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De futurs architectes imaginent une reconstruction durable de Mayotte

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 23 février 2025 à 06H38
Des élèves de l'école d'architecture de La Réunion en stage à Mayotte.

Après un stage de quatre jours à Mayotte, des étudiants de l’École nationale d'architecture de La Réunion ont planché sur des projets de constructions durables répondant aux problématiques et contraintes de l'île. La restitution de leurs travaux a eu lieu ce vendredi dans l'hémicycle du Département.

Ils sont jeunes et portés par l'idéal de concilier le bien-être des habitants avec la protection de l'environnement. Leur ambition ? Impulser des projets d'habitats durables dans le cadre de la reconstruction de l'île de Mayotte, balayée par le cyclone Chido le 14 décembre dernier.

Sous le patronage de l'agence d'architectes Building for Climate, sept étudiants de l’École nationale d'architecture de La Réunion ont effectué un stage de quatre jours à Mayotte, durant lequel ils ont arpenté un bidonville, participé à la protection d'un bâtiment ancien ou encore analysé les défaillances d'une maison moderne qui n'a pas résisté aux rafales de vent de Chido.

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Les étudiants ont visité aussi une mosquée traditionnelle, pour s'apercevoir que sa conception agréable répondait parfaitement à la culture swahili de l'île.  « Nos traditions disparaissent comme les bangas, les maisons en raphia, en bambou. On rase tout cela pour mettre du béton », constate un foundi, cité dans la restitution donnée ce vendredi 21 février dans l'hémicycle du Département.

«  Comment passer de la culture d'hier à la culture d'aujourd'hui, comment accéder à la modernité ? Ce sont les questions », interroge Ning Liu, architecte de l'agence Building for Climate, en soulignant que les Mahorais d'aujourd'hui veulent aussi accéder au confort d'une cuisine équipée, par exemple.

Architectes, Mayotte
Les étudiants ont analysé les défaillances d'une construction récente, mais détruite par Chido.

Ning Liu explique « avoir dû se battre » en 2010 pour imposer l'idée de la construction d'un aéroport en bois à Mayotte, un concept qui a été adopté par les usagers, selon elle.

Un à un, les sept étudiants ont donc présenté rapidement leur projet architectural, en faisant défiler sur les grands écrans des photos et des plans pour étayer leurs propos sur la nécessité de concevoir des constructions adaptées aux terrains en pente, ou celles privilégiant la ventilation naturelle et les ouvertures vers l'extérieur, dans une île où la population vit le plus souvent dehors.

«  Il suffit de respecter les normes de construction »

Le coût des matériaux et la nécessité de les choisir localement, les risques de chocs sismiques ou la préférence pour des toitures à quatre pentes, afin d'offrir une moindre résistance aux vents, tout cela a été évoqué par les étudiants du Port. Sans oublier les systèmes de récupération d'eau de pluie. Et même le recours aux pneus usagés pour consolider les murs de soutènement.

«  Il suffit de respecter les normes de construction », a opposé un ingénieur présent dans le public au sujet des dégâts causés par Chido, avant d'ajouter : « Les techniques, les architectes les ont, mais ce serait bien qu'ils associent les constructeurs ».

Lire aussi : La reconstruction après Chido estimée à plus d’un milliard d’euros

La directrice du CAUE Catherine Morel s'est montrée encore plus cassante. « Construire avec le climat, ça ne se découvre pas maintenant, la question se pose déjà depuis longtemps à Mayotte » a tancé cette enseignante de l’École nationale d'architecture de La Réunion. « Ce n'est pas la peine d'inventer à chaque fois le fil à couper le beurre, il faut s'inspirer des choses qui ont déjà été faites : on sait construire des bâtiments qui résistent à des vents de 250 km/h. Et je n'ai pas vu beaucoup d'arbres, il faut y penser ».

Echapper à un modèle d'habitat uniforme et énergivore

Visiblement offusquée, Ning Liu a rétorqué que le CAUE n'avait pas daigné l'an dernier « accorder une petite aide pour les jeunes ». De fait, même si les plans de ces architectes en devenir ont peu de chances de faire l'objet de constructions un jour, il peut sembler surprenant de dénigrer leur démarche.

Laquelle possède de nombreux mérites, dont celui de rappeler qu'il est possible d'échapper à un modèle d'habitat uniforme et énergivore, notoirement peu adapté aux modes de vie des populations de l'océan Indien.

À Mayotte, où le marché de la reconstruction de l'île semble taillé pour les majors du secteur, comme l'a d'ailleurs reconnu Catherine Morel, la volonté de défendre une réelle vision alternative de l'habitat tropical, après toutes les erreurs et les gabegies observées ces dernières décennies dans le 101è département comme dans le nôtre, apparaît comme nécessaire et vitale.

Architectes, Mayotte
Etiquettes : Cyclone Chido | Mayotte

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