Saint-Pierre : un surveillant blessé par un détenu relevant de la psychiatrie

Une nouvelle fois, un détenu souffrant de troubles psychiatriques s’en est pris à un surveillant pénitentiaire ce jeudi 9 avril. Ce dernier a eu un arrêt de travail de trois jours et un débrayage est prévu ce vendredi matin 10 avril en signe de protestation.
Les prisons réunionnaises ne sont pas adaptées en termes d’infrastructures et de moyens humains pour accueillir les détenus situés à la frontière de deux mondes, carcéral et psychiatrique. Mercredi soir 8 avril, un détenu réputé instable, qui faisait l’objet d’une mesure d’hospitalisation d’office, a réintégré la maison d’arrêt de Saint-Pierre. Au fil des heures, il semble que l’homme, en proie à de graves troubles du comportement, soit petit à petit monté en pression dans sa tête.
C’est dans ce contexte qu’un incident s’est produit ce jeudi 9 avril au matin. Alors qu’il avait été extrait de sa cellule pour prendre un peu l’air, le détenu en question a littéralement dégoupillé. A l’ouverture de la cour de promenade, il s’est jeté sur un surveillant pénitentiaire au point de le plaquer au sol.
L’antique prison de la Cayenne n’est pas adapté aux détenus border line
Fort heureusement, un de ses collègues est intervenu illico presto pour les séparer. Ainsi, le surveillant a été légèrement blessé. Ce qui lui a occasionné un arrêt de travail de trois jours. Son agresseur a, quant à lui, été placé en quartier disciplinaire. Une solution provisoire qui n’est, semble-t-il, pas adaptée à son état de santé.
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Le problème est qu’au sein de l’antique prison de Saint-Pierre, il n’y a pas franchement de place appropriée à ce type de détenu "border line". Il n’est en effet pas raisonnable qu’il puisse réintégrer une des cellules collectives de la Cayenne qui accueille jusqu’à une quinzaine de détenus avec des profils souvent disparates.
Un autre détenu en état de récidive
Ce phénomène d’agression par des détenus relevant grandement de la psychiatrie n’est pas nouveau. Il y a seulement deux semaines, un autre surveillant pénitentiaire a été pris à partie par un détenu à la personnalité complexe dans le quartier d’isolement du centre de détention du Port. Il a reçu un coup de poing en plein visage et il est aujourd’hui encore en arrêt de travail. Pour ces violences, le détenu a écopé d’une peine de deux ans de prison ferme.
Il faut dire qu’il n’en était pas à son coup d’essai. En décembre 2025, le même détenu relevant de la psychiatrie s’était attaqué à un autre surveillant à la prison de Domenjod. Ce qui lui avait alors valu un an de prison ferme devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis.
Un univers carcéral qui souffre d’un déficit de prise en charge au plan psychiatrique
Pour ce qui est de l’agression de Saint-Pierre, Vincent Pardou, secrétaire régional du syndicat FO Justice Réunion-Mayotte, redoute que l’intéressé soit transféré à la prison de Domenjod. Ce qui ne ferait que déplacer le problème même s’il est vrai que cet établissement est un peu mieux équipé, notamment doté de cellules individuelles.
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Le souci est que l’univers carcéral à La Réunion n’est pas adapté pour recevoir des détenus fortement perturbés. Pas plus qu’ils ne sont dotés de moyens humains et matériels pour assurer les soins que requiert leur état de santé. Le risque étant qu’un drame se produise un jour ou l’autre comme cela a déjà été le cas dans l’hexagone où des unités spécialisées existent pourtant. Les fameuses Unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) qui accueillent les détenus souffrants de troubles mentaux.
Ces UHSA, au nombre de 23 dans l’hexagone, font cruellement défaut dans les départements et régions d’outre-mer car "ils génèrent beaucoup de personnel et de moyens financiers", rappelle Samuel Fontaine, secrétaire régional du syndicat UFAP/UNSA Justice.
Débrayage ce vendredi à Saint-Pierre
Pour dénoncer la surpopulation carcérale, le défaut de prise en charge au plan psychiatrique et le climat d’insécurité qui en découle, le syndicat UFAP/UNSA Justice appelle à la mobilisation du personnel pénitentiaire vendredi matin 10 avril devant la maison d’arrêt de Saint-Pierre pour un débrayage en signe de protestation et de soutien à leur collègue victime de violence.
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