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À Mayotte, les établissements scolaires n'échappent pas à la crise qui secoue la société

Les tensions et les violences qui affectent profondément la population de Mayotte n'épargnent pas le fonctionnement des établissements d'enseignement, qui rassemblent 117.000 élèves et qui en recevront 3.000 de plus à la rentrée 2024-2025.
Ecrit par Thierry Lauret – le mercredi 31 janvier 2024 à 20H47
Photo Jéromine Doux

Chacun son camp. Des barrages de manifestants qui réclament de l'État des moyens pour lutter contre l'insécurité et l'immigration d'un côté ; des barrages plus informels de personnes tentant de racketter les automobilistes de l'autre : sur l'île de Mayotte, circuler ces derniers jours, même sur de courtes distances, n'est pas sans poser d'importants problèmes.

À tel point que les manifestants étaient bien moins nombreux qu'attendus, ce mercredi midi à Mamoudzou, où quelques bousculades, dont celle d'un policier en uniforme, ont été rapportées par les médias locaux. La journée devait être le point d'orgue d'un mouvement de colère observé ces derniers jours, une contestation qui ressurgit de manière récurrente dans le 101e département de France.

Les établissements scolaires ne sont pas épargnés par les tensions : il y a une semaine, des enseignants du collège de Koungou avaient fait valoir leur droit de retrait, après avoir vu une attaque de jeunes armés de galets et de machettes, contre leur propre établissement, repoussée par les forces de l'ordre.

Le recteur Jacques Mikulovic lui-même, a été la cible d'un jet de galet, sans que sa fonction ne soit spécifiquement visée, tient-il à préciser. « Comme le collège de Koungou avait été victime d'une tentative d'intrusion, j'ai voulu m'y rendre lundi matin pour soutenir la rentrée de mes collègues. Mon chauffeur était malade, alors on s'y est rendu à deux scooters, avec mon conseiller technique en sécurité. On a passé deux barrages, au troisième on a décidé de rebrousser chemin parce qu'il y avait des poubelles en feu. Quand j'ai fait demi-tour, un jeune, que j'avais un peu tancé du regard, m'a jeté un galet qui m'a touché à la cuisse », relate Jacques Mikulovic.

Le recteur de l'académie de Mayotte insiste : n'importe quel habitant peut subir le même sort, et le racket des passants constitue une dérive très inquiétante. « Les revendications sur la sécurité sont complètements légitimes, mais il y a une remise en cause structurelle de l'Etat qui fait pourtant tout ce qu'il peut. Moi je veux bien, mais l'insécurité ne pourra pas se régler à coup de gaz lacrymogène. Il faudra bien que la population et les parents participent, que les jeunes soient encadrés », avance le recteur.

Celui-ci pointe l'état du bâti scolaire dans le premier degré, qui relève de la compétence des communes, ou encore les rivalités incessantes entre les quartiers qui perturbent les dispositifs d'éducation populaire. Si les établissements scolaires de Petite-Terre et de Mamoudzou ont globalement bien fonctionné ces derniers jours, assure-t-il, l'état des lieux demeure plus contrasté dans le reste de l'île hippocampe.

De fait, la situation évolue chaque jour, en fonction des barrages ou de la participation des parents d'élèves ou des enseignants au mouvement de manifestation. Ce mercredi, le lycée de Chirongui ne comptait ainsi à l'appel ni enseignant, ni élève. Mais cette situation ne reflète pas celle de l'ensemble des établissements de Mayotte, qui accueillent cette année scolaire 117.000 élèves. Deux collèges en grève ont ainsi cessé leur mouvement ces deux derniers jours, après d'intenses négociations avec le rectorat.

« La situation est à géométrie variable, tous les jours, on fait un diagnostic », indique Jacques Mikulovic, en évoquant la référence avec le mythe de Sisyphe.

À la rentrée 2024-2025, l'académie devra ainsi accueillir 3.000 élèves supplémentaires et recruter 1.000 postes d'enseignants. Les défections inévitables d'enseignants contractuels (ils représentent 57% des effectifs à Mayotte, un record en France), échaudés par les conditions de vie et la crise de l'eau, n'expliquent pas tout. De nombreux enseignants, en poste depuis cinq ans, ont accumulé le nombre de points nécessaires pour postuler dans une académie plus cotée.

« On bénéficie d'une mauvaise image qui n'est pas justifiée au long cours. Mayotte est une île magnifique et les élèves sont plutôt contents d'être dans nos établissements. L'acte pédagogique est possible à l'école ici, on est dans un endroit où on peut accorder de l'attention aux élèves », avance le recteur, qui veut croire que la réponse à apporter à la crise de la société mahoraise « est forcément éducative. »

Etiquettes : Mayotte

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