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Les forces de l’ordre prises pour cible : "On n’avait pas vu des violences comme ça depuis 2019"

Ecrit par P.M. – le dimanche 18 octobre 2026 à 12H18
Un exemple parmi d’autres des dégâts sur les véhicules de police pris pour cible pendant la nuit (photos Alliance police nationale).

Neuf policiers et deux gendarmes ont été blessés la nuit dernière, selon la préfecture, qui fait état de violences d’une "ampleur inhabituelle". Les forces de l’ordre ont notamment été visées par des jets de galets et des tirs de mortiers d’artifice. Stéphane Patché, secrétaire départemental d’Alliance Police Nationale à La Réunion, dénonce une "escalade de la violence" et réclame une réponse ferme de l’État.

Un pare-brise fissuré au point de ne plus rien voir à travers, un galet resté coincé dans un phare brisé sous la force de l’impact… D’autres clichés pris par des policiers montrent des portières et une aile de voiture enfoncées. Des images de véhicules dégradés qui illustrent les violences auxquelles les forces de l’ordre ont été confrontées pendant la nuit.

Dans un communiqué, la préfecture a confirmé ces violences, jugée d’une "ampleur inhabituelle", commises par des groupes d’individus cagoulés et munis d’armes contre les forces de sécurité intérieure et les services de secours. Elle dénombre neuf policiers blessés parmi les 120 fonctionnaires mobilisés en zone police, ainsi que deux gendarmes blessés parmi les 99 militaires engagés. Au total, 18 personnes, dont des mineurs, ont été interpellées depuis le début des événements.

Lire aussi : Violences à La Réunion : 18 interpellations, neuf policiers et deux gendarmes blessés

"On n’avait pas vu des violences comme ça depuis 2019", alerte Stéphane Patché, en référence au mouvement des Gilets jaunes. Le représentant d’Alliance Police Nationale décrit une nuit particulièrement éprouvante pour les fonctionnaires mobilisés dans plusieurs secteurs de l’île en marge de la mobilisation contre la vie chère. Il évoque des scènes de "désolation", notamment à Saint-Denis et à Saint-Pierre.

"On a passé un cap", s’inquiète le syndicaliste. Selon lui, des incendies ont été délibérément allumés pour attirer les pompiers et les forces de l’ordre, ensuite pris pour cible dans de véritables "guets-apens".

Ce galet coincé dans un phare brisé témoigne de la violence des attaques subies par les policiers pendant la nuit.

Un policier aux urgences après des jets de projectiles

Stéphane Patché rapporte notamment l’attaque d’un véhicule de la brigade canine à Saint-Denis. Après des jets de projectiles contre le véhicule, son conducteur a été pris en charge aux urgences pour des poussières de verre dans les yeux, indique-t-il.

Selon le représentant syndical, les policiers ont empêché le pillage du Carrefour City de Vauban. À la Providence, en revanche, le rideau de l’Intermark a cédé, laissant entrer les pilleurs. L’incendie du McDonald’s de La Possession figure également parmi les dégradations majeures de la nuit.

D’importants moyens ont été engagés pour contenir les violences, explique Stéphane Patché, avec un important recours aux gaz lacrymogènes pour disperser les attroupements ou permettre aux policiers de se dégager d’une situation dangereuse.

"Les difficultés ne peuvent pas tout justifier"

Dans un communiqué, Alliance Police Nationale dénonce des jets de projectiles et des tirs de mortiers d’artifice visant directement les policiers. Le syndicat rapporte aussi des caillassages de pompiers venus intervenir sur des incendies.

Stéphane Patché distingue dans le même temps les revendications contre la vie chère des violences commises pendant la mobilisation. "Les difficultés de pouvoir d’achat touchent l’ensemble de la population, souligne-t-il, mais elles ne peuvent justifier les pillages, les caillassages, les agressions ou les incendies de véhicules".

Lire aussi : Commerces incendiés, policiers blessés : une nuit sous tension à La Réunion

Le syndicaliste s’indigne aussi d'insultes proférées samedi devant le commissariat de Saint-Pierre, où des manifestants ont scandé "Tout le monde déteste la police". Il rappelle que ce sont ces mêmes personnes qui pourront avoir besoin, demain, de déposer plainte au commissariat si elles sont victimes de violences. Les forces de l’ordre sont "le rempart de la population", insiste-t-il.

Il évoque au contraire un sondage CSA pour Europe 1, CNews et Le Journal du Dimanche, réalisé les 15 et 16 octobre, selon lequel 84 % des Français déclarent soutenir les forces de l’ordre.

"L’État doit se faire respecter"

Au-delà de la condamnation des violences, Stéphane Patché met en cause un manque de dialogue et des moyens alloués par l’État qu’il juge insuffisants pour les policiers et les gendarmes. "L’État doit se faire respecter", affirme-t-il, en appelant à une réponse ferme et à un renforcement des effectifs et des équipements.

Dans son communiqué, Alliance réclame au préfet des renforts conséquents, des véhicules de maintien de l’ordre plus récents et des véhicules d’intervention. Stéphane Patché souligne la multiplication des missions, de la lutte contre les drogues aux interventions pour violences conjugales, auxquelles s’ajoutent les violences urbaines. L’organisation conteste les affirmations selon lesquelles les effectifs seraient suffisants à La Réunion.

"Il faut arrêter de croire que la Réunion c’est ce paysage de carte postale", écrit le bureau départemental, qui demande une prise de conscience des autorités nationales.

Le syndicat adresse ses "vœux de rétablissement aux policiers blessés et salue le professionnalisme ainsi que le sang-froid des fonctionnaires mobilisés", certains depuis le matin et jusqu’à une heure avancée de la nuit.

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