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Relaxe de Pierre Maunier pour abus de faiblesse : récit d'un étrange procès

Ecrit par Lucas Candessoussens – le mercredi 10 décembre 2025 à 06H22

L’ancien policier et actuel président du comité du Grand Raid est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis pour abus de faiblesse. Au cœur du dossier, un don sous forme de prêt accordé par sa tante, âgée de 88 ans.

Chemise à carreaux et droit comme un I à la barre du tribunal, Pierre Maunier devait s’expliquer sur un don, transformé en prêt, effectué par sa tante. On parle ici d’un virement de 88 000 euros, qui, pour éviter la case fiscalité, a été fait sous la forme d’un prêt.

Sa généreuse bienfaitrice n’est autre que sa tante, dont il dit être très proche. Le patron du Grand Raid aurait, selon elle, effectué cette opération sans qu’elle le comprenne réellement. Qui plus est, dans un laps de temps succédant à ce prêt, sa tante a changé son bénéficiaire d’assurance-vie à l’égard de Pierre Maunier.

Un rendez-vous expéditif

Retour en 2024. En mai, un conseiller bancaire est contacté par Pierre Maunier. Il sollicite un rendez-vous urgent pour lui et sa tante. Dans l’après-midi, peu avant la fermeture de l’établissement, le conseiller les reçoit. La transaction est bouclée et les 88 000 euros sont virés sur le compte du neveu.

Le deal est le suivant : pour éviter de payer des impôts, Pierre Maunier va lui verser 500 euros, qu’elle retire ensuite en liquide, pour rembourser ce prêt à taux zéro, sur 15 ans.

Ce n’est que lorsque la tante reçoit son relevé de compte qu’elle mesure les conséquences de ce virement.

Quelques semaines plus tard, c’est un rendez-vous pris chez l’assureur responsable de l’assurance-vie de la tante qui attire l’attention de la justice. En effet, une demande de changement de bénéficiaire, puis un rachat de l’assurance, interpelle la conseillère. Temporisant, elle signale ce rendez-vous et affirme que Pierre Maunier est arrivé avec des documents préremplis.

Finalement, le rachat de l’assurance-vie ne va pas se faire, l’organisme n’ayant pas achevé la procédure.

L’enfant chéri et les 40 000 euros envolés

À la barre du tribunal correctionnel, Pierre Maunier n’en démord pas. D’abord, il évoque sa relation avec sa tante : elle le considère comme « le fils qu’elle n’a jamais eu ». Toute la famille semble s’accorder sur la version du patron du Grand Raid. Sa tante le chérit énormément. Il nie tout abus de faiblesse commis à son égard et parle de son caractère « bien trempé ».

Une version corroborée par le conseiller bancaire, entendu dans le cadre de l’enquête :
« Je ne connaissais pas M. Maunier. La dame était parfaitement consciente, elle a annoncé le montant elle-même. J’ai reformulé plusieurs fois, elle confirmait toujours. »

Dans ses auditions, Pierre Maunier fait toutefois preuve de quelques maladresses. Pourquoi un virement aussi conséquent alors qu’il n’avait pas forcément besoin d’argent ? L’intéressé répond que c’est sa tante qui a insisté pour procéder à ce don. Surtout, très peu de temps après l’opération, une provision est versée à l’ex-femme de Pierre Maunier, en instance de divorce.

Les 88 000 euros sont ensuite distribués à ses enfants. Or, il est révélé pendant l’audience que 40 000 euros ont tout simplement… disparu. Interrogé sur cette somme, Pierre Maunier explique laconiquement qu’il a été victime d’une escroquerie sur un site de cryptomonnaie.

Pour l’assurance-vie (à hauteur de 138 000 euros), la défense est la même : d’après lui, tout a été fait dans les règles. Il dément avoir voulu la racheter. « C’est elle qui a pris rendez-vous. Je me suis contenté de l’accompagner. »

Sa tante était-elle vulnérable ?

On détaille ensuite le parcours qui a mené la tante à poursuivre son neveu. Entre l’épisode de la banque et celui de l’assurance-vie, elle pousse la porte d’un cabinet d’avocat. La robe noire accueille donc sa future cliente, qui lui répète que son "neveu lui a volé 88 000 euros". Peu à peu, son conseil va tenter de reconstituer le fil de cette affaire.

Dans ses déclarations, la gramoune martèle une seule chose : cet argent économisé était pour ses deux sœurs, dont elle s’occupait jusqu’à son placement en curatelle. De même que son assurance-vie.

Une expertise médicale est pratiquée pour déterminer si la victime l’était dans le courant de l’année 2025. Celle-ci révèle notamment que la victime était particulièrement vulnérable en raison de son âge. Or, cette expertise surgit plusieurs mois après le dépôt de plainte : ainsi, depuis le « prêt » en mai 2024, la vieillesse a pu aggraver la vulnérabilité de la tante.

De plus, son entourage familial parle certes d’une dégradation de sa mémoire, mais ne relève pas de troubles psychiques plus profonds.

Deux témoins vont être entendus à la barre, corroborant la version de Pierre Maunier. Son ex-femme et la sœur du mis en cause décrivent à quel point leur relation est fusionnelle. Elles ne semblent guère étonnées de ce « don déguisé ». Toutes deux décrivent le président du Grand Raid comme un homme droit et intègre, à des années-lumière des faits qui lui sont reprochés.

Coup de théâtre : scène de réconciliation en pleine audience

Le président, Bernard Molié, informe la victime de son souhait de lui poser quelques questions à la barre. Soutenue par l’une de ses nièces, la tante s’avance donc vers le prétoire… et enlace son neveu « chéri » Pierre Maunier.

Une scène déjà peu courante dans une audience et qui n’a pas manqué de réjouir les acteurs de ce dossier. L’une des membres de la famille se permettant même des applaudissements… Pour remettre les choses dans leur contexte, Pierre Maunier et sa tante ne s’étaient pas revus depuis le début de la procédure.

Passé ce moment de liesse, sous le regard moins réjoui qu’interloqué du ministère public, l’interrogatoire de la victime demeure un exercice particulièrement délicat. Son âge, 89 ans, et ses difficultés de compréhension auditives en sont la cause. Ce que l’on peut retenir, c’est qu’elle aime profondément son neveu et que l’argent prêté, elle apprécierait bien en revoir la couleur… Le président se permet une touche d’humour, en lançant à la victime de « faire un don à la justice ».

Une infraction caractérisée selon l’accusation

L’avocat ouvre le bal des plaidoiries : malgré la scène touchante entre sa cliente et Pierre Maunier, l’infraction d’abus de faiblesse ne laisse pas place au doute. Il s'appuie sur cette même relation qui les lie et dont aurait profité l’intéressé. Son argumentaire s’appuie sur la nature pressée de l’ancien policier à obtenir un rendez-vous à la banque et sa tentative pour racheter l’assurance-vie.

La procureure, Véronique Denizot, requiert une peine de six mois avec sursis, la confiscation des scellés et le dédommagement de la victime. Elle argue sur la personnalité de Pierre Maunier : un homme qui use de l’argument d’autorité — ex-flic, patron du Grand Raid — pour arriver à ses fins. Un argument qui rejoint les propos de la partie civile.

La procureure exhibe pour preuve un courrier envoyé peu avant son passage à Malartic par Pierre Maunier : dans cette lettre, l’homme rappelle ses fonctions et cite même le nom de l’officier de police judiciaire qui l’a convoqué au commissariat. « Une première en 30 ans de carrière », souffle Véronique Denizot.

Elle estime que la victime a été sans conteste victime d’abus de faiblesse, l’infraction étant caractérisée vu le grand âge, les pertes de mémoire et les propos parfois contradictoires de la tante.

Maître Sébastien Navarro plaide sans détour la relaxe de son client. Selon lui, le dossier ne repose sur rien. Il prend pour preuve les déclarations du conseiller bancaire : comme pour l’assurance-vie, c’est bel et bien la victime qui a voulu et le virement, et le changement de bénéficiaire.

Après plus de quatre heures d’audience, de moult rebondissements et une délibération, le tribunal a décidé de relaxer Pierre Maunier. De plus, la restitution des scellés a été prononcée.

Selon le tribunal, rien ne peut prouver l’abus de faiblesse du président du Grand Raid sur sa tante. C’est donc en pleurs, soulagé, que l’homme est sorti de la salle d’audience.

Etiquettes : Pierre Maunier

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