Sainte-Suzanne : craignant des inondations, un collectif s'oppose à la construction de 117 logements à la Marine

Des habitants de La Marine s’opposent à la construction d’une résidence de 117 logements, craignant qu’elle accentue le risque d’inondation, déjà bien présent dans le quartier. Au-delà, ils demandent un plan global de sécurisation.
« Comment a été créé le lotissement ? Il y avait un fleuve bon dieu ! Au temps du cyclone Jenny, ils avaient remblayé pour faire des maisons ! Mi habite La Marine, viens dans ma cour, à deux mètres (dessous), il y a l’eau de la rivière ! », clame un habitant.
Comme une cinquantaine d’autres, il a répondu jeudi en fin de journée à l’appel d’un collectif de riverains pour une réunion d’information concernant la construction de 117 logements (sociaux et intermédiaires).
Un permis d’abord refusé, puis validé
Le permis de construire avait d’abord été rejeté en avril par la mairie, qui estimait que le projet « par sa situation, son architecture, sa dimension et son aspect extérieur, est de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants et du paysage urbain ».
Revu et corrigé, le dossier — porté par la GTOI et la SIDR via une VEFA (vente en l'état futur d'achèvement) — a finalement été validé par la commune, selon des représentants du bailleur social présents. Mais, comme les habitants, ils ont appris en arrivant que la réunion avait été annulée, sans explication. Une décision qui a provoqué la colère des riverains.
« On apprend ce soir que la mairie a accordé en juillet ce permis sans prévenir personne de La Marine », fustige Florence Ramin, porte-parole du collectif créé en janvier 2024.

La crainte "d'aggraver la situation"
Les habitants demandent l’annulation pure et simple du permis, craignant que la construction, de par son ampleur (6 818 m² de surface plancher selon le premier permis refusé), accentue le risque d’inondation.
« Il est situé chemin Bois-Rouge, qui longe la source, une ancienne zone très marécageuse. On est sur une zone à mouvements de terrain et d’inondations, connus des habitants et de la DEAL. Nous sommes dubitatifs, ça va encore aggraver la situation », poursuit une riveraine.
Selon les données du premier permis refusé, les parcelles concernées sont en partie inconstructibles, ou soumises à prescriptions dans le PPR (plan de prévention des risques). Une partie des parcelles concernées est toutefois située hors aléa.

Un risque “sous estimé”
Le collectif brandit un courrier du préfet daté de mars 2020, envoyé à la mairie. L’État y évoque une étude montrant que « le Plan de Prévention des Risques naturels inondation et mouvements de terrain en vigueur sur la commune de Sainte-Suzanne sous-estime les aléas inondation sur certains secteurs de La Marine et de Quartier-Français ».
Conséquence : « Les services chargés de l’instruction des projets et des autorisations d’urbanisme doivent prendre en compte cette connaissance, actualisée et plus contraignante, des aléas d'inondation ».
Ils doivent appliquer l’article R.111-2 du Code de l’urbanisme, qui dispose qu’un projet peut être refusé ou accepté sous réserve de prescriptions spéciales, « s’il est de nature à porter atteinte à la salubrité et à la sécurité publique du fait de sa situation, ses caractéristiques, son importance ou de son implantation à proximité d’autres installations ».
« Ce qui n’a pas été pris en compte dans le cadre du premier permis », affirme un habitant. Le collectif a été reçu à ce sujet il y a quelques semaines par le cabinet de la préfecture.

« Ras-le-bol des inondations »
Tous disent leur « ras-le-bol » des inondations et montrent des photos et vidéos de l’eau dans leurs maisons et leurs cours. « Et ça se passe à chaque forte pluie, pas besoin d’un cyclone », souffle l’un d’eux.
« Le quartier a toujours été les pieds dans l’eau. Certaines rues plus que d’autres, mais la construction du tout-à-l’égout, la bitumisation, la création de buttes qui empêchent l'évacuation ont empiré la situation. Il y a aussi le problème des chaussées qui sont inutilisables en cas d’inondation, ce qui nous empêche de sortir », explique Julie, une habitante. Sa demande est claire : « Il faut sécuriser le quartier avant de lancer des projets conséquents ».
Les habitants font de l’endiguement de la rivière Saint-Jean une priorité « attendue de longue date ».

L’opposition en embuscade
Le rassemblement a aussi réuni des opposants politiques et futurs candidats à la mairie, dont Eddie Rochard (URD), accompagné de l’élu d’opposition Olivier Dugain.
« On nous parle de taxe GEMAPI, il n’y a pas de PAPI validé, le trait de côte continue de reculer et on veut mettre 117 logements à La Marine. Il n’y a pas de problème là-dessus, mais à condition que la population soit en sécurité », commente Olivier Dugain.
Des soutiens d’Alexandre Laï-Kane-Cheong étaient également présents. Sur les réseaux sociaux, l’élu d’opposition (Croire et oser) a écrit : « Pourquoi annuler cette réunion de concertation publique ? Est-ce un aveu tacite de la politique municipale de ne pas avoir traité les enjeux du projet de mandature ? ». Il demande une « concertation d’urgence ».

“Nous sommes apolitiques”
A la mairie, on pointe également des relations proches entre Florence Ramin, porte-parole du collectif et le député Frédéric Maillot.
« Oui, j’ai fait la campagne de Frédéric Maillot en 2022 et 2024. J’ai le droit d’avoir des convictions politiques mais le collectif est apolitique. Son seul but est de résoudre les problèmes d’inondations, ce que mes parents avant moi ont toujours connu. C’est aussi pour eux que je me bats », clarifie-t-elle.
Elle précise qu’elle ne sera pas candidate aux prochaines municipales.
La mairie n'a pour l'instant pas répondu à nos sollicitations.


