Les migrants somaliens qui rêvent de l'Europe passent par Mayotte

Un mois après la tragédie qui a coûté la vie à 25 migrants dans le canal du Mozambique, la gendarmerie malgache a arrêté quarante personnes, dont trente-six Somaliens, soupçonnés de vouloir se rendre à Anjouan, ultime étape avant l'île française de Mayotte.
Si les pays du Golfe demeurent la première destination des habitants de la Corne de l'Afrique qui tentent de fuir leurs pays dans l'espoir d'obtenir du travail et des conditions de vie meilleures, l'île de Mayotte constitue une alternative certes plus lointaine, mais pour laquelle des milliers de migrants sont prêts à risquer leur vie dans une longue traversée incertaine.
Ce mardi 7 janvier, la presse malgache rapporte que quarante migrants, dont trente-six Somaliens, un Éthiopien, un Comorien et deux Malgaches, ont été arrêtés en haute-mer par la gendarmerie alors qu'il s'apprêtaient à rejoindre les Comores à partir de Mahajunga, une ville de la côte est de l'île Rouge où perdure la culture swahilie.
L'interception se serait déroulée dans la nuit de dimanche à lundi. Les migrants auraient eu pour objectif de se rendre à Anjouan, une étape désormais réputée comme une portée d'entrée sur le territoire européen, via l'île française de Mayotte.
En novembre dernier, au moins 25 migrants somaliens, dont de nombreuses femmes, ont trouvé la mort alors qu'ils tentaient d'effectuer la traversée entre le port de Mombasa, au Kenya, et l'île de Mayotte, distants d'un millier de kilomètres.
Un drame qui avait provoqué une réaction politique du gouvernement somalien, qui avait dépêché deux officiels à Nosy Be, où 48 survivants du périple avaient été recueillis, afin d'organiser leur retour au pays.
Environ 100.000 Somaliens vivraient à Mayotte
Des image sur les réseaux sociaux les avaient par la suite montré accueillis en héros à leur descente d'avion sur la piste de l'aéroport de Mogadiscio, drapés dans l'étoffe du drapeau de la Somalie. Une récupération politique qui n’avait pas convaincu grand monde, le nombre de Somaliens ayant fui la guerre civile et la faim étant estimé à 2 millions de personnes depuis 2021, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Le 27 décembre dernier, le média britannique The Independent a retracé le parcours de Goley, l'une des jeunes femmes survivantes de cette traversée entre l'Est africain et Madagascar. Dans un témoignage poignant, elle explique avoir payé 6.500 dollars à un passeur dans l'espoir de fuir la Somalie et obtenir l'asile à Mayotte, laissant derrière elle ses trois enfants en bas âge, confiés à sa propre mère.
Partie de Mogadiscio vers Nairobi en avion, elle avait été transférée en bus vers le port de Mombasa avant d'embarquer dans un bateau de pêche en direction de Mayotte. Au bout de trois jours, les quelque 70 passagers avaient été dispatchés sur de petite embarcations dont les moteurs se sont vite révélés défaillants.
Après 13 jours sans eau et sans nourriture, les survivants ont été secourus par un bateau de pêche malgache et hébergés dans un gymnase de Nosy Be, le temps que les autorités somaliennes les rapatrient. Même si elle ne pourra jamais effacer les images de ses deux amies mortes durant la traversée, Goley a confié à The Independent être décidée à tout faire pour quitter la Somalie, où elle pense n'avoir aucun avenir.
Le journal britannique, qui assure tenir sa source des autorités françaises, avance que le nombre de Somaliens vivant à Mayotte serait estimé à 100.000. Une estimation probablement décorrélée de la réalité, même si aucune estimation fiable de la population de Mayotte ne semble aujourd'hui être envisagée en raison des va-et-vient permanents entre les anciennes îles sœurs de l'archipel.
Idil Abdullahi Goley, mère somalienne de 28 ans, a survécu à une traversée périlleuse vers Mayotte, témoin de la mort en mer. Malgré les épreuves et les dangers, elle reste déterminée à repartir, reflétant le désespoir de milliers de Somaliens en quête d’un avenir meilleur https://t.co/KpQbP65MZa pic.twitter.com/1YZuwm2d84
— Laylã (@Leiyla08) January 1, 2025


