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Pour la première fois depuis 1945, la France compte plus de décès que de naissances

Ecrit par N.P. – le jeudi 24 juillet 2025 à 08H37

Le solde naturel est devenu négatif à la fin mai 2025, marquant un tournant historique dans la démographie française.

Le basculement était annoncé, il s’est produit plus tôt que prévu. Selon les données compilées par l’économiste François Geerolf, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), à partir des chiffres de l’Insee, la France a enregistré 651.200 décès contre 650.400 naissances sur les douze derniers mois à fin mai. Un écart ténu mais symbolique : c’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que les décès excèdent les naissances sur une année glissante.

Ce retournement historique, initialement anticipé pour 2027, confirme l’érosion continue du solde naturel — la différence entre les naissances et les décès — amorcée depuis 2015. « C’est un signe inquiétant car cela marque un point de retournement démographique », souligne François Geerolf, qui a révélé cette inversion dans un message publié sur X (ex-Twitter).

Un phénomène structurel

Le phénomène s’inscrit dans une tendance de long terme. « Le solde naturel diminue depuis une décennie », rappelle Chloé Tavan, responsable des études démographiques à l’Insee. La fécondité, désormais stabilisée autour de 1,62 enfant par femme, ne suffit plus à compenser le vieillissement de la population. Entre janvier et mai 2025, les décès quotidiens ont augmenté de 3,6 % par rapport à l’année précédente.

Cette dynamique est d’autant plus marquée que les premières générations du baby-boom atteignent désormais les 80 ans, contribuant mécaniquement à la hausse des décès. Parallèlement, les naissances continuent de reculer : –4 % sur les cinq premiers mois de 2025, selon les premières estimations de l’Insee.

Un déclin masqué par les chiffres globaux ?

Certains démographes dénoncent une présentation édulcorée de la réalité. Gérard-François Dumont, professeur à la Sorbonne, critique le choix de l’Insee d’agréger les données de la métropole et des Outre-mer. « En ajoutant Mayotte, la Guyane et La Réunion, on masque le recul constaté dans l’Hexagone », estime-t-il. « Cela revient à additionner des dynamiques démographiques totalement différentes. »

Les politiques familiales en question

Ce retournement ravive le débat sur l'efficacité des politiques familiales. Pour Gérard-François Dumont, la baisse continue de la natalité est « la conséquence des rabotages successifs sur la politique familiale » et d’un climat de défiance croissant. Un constat partagé par d'autres experts, pour qui la multiplication des réformes n’a pas suffi à inverser la tendance.

Le gouvernement en a pris la mesure. En début d’année, Emmanuel Macron appelait à un « réarmement démographique » du pays. Plusieurs mesures ont été annoncées, dont un plan contre l’infertilité, la création d’un registre des naissances, et la réforme des aides à la garde d’enfants. Le « congé de naissance », promesse présidentielle, reste toutefois en suspens. Il devrait être discuté dans le cadre du budget 2026, selon la ministre Catherine Vautrin.

Une France vieillissante

Ce nouveau paysage démographique pose des défis à moyen terme pour le financement des retraites, la dépendance et l’équilibre des territoires. D’après les projections de l’Insee, le nombre d’actifs devrait amorcer un repli progressif après 2040, pour passer de 30 à 29 millions d’ici 2070. Certaines régions, notamment rurales, pourraient voir leur population décroître dès 2036.

La France entre ainsi dans une nouvelle ère démographique. Si le phénomène était attendu, sa précocité interroge et appelle à des réponses politiques à la hauteur de l’enjeu.

Etiquettes : Démographie

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