L’insoutenable "violence" faite aux élus.
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Pathétique, le cri d’angoisse lancé à la télévision par la présidente du conseil général dénonçant la "violence" faite aux élus, soumis, selon elle, à un véritable "harcèlement" de la part des salariés de l’ARAST. Il faudrait presque envisager une cellule d’assistance psychologique pour ces pauvres élus violentés et harcelés, et même organiser une marche blanche ou de toute autre couleur que tout cela cesse au plus vite. Mais, comme ils se sont battus becs et ongles pour le devenir, et se battent encore plus pour le rester, ce n’est plus une cellule d’assistance qu’il faudrait, mais d’une cellule tout court et… psychiatrique !
Mais, trêve de plaisanterie ! Pour ne pas ajouter au ridicule de la situation, au risque de banaliser davantage violence et harcèlement qui sont le lot quotidien et permanent d’un grand nombre de personnes ici. Remettons les choses à leur juste place, car, qu’est-ce un licenciement sinon une violence faite à un ou une salarié(e) ? A fortiori quand cette violence ne repose sur aucune cause réelle et sérieuse.
Avait-on, en effet, un quelconque reproche à faire à ces salariés? Sur leur travail ? Sur leur compétence et leur dévouement ? Se seraient-elles livrées à des actes condamnables vis-à-vis des personnes qui leur étaient confiées ? Rien de tout cela, aucune anicroche dans l’exercice de leur métier. On ne peut même pas invoquer, comme c’est le cas souvent, un "rétrécissement du marché" : même pas çà ! Le nombre de personnes en situation de dépendance est en progression constante. Cela est si vrai que des entreprises, alléchées par ce "marché", se sont développées et que, parallèlement, nombre de "maisons" fonctionnent dans une clandestinité toute relative. Autrement dit, "l’offre" ne suit pas la "demande", et les besoins de soins et d’accompagnement. Tout cela se trouve dans un récent rapport du CESER.
Pire, dans le cas de l’ARAST, ce n’est pas d’une personne qu’il s’agit, ni même de dix ou de cent, mais de mille deux cents personnes ! Majoritairement des femmes. Ce chiffre rapporté à la France, équivaudrait à plus de 100.000 licenciements d’un coup ! Rien que çà ! On voit mal, dans ces conditions, le président de la République, qui pourtant ne recule devant rien, le chef du gouvernement et tous les ministres réunis, venir à la télévision faire part de leur "exaspération" et se présenter en victime de violence et de harcèlement de la part des licenciés. Il faut vraiment être à la Réunion pour voir pareilles choses !
Encore qu’à ces mille deux cents, il faut ajouter les victimes collatérales de cette violence du licenciement : maris, femmes, enfants, surtout ces derniers en premier lieu, ce qui représente pas loin de cinq mille personnes. Sans oublier les personnes dépendantes des soins et accompagnements prodigués par ces salariés, et l’on avoisine alors les vingt milles victimes directes et collatérales de cette violence. (1) Et pour parler comme quelqu’un de célèbre, çà n’en touche même pas une sans faire bouger l’autre à cette droite qui se dit "sociale" !
Du harcèlement, parlons-en.
Depuis maintenant plus de deux ans ces personnes sont traînées, ballottées d’une juridiction à une autre, de Saint-Pierre à Saint-Denis et vice-versa. Pour que justice leur soit enfin rendue ? Surtout pas ! Mais pour faire traîner les choses, pour "gagner du temps", pour les décourager, les humilier un peu plus chaque jour, les punir d’avoir osé se lever et défendre leurs droits.
Punir, voilà, un mal bien de chez nous, et bien ancré ! Punir l’autre en espérant que cela nous absoudra de nos propres turpitudes… tout en nous permettant de fuir nos propres responsabilités. Comme dans le temps, et qui a fait la réputation de certains. (2)
Ces personnes ne savent plus à quel saint se vouer ; certaines en sont tombées – gravement – malades ; on a parlé de tentatives de suicide : veut attendre un drame, comme cela s’est passé en France dans un grand service, pour enfin quitter son petit nuage et entendre raison ? Et comprendre enfin qu’a côté de cette souffrance là, la prétendue "violence" faite aux élus relève davantage de la bobologie médiatisée et manœuvrière.
On pourrait évoquer ici un récent procès, mettant en scène le SDIS, qui met au jour les méthodes utilisées. Ou encore, donner l’exemple de cet ancien salarié de l’ODC, autre "machin" du département, M. J-L A qui, avec son collègue, M. J A. Observant que leurs fiches de paie, et leurs paies surtout, ne correspondaient nullement au temps de travail qu’ils effectuaient, ont entrepris une première démarche sans succès auprès de leur direction. Ils travaillaient 49 heures en moyenne et n’étaient payés que 35 !... Et au SMIC ! Contraints de saisir les Prud’hommes. Licenciés. Dans les deux cas l’employeur a été condamné à payer un rappel de salaire. Sauf que si l’un des deux a pu percevoir ses indemnités, l’autre M. J-C A court toujours après. Depuis 2009 ! Tout cela parce que le département n’a pas provisionné l’ODC pour que cet organisme puisse faire face à la dépense. Ce qui n’a pas été le cas, semble-t-il, des émoluments – bien supérieurs – du directeur licencié ! Conséquence : après avoir été ballotté pendant deux an, M. J-L A, va devoir demander la mise en liquidation de l’ODC, pour tenter faire respecter une décision de justice et de récupérer les sommes qui lui sont dues. Et après on viendra dire que c’est une affaire politique ?
A travers ces affaires, il semble bien qu’il y ait là une sorte de marque de fabrique du Conseil général.
L’opposition, dont le représentant semblait l’autre soir à la télévision boire du petit lait devrait se faire plus discrète. Elle semble oublier que le mal de l’ARAST remonte à bien plus longtemps. Du temps d’une autre majorité qui n’a pas tenu ses engagements financiers. Qu’elle relise donc le rapport de la Cour régionale des Comptes si elle a besoin de se rafraîchir la mémoire. Elle verra en tout cas qu’elle n’a de leçon à donner à personne. Car, au-delà de toute autres considérations, la liquidation de l’ARAST a été, pour l’essentiel, la conséquence de ces manquements.
Alors, dans de telles conditions, comment s’étonner voire s’indigner que l’opinion, en général, devant un tel spectacle n’en arrive pas à se dire "tous pourris" ?
Comment oser venir se présenter devant l’opinion comme une victime de violence de la part de ces victimes, et l’autre de jouer les donneurs de leçons ?
De l’impudeur et de l’impudence, comme disait quelqu’un.
Georges-Marie Lépinay
(1) 7673 personnes suivies en aide à domicile, 972 jeunes en danger, 5564 personnes suivies individuellement en accompagnement social et 3728 personnes prises en charges dans des ateliers dont alphabétisation fonctionnelle, atelier santé mieux être, cuisine et diététique, etc., soit 18 000 personnes touchées quotidiennement
(2) Punir, cela rappelle une scène d’il y a une quarantaine d’années et dont les images ont été immortalisés par la presse d’alors. C’était un usinier, que d’aucuns qualifiaient d’esclavagiste, et qui était confronté, pour la première fois de sa vie, à une grève des planteurs qui bloquaient la plateforme de son usine. Que croyez-vous qu’il fit ? Qu’il ouvrit des discussions avec ces planteurs pour trouver une solution à ce conflit ? Surtout pas ! Il choisit d’aller casser une branche de goyave marron pour aller corriger ces manants ! Cela est véridique. L’affaire faillit tourner au vinaigre. Heureusement, pour une fois, que les gendarmes étaient là.


