Risque requin : l’infantilisation par le Cross Réunion

Il y a quelques années une vedette de pêche professionnelle a coulé à quelques miles au large de Saint-Pierre. Les pêcheurs ont pu êtres récupérés in extremis par leur collègues qui naviguaient à proximité, donc grâce à une chaîne de solidarité qui s’est mise en place rapidement et spontanément par le biais des téléphones portables. Au lieu de saluer ce bel exemple, le Cross Réunion a lancé dans les mois qui ont suivi, une campagne de sensibilisation relayée par la vedette de la gendarmerie maritime auprès des plaisanciers et professionnels de la mer pour faire adopter le "reflexe Cross Réunion" : "En cas de difficulté même anodine ne perdez pas votre temps à vous débrouiller par vous même, appelez le Cross Réunion par téléphone ou VHF". Jusque-là le sens marin impliquait à chacun de naviguer avec bon sens et sang froid et de n’appeler les secours que lorsqu’il y avait un péril certain ou imminent pour la vie humaine, car personne, même le plus aguerri des marins, n’est à l’abri d’une fortune de mer.
C’est un message débile d’infantilisation qui nous a conduit à la réalité d’aujourd’hui : la notion de responsabilité "à ses risques et périls" a été dissoute. On appelle les secours comme on appelle Freedom pour n’importe quoi et en contrepartie les secours et élus qui se sont autoproclamés responsables de tous, décrètent qu’ils sont débordés et prennent des mesures liberticides. Le paroxysme de ce cercle vicieux a été la fermeture pendant trois mois du littoral marin de Saint-Gilles, les frasques législatives du maire de Saint-Leu en passant par la chasse lancée par le sous-préfet de Saint-Pierre contre de pauvres bougs qui faisaient du body-board dans l’avant port pendant un épisode de grosse houle.
En ce moment la SREPEN qui semble se réveiller de sa léthargie sur le risque requin relaye une plaquette distribuée par le Cross Réunion : "En cas d’observation de requin appelez le cross". Un comble, une aberration quand il y a moins d’un mois les scientifiques internationaux réunis sous l’égide de la Commission de l’Océan Indien (COI) ont conclu qu’il était impératif de "changer les mentalités avant de gérer le risque..."
Des requins dans l’eau, c’est rare à observer (Fed Buyle et les marquages préfectoraux l’ont confirmé) mais c’est aussi banal qu’observer un barracuda, des méduses ou un poisson-pierre. Quoi qu’il en soit j’appellerais peut être un jour le cross pour une embarcation en perdition, une personne qui demande assistance en mer, mais jamais pour l’observation d’un requin et surement pas pour voire débarquer la police municipale ou le PGHM me crier dessus avec son hélicoptère. La mer est un espace de liberté, les hommes libres chérissent la mer, se plient aux règles de la nature. Foutez leur la paix et vous, SREPEN, Cross, Préfecture, Medias, occupez-vous de changer vos mentalités. Responsabilisez au lieu d’infantiliser.


