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L’exil à Créteil ou cinq ans à Mayotte ? Le dilemme des professeurs réunionnais titularisés

Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 25 juillet 2025 à 06H30

Soutenu par la Région et des parlementaires de gauche, le Collectif des professeurs déchirés défend la cause des enseignants contraints de quitter La Réunion une fois leur concours obtenu, pour rejoindre les académies de Créteil, Paris ou Versailles. Plutôt que le départ sans certitude de retour, certains choisissent d’enseigner dans le contexte chaotique de Mayotte, pour engranger un maximum de points.

Cinq ans dans un établissement scolaire de Mayotte, à enseigner le français ou les maths à des enfants qui ne mangent souvent pas à leur faim ou qui disparaissent en cours d’année, sans qu’on sache ce qu’il advient de leur sort. Cinq ans à vivre dans la crainte d’une agression, à saisir l’opportunité d’un aller-retour à La Réunion pour faire des courses alimentaires, embrasser son conjoint ou se soigner à l’hôpital.

Ce quotidien d'angoisse ou de mal-être à Mayotte, accentué par le passage dévastateur de Chido, c’est celui décrit par des Réunionnais du Collectif des professeurs déchirés, ce jeudi 24 juillet, lors d’une conférence de presse organisée par Huguette Bello dans les locaux de la Région.

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Depuis plus de dix ans, chaque hiver austral ou presque, l’ancienne enseignante alerte sur la situation de ces hommes et femmes contraints de quitter l’île à la rentrée suivante, pour gonfler les rangs des profs des académies de Créteil, Paris ou Versailles. Dans le viseur d’Huguette Bello : le rectorat de La Réunion, organisateur de cette « traite coloniale » et suspecté d’attribuer les postes à la tête du client, en se gardant bien d’afficher ceux qui seraient disponibles pour des Réunionnais.

« On est les bouche-trous des Hexagonaux »

S’appuyant sur des données du ministère de l’Éducation nationale, le Collectif des professeurs déchirés explique que les enseignants stagiairisés ou titularisés dans les Outre-mer alimentent presque exclusivement les académies les moins bien cotées de l’Hexagone.

« On est les bouche-trous des Hexagonaux qui ne veulent pas enseigner dans ces académies », assène le député Frédéric Maillot, qui revendique le droit de « vivre et travailler dans son pays » (un slogan repris par le Collectif) et qui multiplie, depuis plusieurs mois, les rencontres avec les ministères, affirmant se heurter le plus souvent à du mépris.

La sénatrice Évelyne Corbière ne dit pas autre chose. « Chaque année, je fais des courriers aux ministères et ce sont toujours les mêmes réponses standardisées. Il existe bien une réserve de postes disponibles à La Réunion, mais on ne sait pas de combien, ni à qui ils sont attribués, il n’y a aucune transparence. Et ce sont les enseignants eux-mêmes qui doivent payer leur déportation, comme cela a été fait pendant l’engagisme », déplore-t-elle.

Un bonus de 1.000 points après 5 années à Mayotte

Plutôt que de partir à Créteil, un voyage entrepris sans la moindre assurance de revenir dans l’île un jour, de nombreux enseignants choisissent de partir travailler à Mayotte. Non pas pour une expérience inédite dans un territoire certes démuni, mais où tout reste à bâtir, mais dans l’unique but de s’assurer, au bout de cinq années de présence, un bonus de 1.000 points de plus dans leur total CIMM (centre des intérêts matériels et moraux).

« Oui, vous pouvez employer le mot de roue de secours » au sujet des mutations à Mayotte, répondent à notre question des professeurs du Collectif, soulignant que là-bas, le rectorat embauche des contractuels à la pelle. Dont de nombreux Comoriens, glisse une Réunionnaise en poste dans le sud de l’île Hippocampe. Le filon serait tout aussi connu des Hexagonaux, qui transiteraient par Mayotte pour amasser des points, comme on économise de l'argent, avant de demander leur mutation à La Réunion.

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Une professeure réunionnaise en poste à Mayotte témoigne de ses lourdes pathologies et de son impossibilité d’obtenir une mutation malgré un certificat médical qui atteste de la nécessité d’être suivie par un spécialiste en neurologie. À Créteil comme à Mayotte, certaines vies semblent tenir à un fil. « J'ai le regret de vous annoncer que je connais un agent des impôts qui s'est suicidé récemment », abondera la députée Karine Lebon.

« Dès la première semaine, j’ai été confrontée à des violences dans mon établissement. Il y a parfois des morts, mais pour ces enfants, on ne fait pas de minute de silence nationale. Depuis Chido, je n’ai plus de maison et mon propriétaire refuse de me rendre la caution de 1.700 euros », confie une professeure, tandis que sa collègue renchérit : « Mon propriétaire a retiré les portes de mon appartement pour m’obliger à partir, parce qu’après Chido, il pouvait le louer beaucoup plus cher à quelqu’un d’autre ».

Pour une prise en compte prioritaire des crières CIMM

Difficulté, voire impossibilité, de se procurer des produits frais en raison des pollutions environnementales, absence d’accès à l’eau potable, réseaux de communication défaillants : les professeurs réunionnais de Mayotte dénoncent leurs conditions de vie, mais aussi les dérives d’un système qui pousse les lauréats d'un concours à passer par la case Mayotte par opportunisme. Ou simplement pour demeurer à quatre heures de vol de son île natale et de sa famille.

Le Collectif des professeurs déchirés envisage de saisir la justice administrative afin d’élargir le champ des recours déjà engagés auprès du ministère ou du rectorat. Leur combat, comme celui des Réunionnais d’autres corps de la fonction publique, n’a guère produit d’effets depuis la mise en place des critères du CIMM en 2017, dont Karine Lebon demande qu’ils soient désormais pris en compte de « manière prioritaire » dans les demandes de mutation.

Mayotte, professeurs

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