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"On ne peut pas vous promettre que ça ne pète pas aujourd'hui" : débrayage à la prison de Domenjod

Ecrit par L.C – le jeudi 20 août 2026 à 10H40

Tôt ce matin, à l'appel des syndicats FO Justice et UFAP UNSA Justice, un débrayage a été mené suite aux multiples échauffourées survenues dans le centre pénitentiaire de Domenjod.

"On ne peut pas vous promettre que ça ne pète pas aujourd'hui..." Le ton est donné devant le Centre de détention de Domenjod, à Saint-Denis. Plus d'une trentaine d'agents sont réunis devant l'enceinte, en cercle, à l'appel des deux syndicats UFAP UNSA et FO Justice. Un débrayage pour alerter sur une situation explosive qui secoue la prison depuis le début de semaine : plusieurs bagarres ont éclaté et des agents ont été blessés.

Qui aurait pu prévoir ces épisodes de violences, hormis les nombreuses alertes lancées depuis déjà plusieurs mois et notamment par les syndicats ? En mai dernier déjà, deux agents pénitentiaires avaient été agressés dans un court laps de temps.

Lire aussi : Une bagarre générale éclate au centre pénitentiaire de Domenjod

Aujourd'hui, rebelote, mais entre détenus cette fois-ci : tout serait parti, lundi dernier, d'un jet de colis dans la cour de la prison, entraînant une bagarre générale. Une autre est survenue quelques jours après, toujours dans la cour de promenade. Au total, on compte a minima deux agents pénitentiaires blessés, l'un d'eux ayant écopé d'une fracture en tentant de maîtriser un détenu.

Des transferts de détenus demandés

"Ce matin, c'est le premier acte de ce que l'on veut mettre en place. [...] C'est un débrayage pour répondre à tout ce qui s'est passé : des bagarres à répétition, une montée en pression chaque jour un peu plus, un collègue plâtré... Il y a des mesures à prendre", énumère Vincent Pardoux, secrétaire régional FO Justice Réunion-Mayotte.

Pour endiguer la violence sur la promenade, plusieurs mesures ont été mises en place : une réorganisation des mouvements au sein du bâtiment touché par l'incident, avec la mise en place de promenades uniques, la réduction au maximum des mouvements, qui sont plus encadrés.

Un point particulièrement sensible qu'évoque le syndicat avec le directeur inter-régional adjoint des services pénitentiaires est le transfert des détenus identifiés comme des "meneurs" lors des bagarres. "Si on n'obtient pas ces transferts, on pourrait monter crescendo et bloquer l'établissement", alerte Vincent Pardoux. "Ce ne sont pas des revendications syndicales ; c'est pour la sécurité des agents et des détenus".

Éviter que les violences ne s'étendent

On l'a dit plus haut, mais les violences prennent pour point de départ des jets de colis à destination de détenus. Pas le seul facteur pour les syndicats, qui évoquent les conditions de détention : Domenjod accueille plus de 1 000 détenus, pour une capacité de 575 places.

La promiscuité joue un rôle important dans l'exacerbation des violences et des trafics, détériorant ainsi la sécurité. Des armes artisanales circulent en nombre : tous les jours, des armes artisanales sont saisies. Brosse à dents coupée et transformée en surin grâce à une lame de rasoir ou encore éclats de verre, provenant des vitres ou miroirs "balancés par les fenêtres pour être utilisés". "C'est une situation tendue : il faut pouvoir y remédier au plus vite avant que cela se répande à l'ensemble de l'établissement.", affirme Vincent Pardoux.

Dialogue avec la direction

Présente lors du débrayage, la direction du centre pénitentiaire s'est adressée aux agents. "Je pense qu'il y a un dialogue constructif", commente Samuel Fontaine, secrétaire général d'UFAP Unsa Justice Réunion-Mayotte. "On a demandé à ce que des mesures nationales soient appliquées. [...] actuellement, le CP de Domenjod est à saturation et le manque d'effectif est criant".

Lire aussi : Deux agents pénitentiaires agressés, un débrayage organisé ce lundi matin

Les tensions ne sont pas redescendues entre les détenus : l'établissement doit leur proposer une heure de promenade par jour. Le syndicat souhaite des mesures étendues pour endiguer le phénomène de violences : en plus des promenades uniques, Samuel Fontaine demande une réduction du nombre de détenus présents dans la cour.

"Quand vous sortez des détenus qui portent des armes artisanales et qu'on intervient pour ne pas qu'il y ait des morts à l'intérieur, vous voyez bien que la situation est compliquée".

Il faut endiguer la surpopulation carcérale

L'objectif numéro un pour les syndicats est d'endiguer la surpopulation dans les prisons réunionnaises. Samuel Fontaine rappelle que la Réunion est la plus peuplée en Outre-Mer, mais que le système carcéral peine à suivre. "Ça fait 20 ans qu'on attend la prison de Saint-Pierre", peste le syndicaliste. "On a besoin de ces places-là".

"On est conscient que les incarcérations ne vont pas s'arrêter : il y a un phénomène de drogue qui est très important à La Réunion et il y a aussi les VIF. Les magistrats n'hésitent pas à incarcérer dans ces cas-là et à juste titre", martèle Samuel Fontaine. "On sait très bien que la surpopulation carcérale ne va pas diminuer à Domenjod, mais il nous faut de nouvelles places, sinon cette situation va perdurer", conclut-il.

Etiquettes : Domenjod | Prison

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