Prison du Port: Une évasion pas étonnante pour "un centre de vacances"

Trois détenus qui se font la malle sans que les surveillants ne s'en aperçoivent. Ils n'en fallait pas tant pour que les syndicats de personnels pénitentiaires montent au créneau.
Les agents de surveillance sont d'ailleurs les seuls à laisser de côté leur étonnement depuis ce matin. Et pour cause, tous décrivent un centre pénitentiaire dont "la faiblesse structurelle des dortoirs a été maintes fois relevée par des audits", attaque David Calogine, secrétaire général UFAP UNSA.
Le représentant de personnel en arrive même à se féliciter que les rondiers ne soient pas tombés sur les fugitifs. "On ne sait pas s'ils étaient à jeun, sous rivotril ou pas, on ne sait pas quelle aurait été la réaction des évadés face aux surveillants. C'est le seul point positif de cette évasion", assure-t-il. Hier soir, comme chaque nuit, "ils sont quatre surveillants pour 4 hectares", regrette Jean-Robert Dehaies, moniteur de sport pour ce quartier et responsable CGTR.
Aujourd'hui, au sein du personnel, les interrogations se font de plus en plus insistantes vis-à-vis des autorités. "Il faut que l'administration et notre ministre de tutelle prennent conscience de l'état de nos trois centres. Le plus sécurisé, car le plus récent, est celui de Domenjod. Au Port, le quartier bas est plus sécurisé mais il est en travaux jusqu'à fin 2015", expliquent les syndicalistes. Saint-Pierre quant à lui est jugé "à bout de souffle". Des mouvements de grève du personnel en avaient témoigné au cours de l'année 2012. Quant au centre à responsabilités du Port, celui-là même d'où se sont évadés les trois jeunes, il est considéré comme "un centre de vacances" par le représentant de l'UFAP.
300.000 euros débloqués le 28 janvier mais insuffisants
Tout en réfutant ce terme "de centre de vacances" de son collègue syndicaliste, Jean-Robert Dehaies de la CGTR n'en est pas moins réaliste sur le bâti "vieillot" du centre.
Un incendie en novembre 2012 sur un local en bois en est l'exemple. "D'autres locaux sont toujours en structure bois, et ce n'est pas les 300.000 euros débloqués après le passage de Dumile qui va y changer quelques chose", selon le moniteur de sport qui avait, pour la petite histoire, l'un des trois évadés dans ses cours de sport. "Mis à part renforcer les barbelés concertinas, je ne vois pas qu'est-ce qu'ils pourront faire de plus avec cette somme", se demande-t-il.
Même s'ils s'en défendent, cette évasion apporte de l'eau à leur revendication. Le message ne manquera pas d'être évoqué à la mi-février lors d'une visite à la Réunion du directeur pénitentiaire interrégional. Un rendez-vous prévu de longue date mais qui tombe à point nommé.


