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Nos gouvernants doivent s’attendre à croiser le Komité Pangar sur leur chemin

Faire de La Réunion une terre où le bon sens supplante la logique (seulement) comptable et où les intérêts réunionnais sont pris en compte, c’est l’ambition du nouveau « Komité Pangar ! »

Ecrit par Ludovic Grondin – le mardi 20 février 2024 à 07H04

Le Komité Pangar ! (« prends garde ! » en français) veut peser dans les futures décisions de nos gouvernants locaux. Apporter une touche de considération écologique, de meilleure santé pour nos enfants et de toute action « respectueuse des intérêts moraux et matériels réunionnais » sont autant de lignes directrices inscrites dans ses statuts. Le comité est né en 2023 sur le constat que les associations de la place, certes foisonnantes, avaient du mal à transformer l’essai auprès des décideurs. « Il y a plein d’associations qui sont certainement dans le même état d’esprit que nous et qui se rendent compte qu’elles n’arrivent pas à faire passer leurs idées », explique Eric Ismaël, le président de Pangar qui espère agréger les acteurs associatifs de la place.

Le comité a pour ambition d’apporter une expertise dans tous les champs possibles de la société, qu’ils soient éducatif, culturel, social, économique ou encore environnemental. La semaine dernière, il s’est par exemple rangé aux côtés du combat que livre le justiciable Salim Moussajee.

Eric Ismaël prend immédiatement l’exemple de la restauration scolaire comme terrain d’exploration sur lequel son collectif est prêt à être force de proposition auprès des collectivités concernées. « Quand on nous dit qu’un menu bio pour les enfants coûte plus cher qu’un menu confectionné avec une agriculture conventionnelle, c’est vrai du point de vue du gestionnaire tenu par un budget d’un établissement comme un lycée, sauf que lorsque l’on prend un peu de hauteur, on se rend compte que la malbouffe engendre des problèmes de santé qui génèrent des coûts pour la Sécurité sociale », illustre-t-il la logique administrative de court terme qu’il souhaite, avec son collectif, voir évoluer.

A l’entendre, les politiques publiques menées actuellement n’offrent « pas de vision globale sur les problèmes » de l’île, chaque acteur se contentant de respecter sa logique dans son coin. « Ce que nous souhaitons, c’est de faire comprendre aux politiques que si les enfants mangent bio grâce à la cantine scolaire, ça reviendra moins cher à la société. Tant que les personnes qui nous dirigent, à la Région, au Département, ou l’Etat,…, auront une vision cloisonnée, nous aurons des difficultés », argumente-t-il.

Le comité organise depuis sa création l’an dernier des ateliers de réflexion ouverts à des personnes venues d’horizons divers. Pangar exige cependant de ses représentants une indépendance vis-à-vis du politique. Ainsi, aucun porte-parole du comité ne peut être dans un parti politique en même temps que son action au sein du comité.

La réflexion plutôt que les bouchons

Contrairement à certaines corporations qui savent se faire entendre en bouchant les routes par exemple, le Komité Pangar promet d’adopter une stratégie plus réflexive. « On ne mettra sur la place publique que des projets qui auront été mûrement réfléchis. C’est le cas de l’autonomie énergétique. On est en train de créer un groupe de réflexion sur cette autonomie, de façon à ce que les arguments que nous allons déployer soient imparables ! » promet-il. « Nous n’aurons pas droit à l’erreur car en face nous aurons des experts. Nous devons nous aussi avoir un langage d’experts », explique-t-il la méthode Pangar : sérieuse au possible.

Une fois cette respectabilité acquise auprès des pouvoirs publics, le Komité Pangar ne se fixe aucune limite dans ses champs d’intervention : « la justice à deux vitesses, la gestion néo coloniale des institutions, les projets écocides du tourisme de luxe, la vie chère ou encore la préservation de nout kultur ».

« Nou vé défann nout téritoir pou band génération futur, kont l’assimilation, kont lakulturation, kont l’injustis », clame ainsi le collectif prêt à défendre les « intérêts moraux et matériels réunionnais ». Il prend un autre exemple : « combien de cadres réunionnais ont travaillé sur la construction de la Nouvelle route du littoral ? Il aurait fallu s’y prendre à l’avance. Former un ingénieur c’est 5 ans après le bac », prône-t-il un discours positif plutôt que de lamentation.

Cette approche cérébrale va-t-elle impressionner la « gouvernance locale » ? C’est en tout cas la stratégie voulue à ce stade par le jeune comité. « Bloquer une route ou manifester » ne fait, en tout cas, pas partie de leur registre. « Regardez la réforme des retraites : elle est passée malgré le nombre de manifestations qu’il y a eues. Si on veut changer la société, il faut qu’on soit un interlocuteur crédible », avise Eric Ismaël.

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