Projet de loi de finances : "La vraie fraude, on n’en parle pas"

Le syndicat Solidaires Finances Publiques Réunion a exprimé ce matin son indignation face au projet de loi de finances présenté par le gouvernement.
“Des choses nous ont choqués”, lance Magali Billard, co-secrétaire de Solidaires Réunion, dénonçant “un acharnement” à faire porter la responsabilité de la dette sur “les plus pauvres”. Elle pointe le choix du gouvernement de cibler la fraude sociale, estimée à 13 milliards d’euros par an, dont “la moitié faite par les professionnels de santé” — tout en laissant de côté la fraude fiscale, que le syndicat évalue entre 80 et 100 milliards d’euros annuels.
“On ne peut pas culpabiliser les gens qui sont les plus fragiles” alors qu’“il n’y a pas de volonté politique pour suivre la fraude fiscale”, ajoute l'agent des impôts.
“Ce sont les pauvres qui dénoncent les pauvres”
Pour le syndicat, le discours officiel entretient une division : “Il ne faut pas que le public se laisse manipuler, ce sont les pauvres qui dénoncent les pauvres. (…) La vraie fraude, on n’en parle pas.” Solidaires rappelle que les travaux de la commission d’évaluation de la fraude fiscale, lancés en 2023, ont été interrompus.
L’organisation estime que d’autres leviers que ceux proposés par le gouvernement Bayrou permettraient de réduire la dette, comme un contrôle renforcé des aides aux entreprises ou la mise en place de barèmes progressifs sur les revenus du capital et du patrimoine.
Parmi les mesures annoncées, la décision de ne pas remplacer un tiers des fonctionnaires partant à la retraite devrait toucher directement les finances publiques, avec 1 500 postes non remplacés. Le syndicat prévient : le recours à l’intelligence artificielle pour traquer la fraude sociale ne pourra en aucun cas compenser le manque de moyens humains nécessaires pour lutter contre la fraude fiscale et les montages financiers à grande échelle. “La fraude fiscale est exponentielle. Les gros groupes ont de plus en plus de moyens de frauder. (…) Il faut plus de contrôles et plus de moyens humains”, alerte aussi Sandra Chane Fock, co-secrétaire de Solidaires Réunion.
Année blanche, suppression de niches fiscales sans analyse, suppression de jours fériés… “C’est toujours le même public qui est visé : les retraités, les salariés, les fonctionnaires. On ne s’attaque jamais, par exemple, aux revenus du patrimoine,” conclut le syndicat.


