Medef Réunion : Kathy Hoarau va-t-elle réussir à fédérer ?

Première femme élue à la tête du Medef Réunion, Kathy Hoarau succède à Didier Fauchard au terme d’une campagne qui aura été marquée par des tensions. Si l’assemblée générale s’est conclue sous les applaudissements, elle laisse une organisation fracturée, qui va devoir panser ses divisions.
Kathy Hoarau a pris soin, dès les premières secondes de son discours de victoire, d’écarter l’idée d’un succès personnel : “Ce n’est pas la victoire de moi.” Face aux chefs d’entreprise réunis à Sainte-Marie, la toute nouvelle présidente du Medef Réunion a insisté sur “une volonté de faire différemment dans l’intérêt des entreprises”. Elle dit s’être engagée “avec humilité, détermination, courage et enthousiasme”, convaincue qu’un Medef “utile et ouvert” doit “agir sur l’environnement des entreprises” à La Réunion. Et pour le rappeler, elle va dérouler une partie de son programme qui lui a permis d'être élue ce jeudi soir.
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La fin d’un cycle de neuf ans à la tête du Médef pour Didier Fauchard
Ovationné au moment de quitter ses fonctions après neuf années de présidence à la tête du Medef, Didier Fauchard s’est livré à un long discours-bilan, lucide et combatif. Il a rappelé les secousses traversées sous ses mandats : gilets jaunes, covid, ralentissement économique. “Le monde économique va mal : les délais de paiement s’allongent, les entreprises n'ont plus de trésorerie, la commande publique baisse...” Face à l'Etat, actuellement en recherche d'économie pour son prochain budget 2026, il pointe du doigt Bercy, face auquel il a appelé à la résistance : “Risque de suppression de la Lodeom est réel… Bon courage à mon successeur pour ce combat.”
Son vœu pour la suite : “Un Medef uni, fort et combatif. La tâche la plus ardue, c’est de concilier les courants contraires. Mais seule la confiance crée des liens solides.” Message à peine voilé à la nouvelle présidente, Kathy Hoarau, qui va devoir composer, surtout rassembler. Puis, il a quitté la scène sous les applaudissements en soulignant le nombre de jours pendant lesquels il a officié à la tête de l'organisation patronale. “3 275 jours. Un honneur de vous servir.”
“Celle qu’on n’attendait pas devient présidente”
Dans son discours, Kathy Hoarau a tendu la main à ses anciens adversaires : “Le territoire a besoin de nous rassembler.” Elle a insisté sur la nécessité de “jouer groupé” pour peser dans les combats à venir, notamment sur les exonérations de charges patronales.
Yannick Berezaie, finaliste malheureux, salue la “campagne” de sa concurrente. “Celle qu’on n’attendait pas devient présidente”, résume-t-il. Il estime que le scénario initial, celui d’une candidature de rassemblement évoquée dès mars avec Didier Fauchard à ses côtés, aurait dû s’imposer. “La division n’a pas aidé. L’adversaire a pris de la place.” S’il reste un goût d’inachevé, il affirme vouloir continuer à contribuer, au sein du conseil d’administration, “dans l’intérêt du collectif”. Avec toutefois un bémol : “La campagne va quand même laisser des traces.”
Un appel à l’unité sous conditions
De son côté, Laurent Blériot, candidat soutenu officiellement par Didier Fauchard, reconnaît la légitimité de l’élection, mais pointe un déséquilibre de moyens : “Je n’avais pas les soutiens de Kathy Hoarau.” S’il se dit attaché à “l’intérêt général”, il attend de voir “quel projet sera proposé” avant d’envisager une collaboration. “Avant de parler de travailler ensemble, il faut savoir sur quel projet on veut travailler.” Il réaffirme son engagement pour un “vivre-ensemble économique” et se dit intransigeant sur cette ligne.
Une présidence du Médef à enjeux multiples
Dans les couloirs, personne ne nie que cette campagne a laissé des traces. Les crispations sur les règles de vote, les rivalités entre syndicats et adhérents directs, les critiques ouvertes – y compris celles visant le président sortant – ont durci le ton. “La difficulté de rassembler de nouveau est réelle”, admet Yannick Berezaie. “On compte sur l’intelligence humaine et collective.”
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Le contexte économique, la menace sur les exonérations de charges, les difficultés de trésorerie des entreprises, autant de sujets qui attendent la nouvelle présidente. Kathy Hoarau veut y répondre avec méthode : comité d’analyse, front patronal, chiffrage, dialogue social renforcé. Elle conclut : “Le chemin est devant nous. Demain, on se remet au travail.”
Mais pour réussir, encore faudra-t-il rassembler les rangs d’un Medef plus divisé que jamais.


