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Législatives 2022 : Perceval Gaillard, qui êtes-vous ?

A 39 ans, Perceval Gaillard s’apprête à faire ses premiers pas dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Une évidence lorsqu’on découvre le parcours de ce fils et petit-fils de cheminots. C’est de la grogne des travailleurs les plus mal lotis du système que les plus grandes réformes sociales de notre pays sont nées. C’est en tant que manutentionnaire que ce marmaille de Rouen s’est forgé une bulle réflexive pour mettre en mots les injustices qu’il constatait dans son travail à l’époque où il venait d’arriver à La Réunion. Le nouveau député de La Réunion nous parle de son parcours.
Ecrit par Ludovic Grondin – le lundi 20 juin 2022 à 15H44

Sur votre page Facebook, vous marquez emploi : « au chômage ». Ironie ou réalité ?

Non pas du tout ! Depuis que je suis adjoint à la mairie de Saint-Paul, j’ai démissionné de mon poste parce qu’il n’était pas en compatibilité avec ma délégation. Je travaillais en tant qu’éducateur de rue en lien avec la politique de la ville et j’ai comme délégation, jusqu’à maintenant… la politique de la ville. Donc depuis quasiment deux ans, je me suis consacré entièrement à mon mandat d’adjoint et de conseiller communautaire. 

Médiateur de rue, ce n’est pas la Protection judiciaire de la jeunesse ?

Non, ce n’est pas la PJJ. Ce sont des associations normales mais c’est ce qu’on appelle "la prévention spécialisée". Ça fait quinze ans que je suis travailleur social. J’ai travaillé en foyer, j’ai travaillé dans le champ du social et du médico-social et depuis 7 ans, effectivement, éducateur de rue, de 2013 à 2020 exactement dans les hauts de Saint-Paul. 

Vous êtes arrivés à La Réunion quand ? 

En 2004. J’avais moins de 20 ans

C’est bon, je crois que vous avez le certificat de Réunionnais ! (Rires)

C’est bon ! Ou donne a moin le certificat ? Rires. On m’a posé la question : "pourquoi vous êtes venu à La Réunion ?"… Un peu par hasard, je suis venu par amour, à la fois d’une Réunionnaise et de La Réunion, voilà. 

Vous venez de quelle région ? 

Je suis originaire de Rouen, Haute-Normandie. Tout le monde est à la SCNF chez moi donc ça explique aussi cela. Je suis fils et petit-fils de cheminot. 

Quelle est votre situation familiale ?

J’ai un jeune garçon d’un an et demi et en attente d’une petite fille à naître en octobre. 

Félicitations ! Qu’est-ce qui fonde votre envie de concourir dans le champ politique ?

D’abord il y a une filiation. On a grandi dans ce milieu-là mais je dirais d’abord mes expériences en tant que manœuvre et manutentionnaire, ici à La Réunion, il y a plus de quinze ans - donc des métiers qui sont très durs - à l’époque avec des conventions collectives nationales qui n’étaient pas respectées et avec le sentiment de n’être pas traités du tout de la même manière par rapport aux chantiers dans l’Hexagone. Donc véritablement, la base de mon engagement, c’est sur les chantiers. C’est en tant qu’ouvrier ! Mon deuxième point de départ, c’est en tant que travailleur social. C’est-à-dire que là on est confronté tous les jours à la réalité économique et sociale de notre pays. On voit et on subit des politiques publiques qu’on aimerait améliorer, voire changer. Ce sont ces deux choses-là conjuguées qui, à un moment, font que…

Le troisième point, c’est l’émergence de Jean-Luc Mélenchon il y a dix ans puisqu’on attendait quelque chose à la gauche du PS depuis très longtemps. Il y a eu la campagne de 2012 à la suite de laquelle je me suis engagé concrètement au sein du Parti de gauche. Après j’ai été porte-parole du Parti de gauche. Ensuite on a créé la France insoumise à La Réunion. 

"Si on ne théorise pas l’action politique, je pense qu’on ne sait pas où on va"

Je dirais que c’est à la fois la base d’un engagement personnel et une notion de collectif. En politique on est souvent sur la personnalisation mais fondamentalement, Perceval Gaillard ou un autre, ce n’est pas ça qui intéresse les gens, c’est le combat collectif qu’il y a derrière. Là je pense qu’on a posé les bases, si on travaille bien sur plusieurs années, d’un travail collectif qui doit permettre d’améliorer les conditions de vie des Réunionnaises et des Réunionnais. 

Les réflexions que vous aviez déjà à l’époque de vos débuts, étaient-elles issues d’une réflexion personnelle ou simplement enseignées par un parti politique ? 

Il y a des choses qui ne m’appartiennent pas, notamment le cercle familial qui fait qu’on est entouré de gens qui font ou qui discutent de politique. Après c’est énormément de recherches personnelles. Je suis autodidacte. Moi en formation j’ai un bac ES, une formation de sciences de l’éducation et mon diplôme d’éducateur spécialisé. Donc je n’ai pas une formation en sciences politiques. Par contre, oui, il y a énormément de lecture, en histoire, en sociologie, depuis tout le temps, pour comprendre la société dans laquelle on vit, pour comprendre les mécanismes de domination. Pour comprendre l’histoire longue de la France et de La Réunion. 

Et on voit que, si on a une vision un peu claire de l’histoire notamment, normalement on se trompe moins en politique. En fait la politique, c’est du terrain mais c’est aussi de la théorie. Peut-être qu’on oublie ça des fois. Dans le quotidien on est pris par les demandes. Mais si on ne théorise pas l’action politique, je pense qu’on ne sait pas où on va. Donc c’est un équilibre à trouver entre l’action politique et la théorie politique. On a besoin de renouveler la théorie politique à La Réunion, de former les cadres et ça c’est quelque chose qui est assez commun avec beaucoup d’acteurs avec qui j’ai pu discuter. On voit bien qu’on a besoin de former les élus et les cadres qui pourront par exemple ensuite être dans des partis politiques ou dans des collectivités etc. C’est un enjeu qui est peut-être au moins aussi important que celui des élections : celui de former les gens conscients et qui ont envie de s’impliquer dans la vie politique à La Réunion.

Comment comptez-vous répondre aux gens qui viendront à votre permanence parlementaire lorsque vous leur direz que vous ne pourrez agir que sur des lois, donc très abstraites, alors qu’ils attendent une aide immédiate ?

Les gens le savent ! Il y a une vraie intelligence politique dans le peuple français et dans le peuple réunionnais. Ils savent très bien ce que peut faire un député et ce qu’il ne peut pas faire. La difficulté qu’on aura, ce n’est pas tant des demandes qu’ils pourraient faire à des maires parce que ça les gens savent mais il faudra qu’on explique bien qu’on ne sera pas forcément en mesure d’appliquer le programme, parce qu’on n’a pas gagné là-bas à Paris. C’est donc plutôt ça qu’il faudra à mon avis expliquer, même si on l’a dit durant la campagne, que notre programme il était soumis à une victoire au national. 

Pour le reste, les résultats dans la 7e le montrent : le peuple il est mature. Il vient voter et il sait pourquoi il vote, pour quel type d’élection. On voit qu’il y a des comportements électoraux qui sont très différents selon les élections. Ça veut dire que les gens savent pourquoi et pour qui ils votent. Il y a encore la tendance de prendre l’électorat réunionnais de haut où on dit : voilà "ça suit les consignes du maire", or on voit bien qu’il y a une émancipation totale de l’électorat réunionnais depuis un certain nombre d’élections. On l’a vu à la présidentielle et là on le voit vraiment aux législatives. 

Comment avez-vous pris les critiques sur votre supposée non légitimité pou représenter La Réunion ?

Je n'ai aucun ressentiment personnel par rapport à ça. C’est la politique. Chacun avait ses arguments. Chacun avait sa légitimité. Après, c’est une forme de rapport de force qui s’installe, de négociations aussi. C’est pour cela que je dis qu’on a réussi à créer une forme de Nupes ici. C’était vraiment pas gagné. Donc on doit plutôt se dire qu’on a réussi à se sortir de cette situation. Il n’y a absolument rien de personnel là-dedans. 

Enfin, avec-vous été déçu du manque de soutien suite aux propos de M.Velleyen ?

De qui ?

De la part de tout le monde, de la présidente du PLR compris ?

Du tout. 

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