[Pierrot Dupuy] Et dire qu’il y en a qui veulent appliquer la proportionnelle en France !

La proportionnelle fait partie des principales revendications des Gilets jaunes, ainsi que d’autres partis politiques plus traditionnels comme le Rassemblement national de Marine Le Pen ou La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.
Il s’agit pourtant d’une très mauvaise idée. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.
Ceux qui critiquent la proportionnelle font souvent référence à l’instabilité politique sous la IVème République. Qui aujourd’hui se souvient d’Edgard Faure ou Guy Mollet ? Très peu de gens.
Par contre, nous avons un exemple parlant sous les yeux des dangers de ce type de scrutin en examinant les élections qui viennent de se dérouler, le week-end dernier, en Espagne.
Premier défaut de la proportionnelle, elle favorise la multiplication des listes. Et ces listes, qui n’obtiennent parfois que des scores très faibles, se retrouvent souvent en position de « faiseurs de rois ». La liste arrivée en tête est dans l’incapacité de constituer à elle toute seule un gouvernement et elle doit s’allier avec d’autres partis pour réussir à constituer une majorité.
Avec le risque d’être obligé d’accepter des exigences qui ne correspondaient pas au programme sur lequel elle s’est présentée.
Exemple, en Espagne. Le socialiste Pedro Sanchez a largement remporté les élections législatives avec 29% des suffrages, ce qui lui permet d’obtenir 123 députés. Largement plus que le parti de droite qui arrive en deuxième position et qui n’en compte que 66. Ou que le parti de centre droit avec 57 élus. Malgré cela, il est loin de pouvoir atteindre la majorité absolue qui est de 176 élus.
Donc, pour gouverner, malgré sa large victoire, il va devoir pactiser avec des partis bien plus radicaux que lui. Par exemple, s’il veut pouvoir bénéficier du soutien des indépendantistes catalans, Pedro Sanchez devra leur donner satisfaction sur l’indépendance de la Catalogne. Ce qui ne figurait pas dans son programme. Ce faisant, il trahira une partie de ses électeurs.
Mais ce ne sera pas suffisant pour avoir une majorité. Il devra également faire des concessions au Podemos, un parti d’extrême gauche bien plus radical que le Parti socialiste…
Et il sera à leur merci, victime d’un chantage permanent. « Si tu ne me donnes pas satisfaction, je quitte la majorité et ton gouvernement tombe »…
La proportionnelle favorise les accords « de derrière la cuisine » et les trahisons de son programme.
Mais ce n’est pas son seul défaut. Avec ce mode de scrutin, le lien est coupé entre l’élu et l’électeur. Comme c’est un scrutin de liste, ce sont les partis politiques qui vont choisir les candidats et c’est ainsi que des personnalités, détestées par les électeurs, vont se retrouver élus car figurant en position éligible sur une liste. Et comme ils seront les candidats du parti et non pas des électeurs, ils auront encore moins de liberté de manœuvre qu’aujourd’hui, où ils n’en ont déjà pas beaucoup, et seront obligés de voter comme le leur demande le parti.
Quant à la proposition de l’instauration d’une dose de proportionnelle, c’est aussi à mon avis une fausse bonne idée. Car il y aurait alors deux types de députés, ceux qui auraient été élus au scrutin uninominal à deux tours et qui garderaient un lien fort avec leurs électeurs, et ceux qui auraient été choisis par les partis politiques et qui seraient « hors sol », pour reprendre une expression de Jean-Louis Debré.
Un président de la République a besoin d’une majorité forte, gage de stabilité, et seul le scrutin actuel peut le lui donner.
Non, les problèmes de notre République ne viennent pas de son mode de scrutin, mais plutôt du quinquennat, une autre fausse bonne idée, et de l’abstention qui atteint des sommets. Le signe, indubitablement, que les partis politiques devraient se réformer en profondeur !


