Présidence contestée au sein de l'ARIV : nouvel épisode de la guerre de la volaille devant le tribunal

L’Association des abattoirs de volaille de La Réunion (AAVR), pilotée par Cédric Duchemann, attaque l’ARIV en justice, dénonçant des irrégularités dans la gestion de l’interprofession. Elle réclame la nomination d'un administrateur provisoire. En face, les autres membres contestent fermement les accusations et appellent plutôt à la médiation.
Un nouvel affrontement judiciaire agite la filière volaille à La Réunion. Cédric Duchemann et l’AAVR ont assigné l’Association réunionnaise interprofessionnelle de la volaille (ARIV) devant la chambre civile du tribunal judiciaire de Saint-Denis. En cause, selon eux : une violation des statuts, un non-respect du principe de présidence tournante et une opacité de la gestion des fonds. L’AAVR réclame l’annulation de la dernière assemblée générale de l’ARIV et la nomination d’un administrateur provisoire. « On essaie d'empêcher un putsch à la présidence de l’ARIV », plaide Me Caillères, avocat de l’AAVR.
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Une présidence contestée et des soupçons financiers
Les griefs formulés sont multiples. L’AAVR, qui regroupe la société HDG (Holding Duchemann et Grondin), l’Abattoir de la Plaine, l'abattoir Evollys et la Société d’abattage de Grand Coude, dénonce une mainmise de l’AEVR (Association des éleveurs de volailles de La Réunion) sur la présidence de l’ARIV, alors que les statuts imposent une présidence tournante. « Depuis 2023, en dépit des statuts et en particulier du principe de présidence tournante, l'AEVR conserve indûment la présidence de l'ARIV ». L’AEVR est aussi soupçonnée de s’être entendue avec le SICR (Syndicat des importateurs) pour contrôler l’interprofession, comme le rappelle Me Caillères.
Le volet financier ajoute à la tension. La dissolution du comité de gestion du Fonds de développement avicole (Fodavi) par l’AEVR, selon les plaignants, aurait été décidée unilatéralement. « Le comité de gestion, présidé par la CFS (...) a été unilatéralement dissout par l'AEVR », affirme l’AAVR, qui dénonce un manque total de transparence. « Nous n'avons plus aucune visibilité sur les fonds. Aujourd’hui, l'AEVR permet de faire supporter l'avance des fonds sur les transformateurs (AAVR, NDLR). »
Risque de dissolution de l'ARIV ?
Face à cette situation, l’AAVR a demandé la tenue d’une assemblée générale extraordinaire. « Quand nous avons demandé la tenue d'une assemblée générale extraordinaire sur tous ces sujets, notre demande a été balayée d'un revers de la main. » L’association demande donc la nullité de la dernière assemblée générale, la nomination d'un administrateur judiciaire et, faute d’avancée, évoque la possible dissolution pure et simple de l’ARIV dans un avenir proche.
Les autres membres de l’ARIV, représentés par Me Falih, réfutent intégralement les accusations et défendent le caractère collégial des décisions. « Nous ne représentons pas que les éleveurs », affirme l’avocat, soulignant qu’il plaide pour quatre des cinq entités siégeant à l’ARIV (AEVR, CPME, SICR et ARIC). « Je vois un procès d'intention à l'encontre de nos clients. Que nous aurions violé les textes. Mais je dois rappeler qu'il vise l'AEVR qui regroupe également son client la CFS. »
Il faut rappeler qu'au sein de la CFS (Coopérative des fermiers du Sud présidée par Jérôme Gonthier, NDLR) se trouve Duchemann et Grondin, via son abattoir de Grand Coude. Un non-sens pour l'avocat.
Une bataille judiciaire et une tentative de médiation
Sur le plan financier, Me Falih conteste toute irrégularité. « On nous explique qu'il y a une opacité de gestion. Mais les résultats ont été certifiés par un commissaire aux comptes dans un rapport de 70 pages. Je rappelle que votre client est au conseil d'administration. Au moment de cette assemblée générale, il s'est seulement abstenu. C'est une faible contestation ? », interroge-t-il devant le tribunal.
Certes, Me Falih concède que les statuts de l’ARIV peuvent prêter à débats et qu’une clarification pourrait être apportée par la justice. « Une demande est formulée au tribunal judiciaire de combler les lacunes existantes. » Mais il ne « comprends pas pourquoi » ses clients sont assignés devant la chambre civile du tribunal judiciaire. « Tous les autres membres de l'ARIV disent qu'ils n'ont rien à dire, que les informations sont transparentes. Pour quatre membres sur cinq, il n'y a pas de problème. »
Si les membres de l’ARIV s’opposent à la nomination d’un administrateur judiciaire, ils se disent favorables à une possible médiation. « Il aurait été plus judicieux de se réunir pour tenter de trouver une issue. Au lieu de ça, on se retrouve devant votre juridiction et toute cette histoire est déballée sur la place publique. », regrette Me Falih. La décision du tribunal judiciaire sera rendue le 22 avril prochain.


