Procès de la COR : après 15 ans, Jacques Virin face à la justice et à la grogne des dockers

Ce vendredi 26 septembre, un procès exceptionnel par le temps d’instruction s’est joué au tribunal de Champ Fleuri. Jacques Virin, directeur de la Coopérative des ouvriers réunionnais (COR), doit répondre de plusieurs chefs dont abus de bien sociaux et blanchiment d’argent. Sur la table, plus de 2 millions d’euros auraient servi à son profit.
La file d’attente est longue devant le palais de justice de Saint-Denis. Sur le rôle d’audiencement, on compte plus d’une centaine de parties civiles. La grande majorité sont d’anciens dockers, regroupés derrière la Coopérative des ouvriers réunionnais.
Face à eux, Jacques Virin, ex-directeur emblématique de la structure. Emblématique, car depuis les années 90, il gérait cette coopérative d’une main de fer. Pour rappel, la Coopérative ouvrière réunionnaise (COR), créée en 1992, est une entreprise spécialisée dans la manutention portuaire. Installée au Port, elle s’est imposée comme un acteur stratégique de l’import-export avec un modèle coopératif, où les salariés sont aussi actionnaires.
Débarqué de la COR en 2011, l’homme est aujourd’hui soupçonné de blanchiment d’argent et d’abus de biens sociaux. On parle d’un beau pactole : plus de 2 millions d’euros. Il n’est pas le seul sur le banc des accusés. Sa fille est aussi renvoyée pour recel, ainsi qu’un troisième homme, Philippe Bénard, poursuivi pour les mêmes faits.
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Des débuts honorables à un système tentaculaire
À l’origine, la COR devait accompagner des projets collectifs. Mais dès les premières années, Jacques Virin en prend les rênes : directeur commercial, président à titre gracieux, il est une figure incontournable de la maison. Son ambition, explique-t-il à la barre, était de « développer » les activités. Dans les faits, il multiplie les participations dans des sociétés gravitant autour de son réseau familial et amical : manutention portuaire, boulangerie, distribution alimentaire...
RSM, TLR, Smart, Domaine du Pain… Derrière ces sigles, un maillage complexe d’alliances capitalistiques. La COR prend systématiquement des parts, souvent majoritaires. Sa fille est nommée directrice d’exploitation. Son gendre apparaît aussi dans les organigrammes. Les flux financiers se croisent et s’entrecroisent.
Un conseil d’administration fantôme
En théorie, tout devait passer par le conseil d’administration. En pratique, les réunions étaient expédiées, les comptes rendus signés par des fidèles. Pas de comité social et économique, peu de contre-pouvoirs, et surtout aucune opposition possible face à Virin qui « régnait en maître », selon les mots d’un commissaire aux comptes entendu par les enquêteurs.
Des investissements hasardeux
Les juges d’instruction relèvent de nombreux montages : 280.000 euros déboursés par TLR pour des parts sociales, quelques jours après un prêt octroyé par la COR ; ou encore 124.000 euros en chèques adressés à l’épouse d’un associé pour la faire entrer au capital de CodipB. Une perte sèche de 800.000 euros fin 2012. La société Domaine du Pain, rachetée en 2007 puis liquidée en mai 2011. CodipB également en faillite.
Les magistrats voient dans ce système un abus de biens sociaux répété, la COR servant de caisse de financement pour un réseau proche de Virin.
La rémunération au cœur du dossier
Entre 2008 et 2011, un audit met en évidence près de 500.000 euros de rémunérations indues. Selon l’accusation, aucun CSE ni CA n’a validé ces sommes. Virin, lui, campe sur sa ligne : toutes ses rémunérations étaient connues et approuvées, il n’y a jamais eu ni « surrémunération » ni enrichissement personnel illégal.
La défense contre-attaque
Pour ses avocats, l’affaire n’est qu’un malentendu amplifié par des chiffres approximatifs. La stratégie de Virin ? Évoquer une « logique d’expansion » et des placements financiers légitimes. « Je n’ai rien dissimulé », affirme-t-il.
Les dockers lésés, eux, se comptent par centaines. Dans ce procès, seule une partie des parties civiles — environ 50 — est retenue. Ces dernières réclament 20.000 euros de dommages et intérêts, estimant, par la voix de leur conseil, ne pas avoir perçu les revenus qui leur étaient dus.
Le ministère public a requis à l'encontre de Jacques Virin une forte amende, s'élevant à 50.000 euros. 20.000 euros pour sa fille et Philippe Bénard pour les faits de recel.La décision sera rendu le 28 novembre à 8h.


