Les auteurs en proie aux dangers de l’IA

L’intelligence artificielle touche depuis quelques années maintenant le monde de l’art. Joëlle Ecormier, romancière réunionnaise, partage ses inquiétudes face au phénomène.
ChatGPT, Bing, DALL-E… Ces plateformes d’intelligence artificielle se sont multipliées ces dernières années et leurs créations inondent nos réseaux sociaux. Selon, l'institut de sondages Ipsos, 55% des individus à travers le globe estiment que l’IA apporte plus d’avantages que d’inconvénients. Si l’IA semble être un atout dans le quotidien de tout un chacun, un secteur est sérieusement menacé : l’art.
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Dans le milieu littéraire, de plus en plus d’auteurs se tournent vers l’intelligence artificielle lors de la rédaction de leurs ouvrages. C'était le cas notamment de l’autrice japonaise, Rie Kudan, qui avait remporté en 2024 le prix littéraire le plus prestigieux au Japon, le prix Akutagawa. Le jury avait déclaré que son roman La Tour de la compassion de Tokyo était d’une “telle perfection qu’il est difficile d’y trouver des défauts”. La lauréate s’était plus tard exprimée sur l'utilisation de l’IA générative ChatGPT dans son roman.
Un robot sans émotion
Pour Joëlle Ecormier, autrice réunionnaise d’albums de jeunesses et de romans adultes, l'intelligence artificielle peut créer des textes, mais ne parviendra jamais à copier les émotions que transmettent les auteurs à travers leurs ouvrages : “L’IA apprend et ça va très vite, mais nous, auteurs, on écrit à partir de notre expérience d’être humain. On écrit à partir de nos émotions, de notre sensibilité, une IA n’a pas d’émotion, pas de sensibilité et encore moins d’expérience humaine. On prend peut-être une année à écrire un livre, mais il nous faut toute notre vie pour l’écrire, ça ne se fait pas juste comme ça”.
“Le risque, c’est que les éditeurs cèdent de manière purement économique, à la production de romans basiques, sans émotion, qui ne vont pas coûter cher, avec des couvertures réalisées par IA”, déplore Joëlle Ecormier. Un danger à la fois pour les auteurs, mais aussi les illustrateurs.
Pour le moment, aucune loi n’encadre l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le milieu de l’art. “Il n’y a pas d’avancées, rien n’est fait pour reverser les droits d’auteurs que l’IA utilise. Ce n’est pas éthique”, s'insurge la romancière.
Des tendances artistiques qui ne plaisent pas
Impossible de passer à côté de la tendance “Miyazaki x IA”. Ces créations visuelles réalisées à partir d’IA génératives reprennent vos photos dans un style “Ghibli”, un style de dessin à la main, créé et utilisé pour les nombreux films du réalisateur japonais Miyazaki : un style qui lui appartient donc.
Cette tendance inquiète Joëlle Ecormier : “C’est très triste de voir ça. Miyazaki a puisé dans son histoire, son enfance, la guerre… Comme pour nous les auteurs, son art, c’est toute son existence. C’est révoltant de voir tous ces copiés collés”.
Le réalisateur japonais qui ne s’est pas encore exprimé sur la tendance du moment, avait tout de même dénoncé cette utilisation de l’IA dans l’art en 2016 : "Je ne souhaite en aucun cas intégrer cette technologie à mon travail. Je suis intimement convaincu que c'est une insulte à la vie elle-même".
“On ne sait plus ce qui est réel”
Au-delà de représenter un danger pour le monde de l’art, l’IA, comme on le sait déjà, soulève de véritables questions quant à son utilisation dans notre société. Selon Joëlle Ecormier, nous sommes amenés petit à petit à nous contenter de choses qui ne sont pas vérifiées et qui ne sont pas vraies : “De plus en plus de gens ne font pas la distinction entre IA et réalité. On ne sait plus ce qui est réel de nos jours”.
L’autrice a plusieurs fois échangé sur le sujet lors de déplacements littéraires dans des écoles de l’île : “L’Éducation nationale devrait se pencher sur l’idée de cours sur l’image. Il faut informer et éduquer sur la question, et ce, pour tous les âges”.
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