École à Mayotte : "pas un problème d'argent public" selon la CRC

Selon la Chambre régionale des comptes (CRC), les maires de Mayotte auraient consommé moins de 50% des 207 millions de crédits alloués par l'État pour la construction et la réhabilitation des écoles. Les élus se heurtent à des difficultés techniques et d'ingénierie, mais feraient aussi preuve d'un manque de volonté et d'anticipation.
Elles ne sont plus cantonnées aux audits financiers des collectivités ou des sociétés publiques. Les Chambres régionales des comptes (CRC) de La Réunion et Mayotte disposent désormais de nouvelles prérogatives, comme celle de produire des enquêtes sur une thématique choisie. Avant de présenter celles sur la cantine à 1 euro dans les lycées ou sur la gestion des déchets à La Réunion, la CRC s'est emparée de la question de l'école primaire à Mayotte.
Ce mercredi 11 juin, le président de la CRC, Nicolas Péhau, a invité les médias pour évoquer la situation de crise systémique d'un archipel qui a accueilli 63.766 enfants lors de la rentrée de septembre 2024. Et qui doit en attendre 71.000 à l'horizon 2031.
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Alors que les infrastructures scolaires sont déjà largement insuffisantes (déficit de 12.000 classes selon la CRC), pour le moins vétustes, voire incapables de répondre aux normes d'un établissement recevant du public (ERP), le cyclone Chido a mis à nu le retard abyssal que les maires, qui ont la compétence des écoles primaires, sont appelés à combler dans l'urgence.
« Je ne vais pas me faire d'amis en disant cela, mais ce n'est pas un problème d'argent public », assure Nicolas Péhau, dont les services avancent que, pour de multiples raisons, et parfois de bonnes, les communes ont consommé moins de 50% des 207 millions de crédits alloués par l'État depuis 2016.
Des solutions alternatives aux allures de système D
Le président de la CRC s'est attaché à lister les problèmes soulevés par le rapport, achevé en octobre 2024, deux mois avant le passage dévastateur de Chido. « Le constat du rapport, c'est qu'on assiste à Mayotte à un recours à des solutions alternatives. La première, ce sont les rotations : les enfants sont accueillis le matin, puis repartent pour qu'on accueille d'autres enfants l'après-midi», explique le magistrat.

Autre solution alternative, unique en France : le recours depuis 2020 à des classes itinérantes pour les petites sections, avec cependant des horaires réduits pour les enfants. La « troisième solution palliative » est la mise en place d'un co-enseignement censé compenser l'absence de dédoublement des classes, obligatoire dans les zones d'éducation prioritaire. Un comble dans une île où la totalité des écoles sont classées en REP ou REP+. La CRC déplore qu'à sa connaissance, aucune évaluation pédagogique de ces dispositifs alternatifs n'a été effectuée.
Les maires rappelés à leurs obligations par le préfet
Face au constat de « restrictions d'accès à l'école » dans un archipel où entre 3.000 et 5.000 enfants seraient écartés du système scolaire, le président de la CRC a indiqué que le préfet et le recteur de Mayotte avaient écrit aux maires, en novembre dernier, pour les rappeler à leurs obligations. Dont celle d'appliquer la loi. Certains maires auraient instauré une sélection de l'accès à l'école en exigeant des parents des pièces administratives qu'ils n'ont pas à fournir, comme un justificatif de la Sécurité sociale.
Conséquence : « Il y a des enfants qui sont à l'extérieur et on ne sait pas où ils sont », résume le président de la CRC, en insistant aussi sur le fait que les communes ne se plient pas non plus à leur obligations de statistiques envers l’Éducation nationale. « On entend souvent dire qu'à Mayotte les statistiques ne sont pas les bonnes. Vous voyez toutes ces polémiques avec l'Insee. J'ai envie de dire : déjà, commençons par tenir les statistiques qu'on demande de tenir », tance Nicolas Péhau.
Des modulaires à la place des écoles ?
Dans ses préconisations, la CRC évoque l'opportunité d'avoir recours à des modulaires pour accueillir les élèves. Une solution pour le moins surprenante puisque l'institution elle-même souligne dans son rapport que « « 96 % des écoles sont situées sur une parcelle exposée à au moins un risque naturel en plus du risque sismique. » La CRC fait valoir que certaines écoles utilisent déjà des modulaires, et qu'il ne s'agirait pas de simples Algeco mais de structures « maçonnées ». Nicolas Péhau ajoute que certaines administrations de l'État ont adopté le dispositif, dont les autorités judiciaires.
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Depuis 2019, la CRC a noté la livraison de 479 classes neuves, de 918 salles de classe réhabilitées et la construction de 71 réfectoires. « Bien », mais pas suffisant au regard de la démographie de Mayotte.
Interrogé sur l'opportunité d'une planification des objectifs à atteindre en lien avec les 17 communes de l'île, avec une assistance technique et un accompagnement en ingénierie de l'Etat, Nicolas Péhau répond : « J'ai le sentiment que l'État est quand même au-delà de son rôle habituel par rapport à l'Hexagone. Il y a le fait que les schémas directeurs des écoles sont poussés par les services de l'État. Et les schémas directeurs, c'est un instrument de planification. Donc on est pas sur un plan officiel, mais il y a un vrai dialogue. »



