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Guerre au Moyen-Orient, détroit d’Ormuz… comment le commerce français arrive-t-il à s’adapter à la crise ?

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le vendredi 5 juin 2026 à 11H48

La guerre au Moyen-Orient commence à produire ses premiers effets sur les échanges commerciaux français. Selon les derniers chiffres des Douanes publiés ce vendredi 5 juin, les importations en provenance du Proche et Moyen-Orient chutent brutalement depuis avril. Un phénomène encore limité mais qui illustre déjà la capacité des entreprises à réorganiser leurs approvisionnements face aux tensions géopolitiques.

La guerre n’a pas encore bloqué le commerce mondial. Pas encore. Mais elle commence à modifier discrètement ses itinéraires.

Dans la masse des statistiques publiées vendredi 5 juin par les Douanes françaises, un chiffre attire l’attention. Les importations françaises en provenance du Proche et Moyen-Orient ont été divisées par plus de deux en un mois. Elles reculent de 700 millions d’euros en avril, après avoir déjà progressé de 500 millions le mois précédent.

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Un mouvement suffisamment brutal pour être souligné noir sur blanc par l’administration.

Selon les Douanes, cette baisse est directement liée aux conséquences du conflit qui secoue la région et aux perturbations qui touchent les routes maritimes stratégiques autour du détroit d’Ormuz. Logique.

Mais contrairement aux scénarios catastrophes parfois évoqués depuis plusieurs semaines, l’économie française ne semble pas paralysée. Pour l’instant, elle contourne. Elle s’adapte. Elle déplace ses fournisseurs.

Changements de route

Dans son analyse mensuelle, la Direction générale des douanes explique notamment que les importations provenant des pays du Golfe "ont été compensées par des approvisionnements en provenance d’autres régions du monde". Dès avril, les importations énergétiques issues du Proche et Moyen-Orient sont remplacées en partie par des achats réalisés aux États-Unis et dans plusieurs pays africains.

Autrement dit, les flux ne disparaissent pas. Ils changent de route.

Les chiffres sont éloquents.

Alors que les importations depuis le Proche et Moyen-Orient chutent de 0,7 milliard d’euros, celles en provenance d’Afrique augmentent de 0,5 milliard et celles d’Asie progressent de 0,7 milliard d’euros.

Les Douanes évoquent notamment une hausse des achats de pétrole et d’hydrocarbures depuis l’Angola et l’Algérie.

Même phénomène du côté asiatique, avec une progression marquée des importations en provenance de Chine, Hong Kong et de Corée du Sud.

Derrière ces chiffres se dessine une réalité bien connue des économistes : lorsqu’une route commerciale devient incertaine, les entreprises cherchent immédiatement des alternatives. Quitte à payer plus cher. Quitte à rallonger les délais aussi. Quitte à modifier des chaînes logistiques construites depuis des années.

Le conflit agit alors comme un révélateur de vulnérabilités.

Conséquences locales

Et pour un territoire comme La Réunion ?

L’île dépend massivement du transport maritime pour son approvisionnement. Carburants, produits alimentaires, matériaux de construction, véhicules, équipements industriels. Presque tout arrive par bateau.

Ces dernières semaines, plusieurs responsables économiques réunionnais ont d’ailleurs rappelé que l’insularité rendait l’île particulièrement sensible aux secousses géopolitiques mondiales. Ce n'est pas nouveau, mais chaque hausse du pétrole finit par peser sur le coût du fret.

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Chaque tension maritime interroge la sécurité des approvisionnements. Chaque crise internationale rappelle à quel point une île située à plus de 9.000 kilomètres de Paris reste dépendante de routes commerciales qu’elle ne maîtrise pas.

Mais, fort heureusement, les chiffres publiés aujourd'hui se veulent plutôt rassurants. Ils montrent même une économie française capable d’absorber une partie du choc.

Au total, le déficit commercial de la France s’améliore même en avril. Il passe de 6,4 milliards d’euros à 5,6 milliards d’euros grâce à une forte progression des exportations françaises.

Effets statistiques

Les ventes de matériels de transport, notamment aéronautiques, tirent la croissance des exportations.

Mais les Douanes le reconnaissent elles-mêmes, et c'est bien là le petit bémol de ce bilan : les premiers effets du conflit apparaissent désormais dans les statistiques. Encore modestes. Déjà bel et bien visibles.

Et surtout révélateurs d’une évidence que les crises successives (Covid, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient) ne cessent de rappeler. Dans un monde globalisé, un détroit situé à plusieurs milliers de kilomètres peut rapidement finir par peser sur le prix du carburant, des marchandises... ou du billet d’avion à La Réunion.

Etiquettes : Commerce | Douane | La Réunion | Ormuz | PU1

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