Mangas, fascination criminelle et pédopornographie : la chute de deux étudiants réunionnais

Entre mai 2021 et juillet 2023, Yohan et Pierre, deux étudiants réunionnais issus de bonnes familles, ont glissé dans un univers interdit. Passion pour les mangas aux figures enfantines, fascination pour les criminels et échanges d’images pédopornographiques les ont conduits devant la justice. Face aux juges, ils ont expliqué comment leur curiosité a viré à l’horreur.
Yohan* et Pierre* n'ont rien des délinquants d'habitude qui se succèdent à la barre des tribunaux correctionnels. Les deux étudiants de bonne famille ont pourtant franchi la ligne rouge entre mai 2021 et juillet 2023. Et même plus, puisque les faits qui leur sont reprochés ont débuté alors qu'ils étaient mineurs. La juridiction a cependant choisi de ne pas en faire état. Jean et polo bleu marine pour Yohan, pantalon beige et chemise noire pour Pierre, les deux Réunionnais nés en 2004 n'en mènent pas large face aux juges correctionnels ce mardi.
À tel point que leurs avocats plaident d'entrée de jeu le huis clos refusé dans un premier temps par la procureure puis, après délibération, par le tribunal lui-même, fait suffisamment rare pour être souligné. "Des histoires comme celles-ci doivent être rendues publiques. C'est un phénomène de société grave et il faut en parler", appuie la présidente de l'audience.
Fans de mangas et de femmes avec des corps d'enfant
Tête baissée, mains croisées dans le dos, Yohan, 20 ans, évoque des mangas dont il est fan depuis le collège et notamment "ces femmes avec un corps d'enfant qui le stimulaient". Son appétence pour les sous-vêtements féminins l'amène de clic en clic à se retrouver sur des sites pédopornographiques. Derrière le pseudo "cari tangue", l'adolescent commence à échanger avec des pervers des images d'enfants "qui font froid dans le dos".
Les contenus se multiplient comme ces photos de la cousine du prévenu, volées sur son Instagram, que Yohan partage en y ajoutant "des détails sexuels explicites et des commentaires abjects". "On a retrouvé ces photos sur votre ordinateur dans un dossier intitulé "chienne photos et chienne vidéos"", fustige la représentante de la société. Yohan indique qu'il avait une attirance pour cette cousine.
"J'ai banalisé"
"Certains hommes n'importe où dans le monde se donnent probablement du plaisir en regardant ces images d'une gamine de 14 ans qui n'a rien demandé", abonde l'avocate de la partie civile. Yohan a pris conscience de ses actes et a entamé une psychothérapie, notamment après les résultats d'un examen psychiatrique qui décèle des tendances pédophiles.
L'enquête avait débuté en décembre 2022 suite à un signalement d'Instagram, les deux amis échangeant des images d'un enfant de quatre ans abusé via la messagerie du réseau social. "Je ne me rendais pas compte de la souffrance de ces enfants. J'ai banalisé sans penser qu'ils se faisaient violer", reconnait Yohan, désormais installé en métropole pour préparer une licence d'Histoire.
Des penchants macabres
Le cas de Pierre, comme statufié devant ses juges, est différent. Pas d'excitation particulière devant ces vidéos ou ces images à caractère sexuel, mais plutôt "une fascination" pour les criminels abusant des enfants. Six vidéos pédopornographiques "insoutenables" selon le parquet sont retrouvées sur son téléphone lors des investigations. Des images que le jeune adulte était en quelque sorte obligé de partager, passage obligé pour pouvoir tchatter avec les pédophiles sur les forums.
Une curiosité qualifiée de "penchant macabre" par l'expert ayant examiné l'intéressé. "Vous êtes attiré par la criminalité ?", questionne la représentante de la société. Le mis en cause explique que depuis son plus jeune âge, il regarde des films d'horreur interdit aux moins de 18 ans et se passionne pour les séries criminelles.
Après avoir souligné "l'implication" des deux prévenus, la représentante de la société propose au tribunal de prononcer la peine de 18 mois de prison avec sursis probatoire renforcé à l'encontre de Yohan et 15 mois de prison avec sursis probatoire pour Pierre. Tous deux ont obligation de soins et de travail.
Le tribunal a suivi ces réquisitions.
*Prénoms d'emprunt


