inadapté depuis des décennies et susceptible d’aggraver le risque d’inondation dans le quartier.

Des pratiques qui interrogent
Le collectif revendique une mobilisation citoyenne indépendante, portée par des habitants non élus, qui disent avoir dû pallier ce qu’ils considèrent comme des défaillances institutionnelles, mettant en avant le travail technique mené sur les risques d’inondation, les remblais, la pollution des sols et la présence de zones humides. “Si le collectif n’avait pas existé, tout ça serait passé”, affirment-ils.
Les membres du collectif expriment une incompréhension face aux nombreuses “lacunes” relevées dans le dossier du projet, pour lequel la mairie avait pourtant délivré un permis de construire, après un premier refus.
Ils s’interrogent sur la manière dont un programme d’une telle ampleur a pu être instruit malgré des manquements qu’ils jugent manifestes, évoquant un climat de “laisser-faire” et des décisions prises “autour d’une table”, loin des réalités du terrain.
“Quand quelqu’un dépose un dossier pour une maison individuelle, il ne passe pas avec autant de lacunes”, soulignent-ils, pointant un traitement qu’ils estiment inhabituel pour un projet de cette importance.
Zones humides, remblais, pollution : des alertes confirmées
Le projet de 117 logements n'est que l'arbre qui cache la forêt pour le collectif qui alerte sur la présence de zones humides, de remblais pollués et sur la nature marécageuse des sols. Des éléments qui ont finalement été pris en compte par l’État dans sa décision, confortant, selon eux, la crédibilité de leur démarche.
Les membres du collectif affirment au passage avoir subi des "pressions" pour mettre fin à leur mobilisation, allant jusqu’à évoquer des "intimidations". Malgré cela, ils assurent être restés “droits dans leurs bottes”, déterminés à aller au bout de leur combat.


Un combat qui se poursuit au-delà du projet
Aujourd’hui, le collectif souhaite recentrer son action sur la sécurisation durable du quartier : entretien des canaux (comme cela a été le cas cette année pour le ruisseau Foutac par la DEAL suite à la mobilisation et pour le canal d'eau pluviale par la CINOR), gestion et retrait des remblais, reconnaissance et préservation des zones humides, amélioration de l’écoulement des eaux.
Ils insistent sur le fait que l’arrêt du projet ne suffit pas à protéger les habitants et appellent à des actions concrètes pour réduire durablement les risques notamment une "dépollution" du quartier par l'enlèvement des remblais, accumulés au fil des années, accusés de polluer la nappe d'eau et le canal d'évacuation qui traverse le quartier. Là encore, le préfet leur donne raison, évoquant des remblais constitués de "déchets inertes, d'ordures ménagères et de déchets de construction sur environ deux mètres d'épaisseur en différents points du projet". Des remblais qui ont permis de réhausser le terrain naturel en vue de permettre la construction, mais sans empêcher le risque d'inondation, met en avant l'arrêté.
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“Le projet est enterré, mais le problème de fond est toujours là”, concluent-ils, affirmant leur volonté de rester mobilisés tant que le quartier de La Marine ne sera pas réellement sécurisée. Et, en l'état, ce n'est pas le projet de PAPI (Programme d’Actions de Prévention des Inondations), concernant notamment la rivière Sainte-Suzanne, dont la consultation publique se poursuit jusqu'au 15 novembre, qui les rassure, mettant en avant un diagnostic "insuffisant".
"Les gens de La Marine ont toujours peur des inondations", résume l'un de ses membres.


