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Non, il n'y a pas de pénurie de journalistes à La Réunion, rétorque le SNJ

Ecrit par N.P. – le mardi 26 août 2025 à 17H32
Edouard Marchal (au centre), secrétaire adjoint du SNJ Réunion-océan Indien.

Le SNJ Réunion-océan Indien dénonce la création, avec la participation des fonds de l'État, d'une formation express visant à formater en deux mois des journalistes voués à travailler pour un gros média de la place, réputé pour entretenir une politique de salaires bas entraînant un turn-over élevé au sein de sa rédaction. Voici le communiqué du syndicat.

C'est avec surprise et colère que le Syndicat national des journalistes (SNJ) Réunion - Océan Indien a pris connaissance ce 25 août 2025 de l'ouverture d'une prétendue « formation aux métiers de (sic !) journalisme sur le territoire réunionnais », sous l'égide de l'État - selon un communiqué de presse siglé République française, France Travail, GIP-FCIP et Antenne Réunion.

Cette formation serait née d'un soi-disant « constat unanime » de « différents médias » (lesquels ?) d'une pénurie. Le SNJ conteste vigoureusement cette vue de l'esprit.

Les récentes difficultés des principaux titres locaux de presse écrite ont entraîné pour de nombreux journalistes qualifiés une perte totale ou partielle d'emplois et de revenus. Tous, à ce jour, n'ont pas retrouvé d'activité dans le secteur. Loin s'en faut.

Prétendre former des journalistes en deux mois est irréaliste

En tant que premier syndicat de la profession, le SNJ défend depuis toujours des dispositifs d'enseignement sérieux et exigeants pour les futurs journalistes. Une instance nationale (la CPNEJ), regroupant patrons de presse et syndicats de journalistes, a d'ailleurs pour mission de reconnaître les cursus de formation qui répondent aux attendus de la profession (culture générale, maîtrise des techniques, connaissance des règles déontologiques et juridiques encadrant le journalisme...).

Prétendre former des journalistes en deux mois à peine est irréaliste et contrevient totalement à ces principes. Pour le SNJ, il serait plus approprié de réfléchir à la création de cursus de formation ambitieux, et conformes aux exigences de la profession, destinés aux étudiants d'outre-mer. Il faut également permettre à ces étudiants d'accéder plus aisément et équitablement aux formations déjà reconnues par la profession (au nombre de 15, elles sont toutes dans l'Hexagone).

Ouvrir une formation à la hâte, sans concertation, sans participation de l'Université de La Réunion et sans assurance sur les enseignements dispensés ou les qualifications du corps enseignant, équivaut à proposer à la jeunesse réunionnaise un miroir aux alouettes.

Une complicité de l'État avec une entreprise privée

Prétendre destiner cette formation aux demandeurs d'emploi ainsi qu'aux journalistes « pigistes et intermittents du spectacle » est par ailleurs un mélange des genres qui témoigne d'une très inquiétante méconnaissance de notre profession.

Surtout, ce qui nous est présenté comme un partenariat peut aussi être vu comme une complicité de l'État avec une entreprise privée qui cherche à renouveler en permanence son effectif peu expérimenté, dont elle veut maintenir le faible coût au prix d'un « turn-over » permanent. C'est d'autant plus intolérable dans le contexte actuel.

Le SNJ alerte le préfet de La Réunion, le recteur de La Réunion et le directeur départemental de France Travail et leur demande de surseoir de toute urgence au lancement de cette formation et d'en faire cesser toute promotion auprès du public.

Fait à Saint-Denis, le 26 août 2025.

Etiquettes : Médias | Presse écrite

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