Rentabilité en berne : les banques réunionnaises signent leur plus faible résultat depuis 2010

Le résultat net global des banques à La Réunion a chuté de 16,7 % en 2024, atteignant son plus bas niveau depuis plus d'une décennie. Une tendance qui s'inscrit dans un contexte de pression durable sur les marges du secteur bancaire local.
L’année 2024 s’achève sur un coup d’arrêt pour le secteur bancaire réunionnais. Selon les données de l'Institut d'émission des départements d'outre-mer (IEDOM), les principaux établissements du département enregistrent une baisse de 16,7 % de leur résultat net global, après une année 2023 déjà contrastée (+9,6 %). Avec 77,8 millions d’euros de bénéfice cumulé, le système bancaire local signe son plus faible résultat depuis 2010, période marquée par la sortie de la crise financière mondiale.
La rentabilité du secteur ne cesse de se contracter
Ce recul vient confirmer une tendance structurelle : depuis le pic de 115,3 millions d’euros atteint en 2013, la rentabilité des banques ne cesse de se contracter. Plusieurs épisodes conjoncturels ont pesé ces dernières années sur les bilans bancaires, comme les mouvements sociaux liés aux gilets jaunes en 2018 ou la crise sanitaire de 2020, avec leur lot de fermetures commerciales et de ralentissement économique.
Mais au-delà de ces facteurs exceptionnels, les évolutions récentes relèvent aussi de facteurs plus techniques. Le produit net bancaire (PNB), qui représente la différence entre les revenus d’exploitation et les charges d’intérêt, avait reculé de 7,5 % en 2023. Il connaît une légère reprise en 2024 (+1,4 %), mais cela ne suffit pas à compenser l’envolée simultanée des charges d’exploitation.
Les résultats intermédiaires des banques confirment cette tension sur les marges. Le résultat brut d’exploitation des cinq principaux établissements implantés dans l’île plonge de 14,5 % en 2023, avant une nouvelle baisse de 10,2 % en 2024. « L’évolution du résultat net apparaît déconnectée des fondamentaux », note l’IEDOM, qui explique cette divergence par la forte volatilité des taux d’intérêt et des conditions de refinancement sur les deux dernières années.
La hausse rapide des taux directeurs décidée par les banques centrales a certes pu profiter ponctuellement aux marges d’intérêts, mais elle a également renchéri les coûts de financement, rendant plus complexe la gestion de l’équilibre financier des établissements. Le système bancaire réunionnais, historiquement dépendant du modèle de collecte de dépôts et de distribution de crédit, se retrouve ainsi contraint de revoir ses leviers de rentabilité.


