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« Les familles ne suivent plus » : la CNL dénonce l’explosion des loyers sociaux à La Réunion

Ecrit par A.R. – le mardi 21 octobre 2025 à 18H06

Dans un contexte de pauvreté endémique et de surendettement croissant, la Confédération nationale du logement (CNL) tire la sonnette d’alarme. Son administrateur à La Réunion, Erick Fontaine, appelle à un gel immédiat des loyers sociaux et à une refonte de la politique des bailleurs publics.

« Les familles ne suivent plus », résume Erick Fontaine, administrateur de la CNL à La Réunion, en présentant un constat sans appel : dans l’île la plus pauvre de France, où 36 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et près de 500 000 personnes perçoivent les minima sociaux, l’augmentation continue des loyers sociaux devient socialement intenable. « Être pauvre, ce n’est pas seulement vivre avec des revenus faibles, c’est aussi ne pas pouvoir couvrir les dépenses de la vie quotidienne », rappelle-t-il, citant l’Insee.

Entre 2022 et 2026, un loyer type est passé de 805 euros à près de 888 euros

Plus de la moitié des demandeurs de logement ont des revenus inférieurs à 1 500 euros, et quelque 16 000 ménages vivent avec moins de 1 000 euros par mois. Dans ce contexte, les hausses régulières de loyers apparaissent « économiquement irresponsables ». La situation est d’autant plus critique que l’endettement des locataires explose : selon l’IEDOM, 1 709 dossiers de surendettement ont été déposés en 2024, et déjà 1 508 entre janvier et septembre 2025. Plus de 60 % des signalements d’impayés concernent aujourd’hui des salariés, tandis que les seniors représentent près d’un quart des ménages pauvres.

Lire aussi : Le surendettement explose en Outre-mer : une hausse de 24 % en 2024

Pour la CNL, ces difficultés sont directement liées à la flambée du coût du logement, qui pèse lourdement sur des budgets familiaux déjà fragilisés. Entre 2022 et 2026, un loyer type est passé de 805 euros à près de 888 euros, soit une hausse de plus de 80 euros mensuels, équivalente à plus d’un mois de loyer cumulé sur l’année. Dans certains immeubles, les réhabilitations entraînent des augmentations vertigineuses : +37 % à Saint-Denis après des travaux attendus depuis 40 ans. « On fait payer plus pour moins de services, alors que de nombreux logements sont dans un état indigne », dénonce Erick Fontaine, citant des immeubles récents frappés d’arrêtés de péril et des charges locatives souvent 40 % plus élevées que dans le privé, sans contrepartie en matière d’entretien.

Pour la CNL, la politique des bailleurs doit être profondément revue. Alors que deux d’entre eux perçoivent à eux seuls près de 150 millions d’euros de loyers par an, une hausse moyenne de 3,26 % représente environ 5 millions d’euros supplémentaires prélevés sur les ménages. « Avant d’augmenter les loyers, les bailleurs doivent réduire leurs frais de fonctionnement et rationaliser leurs dépenses », insiste Erick Fontaine. L’absence d’encadrement dans le secteur social écarte déjà les salariés modestes et les retraités de l’accès au logement, aggravant la fracture sociale.

L’organisation formule trois revendications majeures : le gel immédiat des loyers sociaux à La Réunion, la baisse des charges locatives jugées injustifiées, et une transparence totale sur la gestion des bailleurs. Elle dénonce par ailleurs l’injustice du système, les locataires ultramarins ne bénéficiant pas de la réduction de loyer de solidarité (RLS) appliquée en métropole depuis 2018. « Le logement social doit redevenir un outil de solidarité, pas un facteur d’appauvrissement. À La Réunion, le droit au logement ne doit pas devenir un luxe », conclut Erick Fontaine.

Etiquettes : CNL | Logements sociaux

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