Procès du trafic de stups en prison : 18 mois ferme pour les trafiquants parisiens, peines mesurées pour les autres

Le tribunal a prononcé des peines entre un et quatre ans de prison contre les acteurs du double trafic de stups démantelé au centre pénitentiaire de Domenjod en 2023, la plupart sans retour en détention. Malgré leurs dénégations, seuls les deux trafiquants franciliens devront exécuter 18 mois supplémentaires.
Tous coupables. Le tribunal correctionnel de Saint-Denis a condamné l’ensemble des dix prévenus soupçonnés d’avoir pris part à un trafic de stups dont l’épicentre se situait au sein même du centre pénitentiaire de Domenjod entre mai et novembre 2023.
Si la plupart avaient reconnu les faits, les juges ont également sanctionné les deux trafiquants parisiens qui purgent déjà de lourdes peines de prison dans un précédent dossier d’importation de stupéfiants entre Paris et La Réunion et qui niaient toute participation dans cette nouvelle affaire. Yannis Bley, dit "le boss", et Christian Mbong Mouang, dit "le Parisien", écopent tous deux de 18 mois de prison ferme, 3 000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction du territoire réunionnais.
Pour les autres, les peines s’échelonnent de un an de prison avec sursis à quatre ans de prison dont un an avec sursis probatoire pour Maël D, le détenu dionysien le plus impliqué dans le trafic et donc le plus lourdement sanctionné. Tous écopent en outre de peines d’amende entre 1000 et 3000 euros, mais échappent à une nouvelle incarcération.
"Une opportunité de servir d'intermédiaire"
Face aux réquisitions mesurées du parquet, ne réclamant le maintien en détention que pour les deux trafiquants parisiens, la défense était quasiment unanime pour évoquer "les regrets et la prise de conscience" des prévenus, qu’il s’agisse des anciens dealers, pourvoyeurs, ou proches des détenus ayant accepté de livrer de la drogue en prison, tous sont condamnés à des peines mixtes.
Des mis en cause "sur le chemin de la réinsertion", y compris l’ancien détenu Maël D, "l’élément central" de ce dossier "qui a reconnu son implication dans les deux trafics, à l’intérieur et à l’extérieur", a rappelé son avocat Me Yannick Carlet.
"Il était un rouage essentiel, mais n’était pas aux manettes de tout" nuance-t-il cependant. "Quand il s’est retrouvé en cellule avec Le Parisien, il y a vu une opportunité de servir d’intermédiaire, d’assurer sa consommation, et il s’est engouffré dans la brèche" explique-t-il. Une nouvelle pierre dans le jardin des deux prévenus métropolitains, Christian Mbong Mouang et Yannis Bley.
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"Ceux qui m’accusent, c’est pour se dédouaner"
Pour celui désigné sous le surnom de "Parisien", Me Caroline Varignon a pourtant plaidé la relaxe. "On n’a jamais eu la confirmation qu’il était vraiment le Parisien, ce qu’il a toujours contesté" souligne l’avocate de Christian Mbong Mouang. "Les seuls qui le disent sont Maël et sa compagne, dont on sait qu’il l’a bernée", souligne-t-elle, demandant l’abandon des poursuites face aux "trop peu d’éléments dans ce dossier."
Une ligne également suivie par la défense de Yannis Bley. Interrogé au début de cette deuxième journée d’audience, le Francilien qui conteste être "le boss" était resté campé sur sa position. "Je n’ai rien à voir dans cette histoire", a-t-il affirmé, allant jusqu’à réfuter l’utilisation du compte Snapchat qui apparaissait pourtant aussi dans le dossier qui lui a valu d’être condamné en appel à huit ans de prison. "Il n’y a rien qui prouve que c’est moi" a-t-il martelé. "Ceux qui m’accusent, c’est pour se dédouaner", lance-t-il encore.
Et le détenu "le plus surveillé de La Réunion" de justifier les nombreux téléphones retrouvés avec lui en détention par "le besoin de contacter (s)a famille." "Je n’ai pas de parloirs, pas de visite" explique celui qui se trouve à l’isolement en détention depuis bientôt trois ans.
"On veut en faire le Pablo Escobar de La Réunion"
"Il n’y a rien dans ce dossier, que du vide" a plaidé son avocate Me Kheira Flissi-Gherabli en demandant à son tour la relaxe. "On veut en faire le Pablo Escobar de La Réunion, mais c’est un fantasme" veut-elle relativiser. "On n’a pas retrouvé un gramme de stups le concernant, pas une conversation" souligne le conseil de Yannis Bley. "Et s’il voulait poursuivre un trafic, pourquoi aurait-il besoin du détenu Maël ? D’ailleurs, celui-ci n’avait pas non plus besoin de Yannis Bley, puisque le dossier démontre bien qu’il avait de nombreuses sources d’approvisionnement", affirme encore l’avocate parisienne.
Mais le tribunal, considérant qu’il y avait "des éléments suffisants" pour relier les deux prévenus à "6 à 7 transactions entre juin et novembre 2023", a retenu leur culpabilité, sans pour autant accéder aux demandes du parquet qui avait requis 30 mois ferme. Reste à savoir si les deux hommes décideront de faire appel, au risque de continuer à purger leur peine à La Réunion dans l’attente d’une prochaine audience.


