Notre musique en cuivre en deuil : Jo Vitry nous a quittés

On parle peu des " musiciens en cuivre ", ces passionnés de séga/maloya/marche/valse se produisant régulièrement aux quatre coins de l’île. Ces amoureux de la tradition sont pourtant, la plupart du temps, des musiciens de haute valeur. Mais leur talent, leur gentillesse, n’ont d’égale que leur discrétion.
C’était le cas de Joseph " Jo " Vitry, saxophoniste au sein du Waki Band boosté par notre tonitruant mais néanmoins ami Sully Fontaine : Jo s’adonnait au séga maloya avec le bonheur que l’on sait. Ce que l’on sait moins, c’est que ce petit bonhomme jovial savait rendre avec une grande sensibilité la moindre des mélodies de Sydney Bechet.
Ben voilà, la " Petite fleur " vient de perdre un de ses fervents amoureux. Jo Vitry était en traitement à l’hôpital de Saint-Joseph depuis plus de deux mois, pour une affection lourde mais pas forcément létale.
Mais voilà… Peu après son admission, il apprend sur son lit d’hôpital le décès brutal de son épouse. Une affaire qui a ému toute l’île. Il s’agit de cette femme qui s’est fait happer par une voiture folle alors qu’elle allait ouvrir la porte de son entrée de garage, à la nuit tombée. Elle rentrait précisément d’une visite à son époux. Il est à craindre que ce douloureux événement a été un élément déclencheur ayant aggravé son état de santé.
Jo Vitry, natif de Saint-Joseph, a été pendant de longues années policier municipal à Saint-Denis avant d’exercer les mêmes fonctions dans sa commune de naissance où il a longtemps joué au sein de l’harmonie municipale. Car où qu’il allait, Jo était musicien et c’était une affaire de famille. Son père était conteur et musicien comme le sont aujourd’hui ses enfants et petits-enfants. Une de ces familles créoles pour lesquelles la conservation de notre patrimoine est une valeur essentielle.
S’il était connu pour ses talents de saxophoniste (le Waki Band se produit souvent… jusqu’en métropole dans des Festivals prestigieux), Jo a longtemps joué de la trompette, avec la même veine, avant de se laisser séduire à la fois par le jazz et le saxo. Il a aussi beaucoup composé, " des musiques de qualité ", précise Sully. Il est à souhaiter que ses créations soient, quelque prochain jour, sur CD. Une telle richesse ne doit pas se perdre.
Jo venait de fêter, ce dernier samedi, ses 70 ans. Il va en faire, des bœufs, là-haut, avec Luc, Jules, Loulou, Arlanda, Vinh San…
A toute sa famille, à ses nombreux amis, à ses condisciples de la musique en cuivre, nous présentons nos condoléances attristées.
Jules Bénard


