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Outre-mer : l’État appelé à revoir sa stratégie d’investissement face à des besoins criants

Ecrit par J.D. – le mardi 21 octobre 2025 à 08H50

Dans un rapport présenté au Sénat, Stéphane Fouassin et Georges Patient dressent un constat sévère : malgré un soutien financier annuel de plus de 860 millions d’euros, l’investissement public reste mal réparti, difficile à mobiliser et insuffisant pour répondre aux urgences des territoires ultramarins. La Réunion illustre à elle seule les paradoxes d’un système mal calibré.

Les collectivités ultramarines dépensent beaucoup plus que leurs homologues de métropole pour tenter de rattraper leur retard. En moyenne, elles ont consacré en 2024 « 1 519 euros par habitant » à l’investissement, contre « 1 155 euros par habitant » dans l’Hexagone. Cette différence s’explique, selon les rapporteurs spéciaux de la commission des finances, par « l’impératif fort de convergence économique des territoires ultramarins ». À La Réunion, l’effort est particulièrement marqué : les communes y consacrent un budget par habitant parmi les plus élevés de l’outre-mer, signe d’un engagement massif pour moderniser les infrastructures, améliorer l’accès à l’eau, renforcer la résilience aux risques climatiques ou encore construire de nouveaux établissements scolaires.

Mais cet effort ne peut être porté seul. Faute de capacités d’autofinancement suffisantes, les collectivités ultramarines dépendent structurellement du soutien de l’État. Celui-ci a consacré en 2023 près de « 861,7 millions d’euros » au financement des investissements, via des dotations classiques mais aussi des dispositifs spécifiques comme les contrats de convergence et de transformation (CCT), le Fonds exceptionnel d’investissement (FEI) ou la bonification des prêts de l’Agence française de développement. L’effort budgétaire de l’État y est sans commune mesure avec celui consenti en métropole : « le concours de l’État à l’investissement local est de 51 euros par habitant, alors qu’il s’élève à près de 374 euros par habitant en outre-mer ».

Sur 801 projets, seulement 63 achevés...

Pourtant, derrière ces chiffres flatteurs, le rapport met en lumière des déséquilibres persistants. La répartition géographique des financements reste inégale : la Guyane n’a bénéficié que de « 1 702 euros par habitant en moyenne entre 2019 et 2023 » et de « 1 949 euros » pour la période 2024-2027, des niveaux jugés très faibles au regard des besoins. La Réunion, Mayotte et la Guadeloupe concentrent l’essentiel des enveloppes, ce qui reflète à la fois leur poids démographique et leurs difficultés structurelles. Mais cette répartition suscite des interrogations sur l’équité territoriale.

Le problème ne vient pas seulement de l’allocation des crédits, mais aussi de leur utilisation. Moins de la moitié des fonds contractualisés ont réellement été dépensés : « le taux de consommation des crédits n’est en revanche que de 48,6 % », précisent les rapporteurs. Sur les 801 projets inscrits dans les CCT entre 2019 et 2023, seuls « 63 ont été achevés » et 27 sont encore en phase de finalisation. Derrière ces chiffres se cachent plusieurs causes : des projets trop nombreux ou insuffisamment mûrs, une « pluralité des sources de financements » qui complique les procédures, des capacités techniques limitées dans certaines collectivités et une gestion « très morcelée » des crédits entre ministères et services déconcentrés.

Le rapport critique également une gouvernance trop centralisée. Dans la plupart des territoires, les priorités d’investissement sont définies par l’État, laissant peu de marge aux élus locaux. « Une très faible marge de manœuvre est laissée aux collectivités locales dans la négociation des priorités et des projets financés », relèvent les sénateurs. Cette approche descendante nuit à l’efficacité des politiques publiques, car « il est très difficile de faire aboutir un projet en l’absence de portage politique local ». À Mayotte et en Guyane, aucun plan de convergence n’a même été signé, ce qui empêche de structurer l’action sur le long terme. « L’absence d’un tel plan de convergence et de
transformation, faisant l’objet d’un compromis des collectivités locales présentes, est regrettable »,
peut-on lire.

Pour améliorer la situation, les rapporteurs appellent à une réorganisation profonde des dispositifs. Ils préconisent notamment de « définir un véritable projet de convergence porté par les collectivités locales » pour chaque territoire, de « limiter le nombre de projets financés » afin de concentrer les efforts sur ceux qui sont les plus urgents, et de « créer un programme budgétaire » unique regroupant une partie des actions aujourd’hui dispersées entre plusieurs ministères. Ils suggèrent également de mettre en place « un guichet unique de l’ingénierie publique » pour accompagner les communes dans la préparation de leurs projets et de renforcer les appels à projets pour orienter les crédits vers les initiatives les plus structurantes.

L’outre-mer reste confronté à des défis immenses : infrastructures vieillissantes, besoins en logements, transition énergétique, résilience face aux catastrophes naturelles. Dans ce contexte, La Réunion apparaît à la fois comme un exemple d’investissement volontariste et comme un symbole des limites actuelles du modèle. La réussite de la politique d’investissement ultramarine dépendra désormais de la capacité de l’État à adapter ses outils, à simplifier ses procédures et à faire davantage confiance aux collectivités pour définir leurs priorités. Tout ça conditionné avec les arbitrages budgétaires en cours dans le cadre des discussions du projet de loi de finances 2026, ce qui est loin d'être gagné...

Etiquettes : Sénat | Stéphane Fouassin

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