Saint-Denis : le directeur de greffe du tribunal en prison pour une série d’agressions sexuelles sur des personnes vulnérables

Mardi, la chambre de l’instruction a examiné la demande de remise en liberté du directeur des services de greffe judiciaires du palais de justice de Saint-Denis. Christophe Jerez, 59 ans, est en détention provisoire depuis le 30 octobre 2025, suspecté d’avoir agressé sexuellement quatre personnes en état de vulnérabilité, dont un mineur, et alors qu’il était lui-même en état d’ivresse.
Cette affaire d’agressions sexuelles est à peine croyable. Elle n’a pas été révélée par l’une ou l’autre des victimes présumées de Christophe Jerez. Elle a été dévoilée par l’action bien involontaire de ce dernier qui se croyait manifestement au-dessus des lois. Récit.
Le 4 août 2025, Christophe Jerez est à son domicile en compagnie d’un autre homme quand il appelle les forces de l’ordre à la rescousse. A leur arrivée, les policiers s’aperçoivent sans l’ombre d’un doute qu’il est passablement éméché. Celui-ci leur explique que l’homme présent sous son toit vient de l’agresser en lui distribuant une paire de claques à la suite d’une altercation.
La police, appelée pour une claque, le démasque pour des agressions sexuelles
Mais Christopher Jerez se garde bien de préciser la nature du différend qui les oppose. En l’occurrence qu’il a agressé son invité en premier pour exiger de lui une fellation tout en ayant des gestes obscènes à son endroit. Mais ce n’est pas tout… Comprenant qu’il s’est mis dans de sales draps en faisant venir la police à la faveur de son esprit embué par l’alcool, Christophe Jerez se livre à un petit jeu plutôt malsain.
Saisissant un policier par le bras, il fait « péter les galons » en quelque sorte. Il lui explique qu’en sa qualité de directeur de greffe, il a des relations privilégiées avec la procureure de la République de Saint-Denis et qu’il y a moyen d’infléchir le cours de sa carrière. Sans doute espère-t-il, bien maladroitement, éteindre l’incendie qu’il vient d’allumer.
L’auteur de la paire de claques, quant à lui, ne s’est pas privé de déposer plainte pour agression sexuelle. Des faits d’autant plus graves que l’homme en question est particulièrement vulnérable, souffrant d’une pathologie vasculaire. Son témoignage, à la fois précis et circonstancié, a été jugé d’autant plus crédible qu’il disposait d’une preuve. Car il a eu le bon réflexe de faire un enregistrement audio pendant l’agression dont il soutient avoir été la proie.
Un homme sous curatelle et un adolescent de 14 ans
Une enquête est ouverte, délocalisée dans le ressort du parquet de Saint-Pierre étant donné la place occupée par Christophe Jerez au sein du tribunal judiciaire de Champ Fleuri. Poursuivant leurs investigations, les enquêteurs découvrent que la victime n’est pas un cas isolé. Un autre homme, placé sous curatelle et donc lui aussi en état de grande vulnérabilité, leur indique avoir été abusé sexuellement par le directeur des services de greffe alors qu’il effectuait des heures de ménage dans son appartement en échange d’un peu d’argent.
Une troisième victime, un jeune garçon de 14 ans, a lui aussi le courage de dénoncer le comportement de Christophe Jerez. Il indique comment le sexagénaire, en état d’ébriété comme à son habitude, lui a mis la main dans le short après s’être enfermé avec lui dans les toilettes du restaurant dirigé par son père. Entendus, les parents de l’adolescent ont confirmé les dires de leur fils et le fait que Christophe Jerez avait pour habitude de s’alcooliser quand il fréquentait leur établissement.
Il disait qu’il « commandait la police même si ça n’était pas vrai »
Les parents, déboussolés, ont expliqué avoir eu peur de déposer plainte contre lui car il était directeur de greffe et qu’il leur répétait à l’envie qu’il connaissait bien la procureure au plan professionnel. A une autre victime, il a assuré qu’il « commandait la police même si ça n’était pas vrai », précise l’avocate générale. Ce qui peut semer le doute dans la tête de personnes ne maîtrisant pas les arcanes judiciaires.
Un quatrième plaignant, lui aussi en situation de grande faiblesse, a raconté à l’identique comment l’homme de justice s’était livré à des attouchements sur sa personne à plusieurs reprises et dans différents endroits. C’est ainsi que Christophe Jerez a été mis en examen puis écroué le 30 octobre 2025. Le président de la chambre de l’instruction confirme que « les gestes à caractère sexuel décrits par les différentes victimes étaient concordants » mais aussi que le mis en examen « revendiquait son statut professionnel pour impressionner les gens ».
« Complot et lapidation sur fond d’appât du gain »
Le magistrat rappelle encore que le mis en examen « conteste l’intégralité des faits en parlant d’une relation consentie » avec la victime initiale. Pour le reste, il s’agirait, selon Christophe Jerez, d’un « complot » et même d’une « lapidation sur fond d’appât du gain et de jalousie par rapport à sa position sociale ».
Le juge des libertés et de la détention (JLD), qui a déjà refusé sa remise en liberté, a avancé plusieurs arguments comme « le risque de pression sur les victimes et les témoins » mais aussi « un risque de renouvellement de l’infraction sachant la multiplication du nombre de victimes sur une période prolongée ».
« Il n’a cure des personnes à qui il impose des attouchements sexuels »
Le JLD a aussi souligné « la propension [du mis en cause] à inverser les rôles » sachant que « les enjeux professionnels sont importants pour lui » dans le cadre de cette procédure. L’avocate générale rejoint son analyse en tous points. « Les victimes n’auraient jamais déposé plainte contre lui de leur propre chef et nous n’aurions donc jamais su ce qu’il faisait s’il n’avait pas appelé la police après avoir été giflé ce jour-là », rappelle-t-elle. Elle loue surtout le courage de la première victime qui « a déclenché l’affaire en déposant plainte, ce qui a permis de le démasquer ».
Comme sa collègue, elle soutient qu’il y a un risque de pression sur les victimes et les témoins d’autant qu’il « a tendance à se victimiser sans exprimer le moindre remord, regret ou sentiment d’empathie. Il n’a cure des personnes à qui il impose des attouchements sexuels et de leurs protestations », soulignant ainsi « un risque de réitération patent de l’infraction ».
Il nie tout en bloc hormis son addiction à l’alcool
Invité à prendre la parole en dernier, Christophe Jerez a continué à clamer son innocence. D’abord, il précise que sa relation avec la première victime « était connue de tous ». Il laisse ensuite entendre qu’il aurait été drogué cette nuit-là et que ses cartes bleues avaient disparu. En ce qui concerne les autres victimes, il maintient « toutes [ses] récusations ». Puis il évoque plusieurs décès dans son entourage qui n’auraient fait que relancer son alcoolisation, le seul vice dont il s’estime comptable et qui lui a valu un séjour dans le service du docteur Mété.
Elle est loin l’époque où le greffier en chef du tribunal pour enfants de Créteil, et plus tard en poste à Grasse, animait des conférences dans le cadre de la formation régionale près la cour d’appel de Paris. Ou celle où il consacrait un ouvrage aux situations complexes de « l’enfance maltraitée » mais aussi de « l’enfance délinquante ». Un personnage au profil aussi atypique qu'inquiétant qui aura finalement passé sa carrière au plus près des enfants que la vie a brisés…


