Revenir à la rubrique : Mayotte

À Mayotte, entre 3.000 et 5.000 enfants privés d'école faute de places suffisantes

Ecrit par Thierry Lauret – le mercredi 11 juin 2025 à 11H06
Nicolas Péhau, président de la CRC

Malgré 207 millions d'euros de crédits octroyés par l'État depuis 2016, de nombreuses communes de Mayotte ne parviennent ni à rénover leurs bâtis scolaires, ni à construire suffisamment de classes pour accueillir les 73.000 enfants attendus à l'horizon 2031, déplore la CRC dans un récent rapport. Le déficit de classes est évalué à 1.200 à ce jour, conduisant à la généralisation du modèle de scolarisation par rotation des élèves.

Le sujet est suffisamment grave pour que les Chambres régionales des comptes (CRC) de La Réunion et de Mayotte organisent une conférence de presse, ce mercredi 11 juin, au siège de l'institution à Saint-Denis. Dans un rapport intitulé « L’école primaire : d’immenses défis pour les communes de Mayotte », la CRC évoque la situation catastrophique du système scolaire à Mayotte, miné par des retards structurels immenses que les maires semblent parfois peu enclins à combler, eux qui consacrent déjà, en moyenne, près d'un tiers de leurs dépenses de fonctionnement aux écoles.

Lire aussi : À Mayotte, les établissements scolaires n'échappent pas à la crise qui secoue la société

Une estimation à prendre pour ce qu'elle est, au regard de la difficulté de la CRC à recueillir des données comptables précises. « Les communes ne tiennent pas de comptabilité fonctionnelle de leurs dépenses et ne sont pas en mesure d’établir le coût des services qu’elles rendent », relèvent les magistrats de la CRC. Qui ajoutent que de nombreux maires dérogent aux lois de la République en exigeant des parents des documents supplémentaires lors de l'inscription de leurs enfants, comme un justificatif de Sécurité sociale ou un avis d'imposition.

57% des enfants vont à l'école par rotation

Une sélection « discriminatoire » à l'entrée de l'école expliquée par une démographie qualifiée de « dynamique » (4,5 enfants par femme en moyenne en 2023 selon l'Insee), un déficit de 1.200 salles de classes et une population voisine historiquement et culturellement liée à Mayotte qui tente de s'installer durablement sur le territoire français, pour échapper à la pauvreté et à l'insécurité alimentaire, encore plus importantes aux Comores.

Mayotte, école
Document CRC

Sur 13 communes contrôlées par la CRC (sur les 17 que compte Mayotte), 57% des enfants sont scolarisés selon un système de rotation, ce qui signifie qu'ils se rendent à l'école cinq demi-journées par semaine pour permettre le partage des salles de classes existantes. La CRC relate que la généralisation de l'enseignement public à Mayotte ne date que de 1977 et que l'obligation de scolarisation des enfants de plus de 6 ans n'est intervenue qu'en 1986. Quand les premières maternelles publiques n'ont ouvert leurs portes qu'en 1993.

Lire aussi : De futurs architectes imaginent une reconstruction durable de Mayotte

Le nombre d'enfants scolarisés à la rentrée 2024 (63.766 élèves dans 201 écoles, réparties dans 72 villages) est en hausse de +22% par rapport à 2019 et pourrait atteindre 73.000 en 2031. Avec l'abaissement de l'âge obligatoire de scolarisation à 3 ans, en vigueur depuis 2019, les places dans les écoles maternelles font défaut, justifiant la mise en place par le rectorat de salles de classes itinérantes. Un dispositif unique en France, qui ne fait l'objet d'aucune évaluation pédagogique, regrette toutefois la CRC.

92% des enfants n'ont pas de repas chaud le midi

« Si la restauration scolaire est un service facultatif, force est de constater qu’en 2023, seuls 8 % des enfants scolarisés bénéficient d’un repas chaud le midi », ajoutent les magistrats, en faisant le lien avec le fait que certaines communes sont « réticentes » à utiliser les réfectoires qu'elles ont construits « grâce aux financements de l'État », pour ne pas avoir à en assumer les frais de fonctionnement.

Lire aussi : Les présidents Azali et Macron s'opposent sur l'entrée de Mayotte dans la COI

Sans même évoquer la réhabilitation de salles de classes le plus souvent vétustes, le besoin de nouvelles salles devrait doubler dans les dix ans pour certaines communes de l'archipel de Mayotte. Un constat établi avant les ravages du cyclone Chido, en décembre 2024.

Si les collectivités peinent à réaliser des travaux, c'est parce qu'elles se heurtent à « un déficit d'ingénierie et une santé financière fragile », mais aussi à un foncier rare, quand il n'est pas soumis à de multiples risques de catastrophes naturelles. « 96 % des écoles sont situées sur une parcelle exposée à au moins un risque naturel en plus du risque sismique, et près des deux tiers d’entre elles sont confrontées à un risque moyen ou fort, ce qui emporte des conséquences en termes de constructions », souligne la CRC.

Mais les élus ne sont pas exempts de tout reproche. Leur « manque de volonté » est dénoncé par les magistrats, au regard des 207 millions d'euros débloqués par l'État depuis 2016. À Mayotte, où entre 3.500 et 5.000 enfants sont privés d'école faute de places suffisantes, les communes consacrent 38% de moins par élève que dans l'Hexagone, « malgré un financement presque intégral de l’État ».

Mayotte, école
Document CRC
Etiquettes : CRC | Education | Mayotte

Dans la même rubrique

0💬
Tri :