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Ravines : Sainte-Rose a retenu les leçons du drame de Bois-Blanc en 1947

Ecrit par Philippe Madubost – le samedi 19 avril 2025 à 17H42
Pour la 4 ème année consécutive, un hommage a été rendu hier aux 9 victimes de la catastrophe de 1947 en présence des derniers survivants.

Alors que l’entretien des ravines et la question des PEC (Parcours Emploi Compétences) seront deux enjeux au cœur de la visite présidentielle, l’État et les collectivités locales pourraient s’inspirer de la stratégie mise en place à Sainte-Rose où une surveillance par drones et un nettoyage régulier des cours d’eau sont effectués pour ne pas revivre le drame de 1947 lorsque la ravine Bois-Blanc sortit de son lit et tua neuf personnes. La mairie appelle à son tour à « venir en aide » aux communes.

Deux voitures, des troncs d’arbres, des roches… C’est ce que les équipes de la mairie ont retiré du lit de la ravine Marocain en début de semaine dernière. La suppression d’un risque d’embâcle et d’inondation brutale du quartier éponyme en cas de crue. Le tragique scénario qui coûta la vie, dans la nuit du 8 au 9 mars 1947 à neuf personnes à Bois-Blanc, dont une famille entière. Certains corps ne furent retrouvés que plusieurs jours plus tard.

Le récit du drame n’avait fait l’objet que d’un court article dans la presse de l’époque.

Comme chaque année depuis quatre ans, un hommage a été rendu hier aux victimes par la municipalité en présence des survivants de la catastrophe. Une gerbe a été déposée au pied de la stèle érigée non loin de la ravine et une minute de silence respectée.

Une stèle a été érigée en mémoire des victimes de la catastrophe.

Cette nuit de mars 1947, les habitations furent emportées par une crue soudaine de la ravine Bois-Blanc, sortie de son lit à la suite de plusieurs jours de pluies intenses et surtout de la formation en amont d’un phénomène d’embâcle : l’obstruction de la rivière par un amas de matériaux déstabilisés. Un barrage qui, en rompant, libéra une vague de crue qui dévasta tout sur son passage.

Sept ravines survolées

Dans un documentaire produit par la ville et réalisé par Alain Bertil, grand connaisseur du Piton de la Fournaise et chargé de mission au développement d’activités liées au volcanisme à la mairie de Sainte-Rose, la cause probable de l’embâcle a été identifiée : un effondrement majeur des flancs de l’ancien cratère du Piton Nelson, au pied duquel coule la ravine Bois-Blanc. Des blocs massifs retrouvés dans la ravine pourraient être les vestiges de cet effondrement. Un travail d’enquête mené avec un habitant de Bois-Blanc, à l’origine de la redécouverte de l’histoire de la catastrophe de 1947, Christophe Esparon, employé communal.

Christophe Esparon a sorti de l’oubli le drame de 1947 ainsi que des vestiges comme cette ruine d’une ancienne maison retrouvée sur le site de la catastrophe.
Des blocs massifs retrouvés dans le lit de la ravine pourraient être des vestiges de l’effondrement du Piton Nelson et du barrage qui se serait ensuite formé dans la rivière (photo Alain Bertil).

Pour réaliser le film (à découvrir sur le site lepaysdeslaves.re), le passionné avait utilisé son drone pour remonter le lit de la rivière sur plus de deux kilomètres. Le point de départ d’un survol devenu régulier depuis des ravines principales de la commune afin de s’assurer qu’aucun risque d’embâcle ne menace à nouveau les zones habitées. Un survol réalisé avec le renfort de la Cirest qui possède également un service drone.

Et ça fonctionne. C’est à la suite d’un survol de la ravine Marocain après le passage de Garance que la présence de voitures (volées) et d’autres troncs d’arbres fut découverte. Ils ont été évacués il y a deux semaines.

A la suite du survol par drone de la ravine Marocain, un risque d’embâcle formé par des voitures et des roches a été supprimé.

Des PEC en peau de chagrin

Placé sous le « contrôle strict de la ville », l’inspection et l’entretien régulier de sept ravines traversant des zones habitées – dont celles de Bois-Blanc, Marocain ou encore Mimi, dans laquelle un déroctage a été réalisé il y a deux ans (action de briser de gros blocs de pierre) – sont assurés par un service dédié à la mairie, baptisé LCRIR (Lutte Contre les Risques d’Inondations des Ravines).

« Ce qui s’est produit chez nous peut se produire ailleurs à La Réunion, n’importe où », a prévenu hier Michel Vergoz. Ce dernier a profité de l’occasion pour interpeller l’État : « À nous tous seuls, saurons-nous faire ? Je ne pense pas. Aidez-nous. »

Le sujet des PEC n’a pas tardé à être abordé, à quelques jours du début de la visite du président de la République : « Est-ce le moment de réduire les PEC ? Je ne pense pas. Nous avons besoin de bras forts, d’accompagnement. Nous sommes seuls face à un dossier de sécurité publique qui nous dépasse. Pour faire quoi avec ces contrats aidés ? Pour aller prioritairement dans les ravines afin de tirer les enseignements des images de drones. C’est du concret. Nous sommes prêts à dégager des moyens, mais c’est aussi à l’État de prendre toute sa place. »

Pour l’heure, on en est plutôt loin. Au moment de renouveler ses contrats PEC, la ville a fait une demande pour une quarantaine de postes. Elle n’en a obtenu que six…

Une piqûre de rappel

La mairie a également lancé hier un appel à la population pour ne rien jeter dans les ravines et signaler « tout ce qui pourrait être dangereux ».

Pour Alain Bertil, le plan de surveillance et d’entretien des ravines mis en place à Sainte-Rose pourrait être dupliqué à l’échelle de l’intercommunalité, voire de la région. Des agents de la DEAL, de l’ONF et du BRGM s’étaient rendus à Sainte-Rose après l’alerte lancée sur la ravine Marocain.

La ravine Bois-Blanc représente une menace potentielle placée sous surveillance (photo Alain Bertil).

Près de 80 ans plus tard, la catastrophe de Bois-Blanc doit continuer de résonner, telle une piqûre permanente de rappel, pour qu’un tel drame ne puisse jamais plus se produire.

Etiquettes : Sainte-Rose

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